A-t-on besoin de la QVT ?

Novéquilibres : A-t-on besoin de la QVT ?
En tant que promoteurs de la Qualité de Vie au Travail (QVT) sur le site laqvt.fr et dans le cadre de conférences, en tant qu’acteurs de l’amélioration de la QVT, nous voyons avec beaucoup de satisfaction l’intérêt croissant pour la QVT dans le monde du travail. Maintenant, nous ne vous le cachons pas : il existe encore beaucoup de résistance, de méfiance, d’incompréhension sur ce concept et sur l’idée qu’on puisse améliorer la QVT dans le contexte économique actuel, surtout dans une approche panoramique. Je vous propose à travers cet article de relayer un certain nombre de réactions négatives, interrogatives ou défensives que nous avons pu directement ou indirectement relever.

Une liste à la Prévert

Voici une liste assez exhaustive de ces réactions vis-à-vis de la QVT :

  • « La QVT, oui ça se réfléchit ! Mais justement, je n’ai pas le temps ! »
  • « Avec la QVT, vous poursuivez un mauvais combat : le vrai sujet, c’est la qualité du travail comme le dit Yves Clot. »
  • « La QVT, ça n’est qu’au cœur du travail. Ne nous parlez pas du cosmétique, comme les services de proximité »
  • « Mais arrêtez de  plaindre las salariés ! Franchement, on leur donne la chance de travailler et d’être  (trop) payé pour ça. Et moi d’abord, est-ce que je me plains ? »
  • « Ca n’a pas de sens la QVT : de toutes façons, le travail c’est une souffrance. Référez-vous à Christophe Dejours ! »
  • Ou approchant « QVT ? Tu rigoles, c’est un oxymoron  … et tu pourras noter en passant que j’ai du vocabulaire »
  • « On en reparlera dans quelques mois … vous verrez, ce sera passé de mode »
  • D’un acteur des conditions de travail : « C’est totalement indispensable ! Ma propre QVT ? Mais quel rapport ? C’est comme si vous demandiez à un médecin de ne pas fumer ! »
  • « La QVT ? Je n’y crois pas. Avec un dirigeant et des actionnaires qui ne pensent qu’aux profits et qui n’ont aucune considération pour nous. Et je suis bien placé pour le savoir : je suis membre du CE et je vois bien comment se comporte le dirigeant sur les discussions sur les conditions de travail : le CE c’est le social et le culturel; pas touche à l’organisation du travail ! »
  • « Globalement, on se dit bien qu’on en a besoin mais encore faudrait-il qu’on sache exactement ce que ça recouvre »
  • « Nous, on n’en a pas besoin, on a choisi la RSE ! »
  • « Vous savez, on est une entreprise familiale : on n’a pas besoin de toutes ces usines à gaz. Et puis on a un contact direct avec les salariés. »
  • « Ecoutez, on fait partie de l’ESS : alors forcément, c’est dans nos gênes ! On en fait comme Mr Jourdain faisait de la prose »
  • « Je ne dis pas que ça ne serait pas bien, mais nous, on est un petit CE et on n’a pas les moyens de financer des trucs comme des massages, vous voyez ce que je veux dire ? »
  • « Ah oui, encore un truc du patronat pour noyer le poisson des RPS ! »
  • « Demandez au CHSCT ! C’est leur boulot ! »
  • « Oui on en a besoin, mais ça n’est pas avec l’ANI sur la QVT, tel qu’il est, qu’on va avancer. On comprend que certaines organisations syndicales aient refusé de le signer. D’ailleurs, la meilleure preuve : la signature de l’accord dans la fonction publique est en échec. La ministre pense qu’en reculant à septembre, la pilule aura le temps de passer. Elle se fourre le doigt dans l’oeil ! »
  • « Pourquoi pas ! Mais surtout, faut pas que ça dérange les gens dans leur travail. On est en flux tendu »
  • « Alors, la QVT, ça on peut en discuter ! J’ai eu peur que vous me parliez du documentaire Le bonheur au travail ! Soyons sérieux : il s’agit de travail, pas de plaisir ! »

Que répondre ?

Dans un premier temps, je vous propose l’esprit dans lequel j’apporterai ma contribution dans des articles à venir concernant ces réactions :

La QVT en vision panoramique, dans la conjugaison et la coopération

Les partenaires sociaux et les acteurs de la prévention des conditions de travail exposent régulièrement et clairement que la QVT doit toucher au cœur du travail. C’est une mise en garde et un enjeu bien légitimes pour se prémunir d’une vision où la QVT resterait à la périphérie du travail. Ils sont dans leurs rôles de le dire.
En revanche, il est important de proposer aussi une vision panoramique qui fait cohabiter intelligemment les actions au cœur du travail et celles qui sont à la périphérie (comme les services de proximité proposés au salariés et la promotion des bonnes habitudes de vie en matière de santé physique, mentale et sociale). Ces actions méritent d’être réfléchies et organisées en coopération. Cette coopération nécessitant le respect et la confiance mutuels entre les différents acteurs intervenant sur les actions d’amélioration. Ce sont d’ailleurs les mêmes préalables que l’on peut promouvoir entre individus au travail pour améliorer la QVT.
Par ailleurs, cette ouverture d’esprit vaut également pour le positionnement du concept de QVT par rapport à d’autres concepts ou idées : qualité du travail, bien-être au travail, bonheur au travail, RSE, RPS, … Ces concepts méritent d’être interconnectés, conjugués et non opposés ou cloisonnés.

Je mets en lien cet article avec le constat émis par Hervé Lanouzière, Directeur Général de l’Anact, juste avant le début de la présente semaine de la QVT « Il reste encore un gros travail pour rendre opérationnelle la qualité de vie au travail » (brève du 13 juin 2015). Au delà de la dimension méthodologique, il reste aussi un travail pour créer les conditions de coopération pour l’investissement du sujet de la QVT au niveau des organisations et pour la mise en actions d’amélioration.

Nous aurons l’occasion de répondre plus précisément aux réactions rapportées dans la liste à la Prévert; ceci dans les semaines qui viennent et nous vous appelons, vous lectrices et lecteurs de laqvt.fr, à apporter votre contribution si vous le souhaitez.

 

Olivier Hoeffel

Responsable éditorial de laqvt.fr Associé et responsable exécutif de Novéquilibres Associé de La Manufacture coopérative Auteur du blog lesverbesdubonheur.fr

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