Novéquilibres : Comme un crapaud ?

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Normalement c’est le crapaud qui se transforme en prince charmant grâce au baiser d’une belle jeune-fille, et pourtant l’être humain fait l’inverse. En présence de Morphée, l’homme se transforme en crapaud (pendant ses nuit du moins, heureusement…). Le crapaud est un animal nocturne, et en effet comme lui, nombreux sont ceux qui s’animent quand vient la nuit. Ce n’est pas nouveau, mais cet état des lieux s’aggrave de plus en plus rapidement et l’on peut s’interroger sur l’avenir du sommeil pour chacun, prince, princesse, quidam, salariés, travailleurs, commun des mortels ?

Historique

Au Moyen-âge, l’agrypnie existait déjà, ce qui veut dire insomnie. Déjà certains dormaient mal ou trop peu, peut être en raison des guerres, des famines, du manque de sécurité et des difficultés inhérentes à l’époque.

En France, avant la révolution industrielle l’usage était de se coucher dés la nuit tombée, puis de se réveiller vers minuit et c’était le souper en se reposant dans le lit. Puis tout le monde jouait, bavardait avant de se rendormir à l’aube. C’est seulement à la fin du 17ème siècle que le sommeil de 7h s’installe, car sinon tous les péchés sont possibles et la nuit est alors faite pour dormir et rien d’autre. Cette crainte liée à la morale judéo chrétienne a contribué à la réticence d’aller vers le sommeil, le lit pouvant être un lieu de péché, d’où la peur du noir liée aux mauvaises pensées.

Les écrits de grands hommes témoignent de cette difficulté au sommeil et à l’abandon :

Baudelaire dans le Gouffre dit : « J’ai peur du sommeil comme on a peur d’un grand trou noir, tout plein de vague horreur, menant on ne sait où ».

André Gide écrit : « J’ai un sommeil tout ajouré que le susurrement d’un moustique suffit à troubler ».

Et Kafka : « Je m’endors bien, mais je me réveille au bout d’une heure, comme si j’avais mis dans ma tête le mauvais trou ».

Génération Zombie

En moyenne, tous les jours le coucher est retardé de 5 secondes, et à ce rythme en 2040 ou dans 9131 jours, la mise au lit se fera au petit matin et les journées commenceront à 21 heures. Le rythme du crapaud, du hibou ou de la chauve-souris, sauf que l’être humain est avant tout diurne… Et l’entreprise en principe ferme la nuit, sauf bien sûr pour celles et ceux qui pratiquent des rythmes atypiques. Imaginez des zombies qui arrivent au travail le matin après une nuit blanche, l’œil vitreux, la démarche saccadée, mal peignés, incapables de parler et titubant, à se croire dans un film d’horreur, où est la Qualité de Vie au Travail (QVT) ou la qualité de vie tout court ?

Les plus touchés sont les adolescents, les futurs Zombies sur le marché du travail, et qui perdent par an de 20 à 30 minutes de sommeil puisqu’ils décalent l’heure du coucher et ont les contraintes du lever avec le lycée. C’est surtout l’exposition à la lumière qui a un impact avec l’emploi nocturne et abusif des tablettes, téléphones portables, ordinateurs, et qui fait croire à l’horloge interne que c’est le jour. Les dernières recherches sur le sommeil ont mis en évidence que la sensibilité à l’information lumineuse est très forte le matin et le soir, beaucoup plus qu’on le pensait, et à 15 lux la réaction se fait sentir.

Le sommeil sous toutes ses formes

Chez les indiens Yukana d’Amazonie, le sommeil n’est pas mis à la même place que chez nous : ils se réveillent à la fraîche, se rendorment en fin de matinée jusqu’en fin d’après-midi, et la nuit la vie continue dans la maison.

En Asie, le sommeil est vécu différemment et la vie est active sans arrêt, cinéma, bibliothèques sont ouverts 24 heures sur 24.

En Espagne, avec la chaleur, le temps de sommeil la nuit est plus court, et complété par de longues siestes, le temps de récupération est alors fragmenté en deux.

Chez les Inouits qui ont des longues périodes sans nuit et d’autres sans jour, le sommeil n’a pas d’importance. Les enfants dorment quand ils veulent, les adultes chassent et pêchent la nuit et vont travailler après comme si de rien était, et ils récupèrent quand ils peuvent. Ils dorment en groupe et quand ils rêvent, ils réveillent même les autres pour raconter leurs vécus.

Diurne ou nocturne ?

Dans quelques années les contraintes de coucher et de lever au rythme de la société seront de plus en plus rares, avec le e-learning et le télétravail chacun fera comme il le voudra. Il est désormais possible de s’acheter son parfum à minuit, de regarder des feuilletons à 2h du matin, de voir les infos en boucle. New York, Hong Kong ne s’arrêtent jamais de fonctionner, de travailler sans respect aucun des rythmes physiologiques et biologiques de ses habitants.

L’espèce humaine est en danger. Le sommeil qui se refuse, c’est un corps qui se dérobe aux lois naturelles ou qui les craint. L’être humain est diurne par nature, et faire confiance à l’intelligence corporelle est fondamental, l’alternance jour et nuit nous régit depuis la nuit des temps. La QVT passe par la préservation des personnes concernées, et l’humeur, l’efficacité, la rentabilité, le plaisir, le bonheur au travail partent d’une juste récupération nocturne.

Et pour celles et ceux qui ne dorment pas bien la nuit, et pour qui la journée est un deuxième combat :

« Pour lutter contre l’insomnie, faites ¼ d’heure de yoga, mangez une pomme crue, avalez une infusion de passiflore, prenez un bain chaud à l’essence de serpolet, frictionnez vous à l’huile essentielle de jasmin et orientez votre lit au nord. Quand vous aurez fini tout ça, il ne sera pas loin de 8h du matin. »

Pierre Desproges

Un commentaire

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  1. […] Normalement c’est le crapaud qui se transforme en prince charmant grâce au baiser d’une belle jeune-fille, et pourtant l’être humain fait l’inverse. En présence  […]

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