A bout de souffle !

Novéquilibres : A bout de souffle !
<La vie commence par une grande inspiration et se termine par une grande expiration, entre cette arrivée et ce départ, chaque moment, chaque instant est ponctué par la respiration. C’est le premier échange intérieur/extérieur, soit, soi avec soi, soit, soi avec les autres. D’où les expressions :

« Il me pompe l’air » quand le soi est envahi.

« Il ne manque pas d’air » quand l’autre prend trop de place.

Il est évident que cette sphère aérienne, dans le sens espace d’air, fait partie de la qualité de vie au travail puisqu’elle définit le premier territoire de chacun.

Respiration abdominale

Il y a quelques années le tout petit avait ce mouvement ample au niveau du ventre et il devait porter des bretelles jusque vers 5 ou 6 ans pour maintenir jupe ou pantalon au moment où il soufflait. De nos jours, l’enfant est ajusté dans ses vêtements au niveau de la ceinture puisque son abdomen est moins mobile. L’entourage se réjouit de le voir digne dans sa posture raide au ventre plat, alors que déjà il est compressé, verrouillé, pressurisé et accéléré. Comme les grands il endosse le costume, il commence sa vie beaucoup plus tendu que les enfants de la décennie précédente. La respiration abdominale pourtant naturelle, est de moins en moins vivante de nos jours.

Nous sommes loin de « Mowgli » ce petit personnage de film de Walt Disney, joyeux au ventre tonique et rebondi d’un petit d’homme libre !

  • Dans quel état sera cet adulte de demain quand il entrera dans le monde du travail ? Alors que son cerveau sera moins oxygéné, et que le branchement de ses synapses se fera moins bien, sera-t-il aussi efficace, créatif, rentable ?
  • Quel plaisir aura-t-il dans son métier, alors qu’il fera tout en force en respirant comme s’il courait constamment un marathon ? Le sport est bon pour la santé mais en continu 24h/24h c’est tout le contraire, et il risque d’en résulter plutôt des tensions, du contrôle, et si cela dure un burn out (lire art : Du plaisir au burn-out par Olivier Hoeffel).
  • En apnée toute la journée, quelle sera sa QVT ?

Physiologie du parapluie

Le muscle clé de la respiration est le diaphragme, un muscle transversal qui s’ouvre et se ferme comme le mouvement d’un parapluie.

  • Chez le bébé, le parapluie est digne de celui des golfeurs, solide, ample et large : il respire avec le ventre et souffle deux fois plus longuement que le temps d’inspiration.
  • En grandissant l’enfant, comme l’adulte, adopte la respiration sociale avec l’inspiration et l’expiration au même rythme. C’est le parapluie de ville, moins ample mais fonctionnant encore dans le bon sens. Une majorité de personnes respire au quotidien de cette manière, c’est encore correct.
  • Aujourd’hui ça se gâte, non seulement chez les bouts de chou comme expliqué précédemment, mais aussi chez de plus en plus d’individus qui respirent au niveau thoracique comme si un danger les menaçait. Ils sont prêts à démarrer au quart de tour, à réagir avec le haut du corps penché en avant, le cœur s’accélérant comme si un mammouth les poursuivait. Pourtant ils sont assis devant un ordinateur, ou en rendez-vous et aucun danger vital ne nécessite qu’ils courent ou combattent. Le diaphragme est alors sollicité dans le mauvais sens, le parapluie essaye de s’ouvrir à l’envers et ressemble à celui que l’on voit dans les caniveaux après la tempête.

Impact sur la santé

Au travail certaines personnes se plaignent de ne pas avoir le temps de respirer, de se surprendre à presque manquer d’air. Pourtant respirer fait gagner du temps, et se poser en soufflant plus bas permet de stimuler les neurones et d’être plus présent, donc plus attentif, et les décisions en seront plus justes et appropriées.

  • Respirer c’est la base de la communication, c’est important pour s’exprimer, se faire entendre, comprendre, et donc échanger. Le bon orateur respire avec son ventre pour poser sa voix et prendre sa place, être écouté et s’imposer. Libérer le passage entre le thorax et l’abdomen par des respirations plus profondes aide à la gestion des émotions, à gérer le stress et se servir de ses potentiels au bon moment.
  • En terme de prévention, la respiration abdominale pour certains métiers permet d’éviter les TMS ou troubles musculo squelettique, survenant à cause de gestes répétitifs exécutés en force jusque l’inflammation des tendons. 3 à 4 respirations vont permettre de relâcher les tissus grâce à l’oxygène véhiculé par le sang qui agit comme un anti-inflammatoire naturel.
  • Bon nombre d’insomnies viennent de cette respiration trop haute : en hyper éveil, toujours sur le qui-vive, la personne ne peut pas basculer dans le sommeil alors qu’elle est épuisée.

Respirer est un paramètre essentiel de la santé,  pour le chef d’orchestre qu’est le cœur, et le Professeur Cabrol lors de « la conférence des foulées de l’assurance » a dit :

« Respirez mes enfants, respirez… »

Par les poumons, la peau, tout notre corps respire.
À moins de venir d’une autre planète où l’apnée est l’état naturel pour une bonne QVT, sur terre être à bout de souffle a l’effet contraire.

Le souffle c’est la vie, la qualité de vie dans toutes les sphères de la vie !

photo sous licence creative commons – auteur : AleBonvini

Caroline Rome

Caroline ROME est spécialisée dans le sommeil et la vigilance, les rythmes, membre du comité éditorial de laqvt.fr, associée de Novéquilibres, attachée au Centre du Sommeil de l’Hôtel-Dieu à Paris, membre de l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance

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