Serions-nous « malades » du temps ?

Novéquilibres : Serions-nous malades du temps ?

Novéquilibres : Santé / Bien-vivre

Le temps fini s’écoule en une succession d’unités comptabilisées au cadran de nos montres, illusion du mouvement perpétuel. Pourtant nous avons grand peine à objectiver cette 4ème dimension. C’est elle qui nous définit et nous donne du fil à retordre. Voici quelques réflexions pour vous aider à apprivoiser le temps

Le temps se ménage, s’emploie, se tue, se perd ou se gagne comme la vie.

Temps partiel, plein, libre, subi, choisi, partagé, il caractérise nos métiers. On nous demande alors d’être efficaces, donc rapides. Et c’est souvent stressant.

 

Tout semble s’accélérer pour nous faire gagner du temps

La vitesse a toujours été un moyen d’élargir notre territoire : physiquement, et mentalement avec l’internet. Nous avons fait d’elle l’emblème de la performance. Comme la performance doit croître, la vitesse se doit d’accélérer. Nous dormons de moins en moins, prenons à peine le temps de déjeuner et plus nous allons vite, plus nous manquons de temps. De plus en plus sollicités, nous avons de plus en plus à faire pour nous adapter à des changements de plus en plus rapides, censés nous faire gagner du temps. Le mode multitâche devient la solution pour optimiser le temps précieux. Mais précieux pour qui ? Pourquoi ? et pour quoi ?

À quoi passons-nous tout ce temps gagné ?

Loin d’être gage d’efficacité, la vitesse est souvent de la précipitation qui ne permet pas de changements profonds ni de performance durable. La vie nous rappelle à l’ordre : vitesse biologique, temps géologique sont ceux du développement durable. En pensant aller plus vite, on se précipite dans des embouteillages de natures diverses … où l’on perd son temps dans un bruit de fond cérébral incessant. La densité d’événements d’importances hétéroclites qui se présentent et qu’il faut gérer, génère agressivité et anxiété comme  quand une trop forte densité de population nous submerge. Des « temps » différents, isolés les uns des autres peuvent provoquer des aberrations. Des dates arrivent mais ne signifient rien car il arrive que nous ne les reliions pas entre elles. D’aucuns arrivent à cumuler deux rendez-vous le même jour à la même heure pour les oublier tous deux, certains que c’était pour le lendemain.

Comment pouvons-nous reprendre la main sur le temps ?

Voici quelques idées :

  •  Soyez pleinement à ce que vous faites. Faire une chose en pensant à une autre est stressant : nous savons obscurément que nous ne sommes pas en train de faire ce qui est bon pour nous. Il faut savoir se consacrer pleinement à une activité. C’est dans ce cas qu’on trouve le flow, c’est-à-dire le plaisir que l’on a à faire ce que l’on fait. (concept énoncé par Mihaly Csikszentmihalyi, un des fondateurs de la psychologie positive).
  • L’idéal est que cela se produise dans votre travail. Vérifiez quels freins vous retiennent pour vous livrer au flow.
  • Certains trouvent le flow en faisant le repassage ou la vaisselle. Il s’agit alors d’une attitude plus méditative qui permet aussi d’échapper au sentiment d’urgence permanente
  • Suivez votre rythme. On peut remplacer le temps par le rythme et alterner temps lents et rapides, vacances et travail, activité et sommeil, tâches physiques et intellectuelles.  Ainsi régulé, le temps retrouve de son volume.
  • Respectez les rythmes des autres et les différences. Si vous-même ne respectez pas votre propre rythme, vous aurez du mal à respecter celui des autres. C’est pourtant la base pour s’entendre et concilier les différences.
  • Chérissez l’imperfection. Acceptez de ne pas tout faire, de ne pas être parfait ou d’exceller en tout.
  • Explorez les bénéfices de la lenteur : l’ennui comme la pleine attention sont à la source de l’esprit créatif.
  • Comprenez que vous êtes cyclique et non pas linéaire.
  • Goutez la sensorialité. Conservez un temps pour le sport ou le plein air : le goût de la vie vient de la richesse de nos perceptions. En plus cela vous oxygènera.
  • Déconnectez-vous, même pour ne rien faire si c’est ce que vous avez prévu. Vous verrez que ce moment est juste.
  • Ralentissez volontairement par des pratiques de respiration. Prenez 3 minutes de pause (surtout pas cigarette !).
  • Remettez du lieu dans vos vies : marcher, visiter, prendre l’air fait prendre corps à notre quotidien souvent réduit à un écran. L’immensité d’internet correspond à l’absence de lieu par excellence, voire à l’absence d’interlocuteur (contact@?). Ceci est également générateur de stress.
  • Et conservez les passerelles humaines, échangez avec les autres : même si on y perd du temps on y gagne du lien. Et du temps plus tard !

Expérimentez ces quelques moyens pour goûter le temps qui passe, pour passer votre temps à goûter la vie …pour une qualité de vie au travail à hauteur d’homme.

photo sous licence creative commons – auteur : CityGypsy11

Dominique Poisson

Dominique POISSON est consultante en nutrition, membre du comité éditorial de laqvt.fr, associée de Novéquilibres

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