Novéquilibres : Le temps d'un souffle

Novéquilibres : Santé / Bien-vivre

 

L’horloge décrit un temps parfaitement adapté à notre environnement. Ses propriétés, datation, durée, chronologie, causalité, simultanéité nous renvoient aux réalités terrestres. Aujourd’hui, notre façon d’éprouver le temps se modifie. Immédiateté, instantanéité ont les nouvelles propriétés de ce temps. Avec quel impact sur la performance et la Qualité de Vie au Travail (QVT) ?

La perception du temps est sociale

Elle parle des modes de vie et évolue avec eux. Aujourd’hui nous fonctionnons sur des systèmes « hors temps ». Par exemple, les précieux GPS reliés aux satellites sont programmés sans prise en compte de la variable temps, faute de quoi ils se dérègleraient. Jusqu’à Newton, la comptabilité horaire était approximative. Le temps circadien était vécu au rythme du soleil. Avec la notion de temps universel, Newton invente la physique moderne dont le cortège de découvertes et d’inventions amène à consulter l’heure au rythme du progrès.

L’utilisation des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) modifie notre appréhension du monde. Avec un impact sur notre perception du temps, notre organisation de travail, notre QVT.

Le progrès technologique continue …

Les NTIC sont un formidable outil : elles brassent cherchent, trient, stockent. Elles simplifient ou compliquent le travail, c’est selon. Elles favorisent la flexibilité du travail. Et font partie de toutes les sphères de vie, sans relâche. L’efficacité et la curiosité inclinent à un usage immodéré de ces outils. De plus en plus de données sont à l’étroit dans 24 heures. Il s’en produit plus qu’on ne peut en stocker, même si les capacités de stockage augmentent aussi. La machine à multiplier le temps est née, mais l’organisme humain peine à suivre.

Les NTIC nous offrent une mémoire externalisée qui permet de se soustraire à l’effort de mémorisation. Or l’identité se construit sur la conscience et sur la mémoire.

De son appartement à son bureau, via un train, accroché à son smatphone, l’individu est coupé du rythme circadien et de la réalité de soi.  Dans son travail notamment, il dispose alors de peu de ressources pour faire face à la pression du court terme et de l’urgence, ce qui retentit sur sa QVT.

Comment faire pour espacer les minutes, alléger la pression ?

  • Les techniques de gestion

Des techniques existent pour gérer le temps. Gérer les tâches en les classant en fonction des critères  urgence/importance risque de donner la priorité à l’urgence et de renvoyer loin ce qui est important et non urgent, précisément ce qui est utile pour penser l’avenir et se dégager du court terme. Ces méthodes sont nécessaires mais pas suffisantes. Elles n’apportent pas de vrai temps de pause. En outre, c’est un moyen de faire peser la responsabilité sur l’individu de toute la pression qu’il subit.

  • Coller au réel et respirer sa vie

Dans son livre « Trop vite »,  Jean-Louis Servan-Schreiber recommande de coller au réel pour se libérer de cette pression et de mettre du long terme dans nos vies, par la méditation notamment. Activer le système nerveux autonome parasympathique par la respiration permet de ralentir pour souffler. C’est précisément ce que l’on fait dans la pratique de la méditation de pleine conscience.

La pleine conscience, c’est diriger son attention délibérément, au moment voulu, sans jugement de valeur ( Jon Kabat-Zinn ) sur sa respiration, son souffle et plus largement. Grâce à l’imagerie médicale, on visualise les effets bénéfiques de cette pratique sur le cerveau, pratique décrite dans une intuition géniale comme « l’inscription corporelle de l’esprit » par Francesco Varela, premier à avoir associé méditation et neuro sciences.

Différents modes de l’attention

En français, nous ne disposons pas des deux termes utilisés en anglais pour traduire « être conscient » :

  • Consciousness : conscience attentive et concentrée
  • Mindfulness : médiation dite de pleine conscience

Le lion aux aguets devant sa proie symbolise la concentration au sens de faire attention à quelque chose (consciousness). Cette concentration empêche de voir ce qui se passe autour. Elle est utile, mais épuisante sans relâche. C’est celle de l’homme qui enchaine tâche sur tâche, comme dans le traitement d’un flot de mails. Sans cesse sollicité cognitivement, il finit par céder sous une charge mentale intense et crispante, comme si une ampoule était allumée sans arrêt dans la tête et finirait par griller (stress et burnout).

La méditation de pleine conscience (mindfulness), c’est porter une forme d’attention ouverte au monde et par tous les sens. Cette attention ouverte peut être portée à la tâche en cours. Sur le long terme, elle améliore la concentration, l’attention à soi et aux autres, pour cultiver la QVT, avec des résultats bénéfiques sur le fonctionnement et la performance dans l’organisation.

Expérimenter un type d’attention singulier

« Méditation » se traduit par la réunion de deux termes sanscrits : «se poser», être présent- shamatha– et de «voir clair», être lucide –vipashyana-, apaisement et clairvoyance. Trente minutes de pratique respectueuse aident à échapper à la réactivité et à l’urgence. L’esprit est élargi pour accéder à une réflexion apaisée : sagesse, bienveillance, liberté, authenticité, accomplissement, et même dialogue pacifié. J’y  retrouve les valeurs de la mission FNEP 2011, où Fabrice Midal fondateur de l’Ecole Occidentale de Méditation  était intervenu, pour nous rappeler qu’avant toute chose il fallait être. Favorisant une attitude bienveillante envers soi-même et les autres, « la méditation c’est l’art d’être humain ».

Sources :

Jon Kabat Zinn « Où tu vas, tu es » Ed. Livre de Poche

JL SS « Trop vite » Ed.Livre de Poche

Revue Cerveau et Psycho Christophe André La Méditation

Fabrice Midal  http://www.ecole-occidentale-meditation.com/

photo sous licence creative commons – auteur : jdhancock

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