Novéquilibres : La non-reconnaissance à la loupe

Novéquilibres : RHNovéquilibres : CommunicationNovéquilibres : Santé / Bien-vivreNovéquilibres : Environnement

Nous avons abordé à plusieurs reprises sur laqvt.fr une dimension essentielle de La Qualité de Vie au Travail (QVT) : la reconnaissance. Toutes les enquêtes de satisfaction sur la vie au travail montrent une insatisfaction assez générale en terme de reconnaissance. Mais que se cache-t-il derrière cette insatisfaction ?

Une confusion qui peut mettre exagérément de la tension

Pour être plus clair dans mes explications, je vais troquer dans un premier temps le mot « reconnaissance » par un mot très voisin : le mot « gratitude ».

Le contraire de la gratitude est l’ingratitude. Le code civil dans son article 955 évoque l’ingratitude pour les possibilités de révocation de donations. Ainsi sont considérées comme cause d’ingratitude l’attentat à la vie du donateur par le donataire, les délits, sévices ou injures majeurs dont il se rendrait coupable et le refus d’aliments.

Dans cette définition, on voit que l’ingratitude consiste en des actes délibérés.

Dans la vie courante, l’ingratitude revêt deux grandes formes :

  • un acte délibéré refusant la gratitude (par ex : « tu ne voudrais tout de même pas que je te remercie pour ça ! ») ou allant à l’inverse du retour qui pourrait être attendu d’un geste dont on a bénéficié (par ex : faire un mauvais coup à quelqu’un qui vient de faire un cadeau).
  • une absence de réaction alors même qu’une réaction est attendue comme évidente (par exemple : oublier de dire « merci ! »)

D’un côté, la première forme peut sembler plus grave que la seconde. Pourquoi ? Prenons un exemple : c’est plus grave qu’on me dise que mon travail est mal fait plutôt qu’on oublie de me dire qu’il est bien fait ou qu’on ne me dise rien parce qu’il est moyen.

Mais des études en psychologie ont montré qu’entre la présence d’une interaction négative et l’absence d’interaction, c’est bel et bien l’absence d’interaction qui est la plus mal vécue (quand ceci se répète). En présence d’une interaction négative, en particulier si elle fait référence à un acte précis, il devient alors possible de réagir, éventuellement de se révolter, de se conforter malgré l’interaction négative.

Sans interaction, on peut rester dans le doute, on peut ruminer, se faire des films. Si c’est récurrent, on peut y voir une négation de son existence. La portée peut donc devenir toute autre puisqu’elle peut dégrader fortement la confiance en soi et l’estime de soi.

Quoi qu’il en soit, on a tendance à mettre ces deux formes dans le même sac. Ce que l’on perçoit comme une volonté de ne pas donner de la reconnaissance est peut-être simplement causé par un manque de temps ou un oubli.

Par ailleurs, nous, les êtres humains, avons tendance à juger les autres par leurs actes, tout en voulant à l’opposé être jugés sur nos intentions.

Désolé, j’ai oublié de te remercier.
Mais crois-moi, j’y ai pensé hier soir !

(à l’inverse, et à une autre occasion) …
Franchement, tu es impardonnable d’avoir oublié de me remercier. C’est un manque total de respect par rapport au travail que j’ai fourni !

Notre quotidien au travail est potentiellement rempli de situations où on peut se mettre exagérément en tension avec un ressenti de tristesse, de colère, d’inquiétude, de frustration, … en sur-interprétant ou en interprétant mal de la non-reconnaissance. Nous assimilons une absence de gratitude à une action délibérée d’ingratitude.

« Etre oublié par les hommes
ou en être désapprouvé
sont des choses entièrement différentes
»
A. Smith

Voyons quelques exemples classiques :

  • « Il.elle ne m’a pas dit bonjour … il.elle doit me faire la gueule ! ». En fait, il.elle m’a croisé en pensant à autre chose.
  • « Il.elle ne m’a pas attribué cette action devant les autres en réunion. En fait, il.elle est en train de se l’attribuer ! ». Ce peut-être tout simplement un oubli.
  • « C’est toujours moi qui change le toner sur l’imprimante. En fait, tout le monde trouve ça normal et en profite ! ». En fait, peut-être que le monde en question est reconnaissant mais sans l’avoir exprimé; peut-être qu’il se dit entre eux que je suis très sympa, mais … je ne le sais pas.

De quelle reconnaissance parle-t-on ?

La reconnaissance est un mot qui recouvre des attendus nombreux et variés.
Considérant la classique métaphore du verre à moitié plein ou à moitié vide, un individu peut exprimer un sentiment global de non-reconnaissance ou de reconnaissance dans un contexte où il serait à la fois satisfait sur certains points et insatisfaits sur d’autres en matière de reconnaissance.

Ce qui peut être trompeur, c’est que des actions peuvent être délibérément conduites individuellement et/ou collectivement sur un champ de la reconnaissance, alors que l’attente principale est sur un autre champ.

Les attentes en matière de reconnaissance sont rarement totalement comblées et il serait sans doute déraisonnable d’avoir cette exigence. Elles ne sont pas toujours exprimées et elles ne sont pas forcément là où on pourrait naturellement les considérer. Prenons le cas suivant : je vais donner de la reconnaissance par rapport au résultat quantitatif du travail. En fait, la personne en face préférerait que je m’exprime sur la façon dont elle a obtenu le résultat car elle a été particulièrement astucieuse pour le réaliser. Pour une autre personne, en réalité ce qui l’intéresse vraiment, c’est qu’on l’apprécie pour ses valeurs. Pour une troisième personne : sa quête est à la fois simple et complexe : elle veut qu’on l’aime.

Se mettre en actions de reconnaissance

On a tout intérêt à s’interroger sur ce qu’on attend en terme de reconnaissance, de l’exprimer clairement et par application de l’attention réciproque, à engager autrui à s’exprimer sur ses attentes en matière de reconnaissance.
Ainsi, il sera plus facile de répondre aux attentes de reconnaissance.

En ayant conscience que l’absence de reconnaissance :

  • risque d’être interprétée comme un acte délibéré d’ingratitude, avec donc des impacts émotionnels négatifs forts,
  • met clairement en danger le bien-être psychologique de l’individu dès lors qu’elle est récurrente,

L’absence de reconnaissance étant causée pour beaucoup par le manque de temps, il est donc temps de prendre le temps d’échanger de la reconnaissance dans le monde du travail et dans les autres sphères de vie.

Promis, si vous ne postez pas un commentaire à mon article,
je ne me dirai pas être victime de non-reconnaissance !
Par contre, si vous mettez un commentaire … sympa,
je saurai y voir de la reconnaissance et vous en exprimer à mon tour 😉

NB : Cet article étant publié 3 jours après les attentats du 13 novembre 2015, journée de la gentillesse que nous avions appelé à fêter, il faut bien constater que ces attentats constituent à la fois des actes antagonistes à l’extrême par rapport à cette journée de la gentillesse et de la non-reconnaissance extrémiste de la vie allant jusqu’à l’enlever arbitrairement et cruellement. Ceci au nom de la reconnaissance d’un méli-mélo de revendications qui en aucun cas ne justifie le fait d’ôter la vie, et encore moins de manière aveugle.

Notre précédent article sur la reconnaissance signé Dominique Poisson : Des salariés en quête de reconnaissance et notre dossier dédié

3 commentaires

Ecrire un commentaire»
  1. […] Nous avons abordé à plusieurs reprises sur laqvt.fr une dimension essentielle de La Qualité de Vie au Travail (QVT) : la reconnaissance. Toutes les enquêtes de  […]

  2. Bonjour,

    L’invitation était si belle, qu’il est difficile d’y résister.

    L’expression de la reconnaissance est un geste simple que l’on doit certainement davantage s’imposer… à commencer par le B.S.M.A. (bonjour, s’il vous plaît, merci, au revoir).

    Alors merci pour ce partage et au revoir 🙂

    Matthieu

    1. Merci de ne pas y avoir résisté et pour le BSMA, une autre invitation en soi.
      Au revoir.
      Olivier

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *