Novéquilibres : RH

Printemps 2011 – 19h56. Nous(1) arrivons sur la place d’Aligre pour assister au spectacle participatif de notre partenaire Emmanuel Gradt : « Morte ou vive ? Vive la commune ! »

Au détour du marché, nous découvrons la scène sur la place : assez vaste, un vrai rideau de théâtre, deux portants de part et d’autres où pendent des costumes, un parterre de chaises déjà partiellement occupées. Nous saluons Emmanuel, et prenons place dans le public.

Certains spectateurs, c’est visible, ont la ferme intention de faire entendre leur voix, voire de donner de leur corps : d’aller sur scène ! D’autres, plus discrets, se tordent le cou et jouent savamment des hanches pour atteindre les places les plus centrales, celles qui présentent tout l’aspect du refuge stratégique.

Emmanuel et son compère annoncent la couleur :

« Vous êtes venus pour un spectacle de théâtre, un spectacle participatif. Il y a cinquante rôles … nous sommes trois. »

Silence sur la scène. Quelques rires discrets dans le public.

« Nous prendrons quelques rôles en charge, mais il va falloir nous aider, sinon le spectacle ne pourra avoir lieu ! »

Puis, ils brandissent des feuillets A4, et un troisième homme prend place derrière la grosse caisse.

« Il y a des rôles de gentils, des rôles de méchants, ça dépend de quel bord vous êtes ! Mais … c’est très jouissif de jouer les rôles de méchants ! »

Des borborygmes s’élèvent du public, il est bien vivant. Il semble qu’il y aura des volontaires.

« Il nous faut un Bismarck ! »

L’un des comédiens repère un spectateur à larges moustaches blanches, assez costaud :

« Ah, monsieur, c’est exactement vous ! Vous voulez bien ? Ha … Très bien, nous avons Bismarck. Maintenant, un Général Trochu ? Le gouverneur de Paris, un beau rôle ! Qui veut être le Général Trochu ? »

Des mains se lèvent … le rôle est confié à un grand jeune homme.

« Il y aura des rôles féminins aussi, et pas des moindres, mais tout le monde peut participer, hommes, femmes, enfants »

… et ainsi de suite, les rôles de Napoléon, Jules Vallès, Louise Michel, des citoyennes, des « rôles pour ceux qui souhaitent être sur scène mais ne pas avoir de texte à dire » sont distribués parmi les nombreux volontaires. Il est enfin promis aux « personnes frustrées de ne pas avoir de rôle » que d’autres comédiens seront sollicités au cours du spectacle.

Le public est jovial, les acteurs-participants lisent leur texte des yeux avec plus ou moins d’anxiété, de sérieux, de plaisir de découvrir leur personnage, et d’excitation. Mais aucun répit. Ceux-ci sont invités à rester sur place, à se lever, et à dire leur texte haut et fort, tous ensemble. Les comédiens-participants s’exécutent. Une cacophonie enthousiaste s’élève aussitôt dans le public, au-delà du public, de la scène, et envahit toute la place. Les sourires fusent comme des flashs.

Ensuite, tous rejoignent la scène, nous les applaudissons, puis seuls les acteurs du « premier tableau » sont invités à rester et à s’approcher des portants pour endosser les costumes appropriés. Et le spectacle continue : les comédiens d’un jour, armés de leurs feuillets parfois posés sur un pupitre, déclament leur texte en suivant les indications des metteurs en scène. Le public est d’autant plus attentif : même assis, il participe à l’histoire … et en l’occurrence, à l’Histoire !

Les volontaires étaient de vrais ou de faux débutants, en tout cas ils étaient volontaires. Les textes déjà écrits afin d’assurer la cohérence d’un spectacle très construit ont néanmoins laissé la part belle et bienveillante à la créativité singulière de chaque volontaire. L’accent germanique pris par le personnage de Bismarck était-il écrit ou bien improvisé par l’interprète ? Du citoyen lambda à Mac Mahon en passant par le plus ardent communard, tous les acteurs ont pu proposer leur interprétation, tester la posture, faire leur expérience, pour beaucoup leur baptême du feu.

 De nombreux projets nécessitent une réelle implication des salariés, l’image que renvoie l’entreprise à ses différentes parties prenantes est un autre levier de sa performance.  Repenser certains projets à la manière d’une représentation de théâtre participatif doit bien vous donner quelques idées. Quels sont les ressorts de l’implication du public pour entrer en scène ? Y a-t-il un cadre ? Des garde-fous ? Creusons…

(1) Emmanuelle Lewartowski et moi-même en tant que membres de Novéquilibres. Damien Lopez était également dans le public.

Photographe : Camille Frérot

Un commentaire

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  1. J’y étais, et c’était tout à fait extraordinaire : nous allons au théâtre avec l’habitude de rester assis, notre contribution essentielle étant de réagir à l’action sur scène.
    Mais là, une partie du public est choisie pour jouer sur scène. Les enfants se sont évidemment précipités, et les adultes ont suivi. Sur scène, comme hors-scène, car le public et ses membres, avaient aussi droit à la parole.
    Au premier abord, il m’a semblé que c’était une soirée parfaitement adaptée à son thème : la révolution populaire de la Commune, la rencontre des personnes autour d’une idée.
    Mais cette forme participative crée, dans un même mouvement, une connexion incroyable dans la foule d’inconnus, qui se rencontrent pour la première fois; Un lien m’a-t-il semblé, intéressant à exploiter, « faire ensemble ».
    A quand des ateliers de théâtre participatif dans les entreprises ?

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