La course à la réduction des coûts en 3 images

L’amélioration de la qualité de vie au travail en entreprise (dans les organisations, pour généraliser) se heurte à la course incessante à la réduction des coûts. On peut même considérer que cette course dégrade la qualité de vie au travail et contribue à l’augmentation du phénomène des Risques Psychosociaux (RPS).

La course en (trois) images… et en direct live !

Organisation et régime

Beaucoup d’organisations sont au régime : il faut réduire les coûts, optimiser à 360°. Un modèle de management et d’organisation porte même en lui cette idée de régime : le LEAN Management, « lean » signifiant « amaigrissement ».
Les organisations étant jugées donc en surpoids, il leur faut maigrir. Maigrir vite, car être gros parmi les maigres, c’est un sacré handicap… s’il faut courir.

Courir c’est très exactement ce que l’on demande aux organisations et aux individus qui les composent. Donc il faut courir, parce qu’il faut courir mais aussi parce qu’il faut maigrir. A tel point qu’au bout d’un moment, on ne sait plus si on court parce qu’il faut courir ou parce qu’il faut maigrir.

Maigrir pour se sentir mieux et en meilleure santé. L’objectif semble sain. Maintenant, on peut légitimement poser plusieurs questions :

  • On s’arrête quand de courir pour maigrir ?
  • On court à quelle vitesse ?
  • S’autorise-t-on à faire aussi autre chose ?
  • Comment fait-on pour que cela ne devienne pas une obsession qui provoque de la tension pour l’individu et son entourage ?

Mais qui sont les bénéficiaires du régime ?

L’actionnaire de l’organisation qui, peut-être, fait un passage éclair pour bénéficier d’un dividende et d’une plus-value. Mais l’organisation elle-même, en est-elle forcément un bénéficiaire ? Et les individus qui ont participé et/ou été impactés par le régime ?
Autre question : quels sont les bénéfices court, moyen et long terme ? Pour reprendre l’image du régime pour perdre du poids, il est reconnu que beaucoup de régimes sont inefficaces à moyen terme.

A l’instar de la perte de poids des individus, d’autres approches sont possibles : par exemple, celle de la recherche d’équilibre. Les nutritionnistes préfèrent de loin la notion d’équilibre alimentaire à celle de régime. Mais force est de constater que même si depuis plusieurs années, les nutritionnistes, les messages sanitaires et le bon sens mettent en avant l’équilibre alimentaire, les régimes vont bon train et ont encore de beaux jours devant eux.

Organisation et avarice

Qui n’a pas été confronté dans sa vie à une personne avare ? Il est donc assez facile de considérer  les impacts négatifs de l’avarice sur l’individu qui en souffre et sur ses relations. On peut aussi considérer les différences entre une personne avare et une personne économe.
Une personne économe peut être vue comme assurant l’équilibre de son budget en s’efforçant de ne pas gaspiller ses ressources.
L’avare est obsédé par l’accumulation de gains et la réduction de ses dépenses.

On peut voir plusieurs différences entre l’économe et l’avare en terme de caractéristiques et d’impacts  :

  • l’avare est dans l’obsession, alors que l’économe est dans la gestion
  • l’avare est dans la focalisation, alors que l’économe préserve les équilibres
  • l’avare se crée de la  tension pour lui-même, alors que l’économe se rassure
  • l’avare crée de la tension pour les autres, alors que l’économe rassure
  • l’avare est moqué, méprisé ou détesté (rarement plaint), alors que l’économe est respecté

Je vous propose de procéder vous-même à une transposition de ces différences si l’on revient maintenant au niveau d’une organisation, de son dirigeant et de ses salariés.

D’où ma question : et si certaines organisations n’étaient pas en train de glisser de la gestion à l’avarice ?

Rousseau a écrit dans l’Emile : « Ne faites donc pas comme l’avare, qui perd beaucoup pour ne vouloir rien perdre ».

Au niveau d’une organisation, je proposerai la transposition libre suivante : « l’organisation perd beaucoup à la course sans fin à la réduction des coûts »

Organisation et anorexie mentale

Cette focalisation sur la rentabilité et cette frénésie inassouvie d’optimiser les coûts peut faire penser à l’anorexie mentale. Trois caractéristiques communes peuvent être mises en évidence :

  • l’obstination à atteindre des niveaux d’indicateurs en dessous d’objectifs imposés par des modèles ou autodéterminés (<-> l’obstination à atteindre un poids en dessous d’un poids minimum édicté dans le monde du mannequinat ou que l’on s’est soi-même fixé)
  • une altération de la perception des équilibres dans l’organisation (<-> altération de la perception de son poids, de sa forme et de sa santé)
  • une tension créée et diffusée dans toute l’organisation sur la rentabilité et l’optimisation des coûts alors qu’elle est déjà meilleure que la norme (<->peur de prendre du poids alors qu’il est déjà en dessous de la norme)

C’est bien d’une problématique de prisme déformant dont je veux parler ici. Un prisme qui déforme donc l’observation et conduit à des actions dont les ravages ne sont pas observés car en dehors du champs de vision.

Ce parallèle peut paraître osé, d’autant plus que l’anorexie mentale est non seulement une maladie, mais de surcroît, peut être mortelle.

Le prolongement de cette remarque étant ma conclusion sous forme de question :

Les organisations prennent-elles un risque vital dans cette frénésie ?

photo sous licence creative commons – auteur : equinoxefr

Olivier Hoeffel

Responsable éditorial de laqvt.fr Associé et responsable exécutif de Novéquilibres Associé de La Manufacture coopérative Auteur du blog lesverbesdubonheur.fr

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