Biennale des aidants

Novéquilibres : Biennale des aidants

Lors de la biennale des aidants, dont une synthèse est disponible sur le site de l’association française des aidants, la problématique envisagée sous l’angle sociétal, territorial, et même international avait donné une grande richesse à cette journée. Voici un focus sur deux des sujets traités, le premier concernant la vie professionnelle abordée lors d’un des ateliers-café de la matinée, l’autre plus en recul sur le dialogue et les apports interculturels sur le thème de l’aidance.

Etre aidant et continuer sa vie professionnelle

Certaines entreprises s’engagent dans de réelles actions hors ou intra entreprise comme le Crédit Agricole Assurance via sa direction de la communication et de la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) qui soutient financièrement des projets associatifs (le développement des cafés des aidants(1) par exemple), ou offre à ses salariés des réunions thématiques sur le sujet de l’aidance. Elles témoignent d’un sentiment de reconnaissance des salariés concernés. Mais dans le travail, au quotidien ? Dans le public, une assistante de direction, également en charge d’un proche dépendant, a témoigné de ses difficultés. Même si elle n’a pas d’horaires très stricts, sa disponibilité est attendue sur une amplitude importante (8h à 19h environ, sans interruption à l’heure du déjeuner). Or elle ne peut mettre son statut d’aidante entre des parenthèses hermétiques sur cet intervalle entier. Elle souligne sa difficulté à se concentrer, déplore l’obligation de poser des jours de congés pour s’occuper de son proche dépendant même en cas de certificat médical, subit l’irritation de son supérieur hiérarchique, n’obtient pas d’accord sur le travail à domicile… en bref elle souffre du manque d’écoute et de compréhension de la part de son entreprise.

Comme je l’ai souligné alors, la conciliation de la vie personnelle des aidants avec leur vie professionnelle est une question à envisager sous l’angle de la Qualité de Vie au Travail (QVT) pour tous les salariés de l’entreprise. Chaque salarié est susceptible malheureusement d’être confronté à tout moment à l’obligation d’aider un proche devenu dépendant. Chaque salarié, quelle que soit sa position hiérarchique doit être prêt au dialogue pour contribuer à une meilleure qualité de vie au travail du collectif de travail. Cela passe par le dialogue, la compréhension et la prise en compte des besoins individuels de chacun (souplesse d’organisation, bienveillance, coopération, etc.) pour qu’il puisse donner le meilleur de lui-même au travail comme auprès de son proche dépendant.

Les aidants dans le monde

Mamadou Mbodji, membre du Réseau AFricain des Amis de la Nature témoigne en fin de journée d’une réelle prise de conscience de sa part de la nécessité de prendre soin des aidants, autant que des personnes dépendantes.

En Afrique, on bombe le torse quand on prend soin de ses vieux

Lorsqu’on lui donne la parole, Mamadou Mbodji reste silencieux quelques secondes et commence par évoquer tout ce que cette journée lui a apporté. Avec les solutions ou pistes de solutions qu’il a entendues (le répit, les relais, les aides techniques…), il a découvert un univers collectif de questionnement et de réponses insoupçonné.

« J’ai eu à m’occuper de mon vieux père » nous explique-t-il. « Dans notre culture, on est fiers de s’occuper de ses parents, d’être celui de la fratrie qui va subvenir à leurs besoins. Dans la rue, quand on me demandait où j’allais, j’étais heureux de répondre que j’allais m’occuper de mon père. En Afrique, on bombe le torse quand on prend soin de ses vieux ! Pourtant au bout d’une semaine, le torse était moins tonique : j’étais vraiment épuisé, fatigué, je manquais de sommeil, etc. Aujourd’hui, je me rends compte que je n’ai jamais pensé à me faire aider, au répit, et toutes ses idées que j’ai entendues lors de ce colloque, et je pense qu’il faut qu’on y réfléchisse aussi dans nos sociétés. »

Visons l’équilibre : restons fiers de nous occuper de nos proches dépendants, et continuons de progresser ensemble pour ne pas nous épuiser, dans le cadre du travail comme dans le cadre élargi de la société.

 

(1) Les cafés des aidants sont des groupes de parole initiés par l’association française des aidants. Animés gratuitement par un tandem professionnel (psychologue et travailleur social), ils accueillent toute personne de la société civile aidant un proche dépendant. Ils sont répartis sur le territoire national.

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