Novéquilibres : Du plaisir au burnout

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Vous prenez plaisir à votre travail ? Votre travail a du sens ? Alors, le bonheur au travail ne serait-il pas loin ? Il faut probablement ajouter une composante : vous en êtes où de votre engagement au travail et de l’équilibre entre les sphères de votre vie ? Fatiguez-vous ?

« Mauvais stress, bon stress »

Il n’y a pas si longtemps, quand on parlait de stress, on opposait le mauvais stress, dangereux pour la santé et le bon stress, ce qui laissait supposer qu’il était bon pour la santé. L’humain est sans arrêt sous stress puisque sans cesse il s’adapte à son environnement, le stress est positif quand l’adaptation est possible, et il devient négatif quand c’est trop, et que l’adaptation n’est plus possible (voir l’article « Stop au trop »). La limite est sournoise, et il est difficile de savoir quand le stress est aidant ou destructeur…

Alors, si je suis au travail avec beaucoup de pression et de missions sans intérêt, mon sort pourra inquiéter, alors que si, tout en ayant une charge de travail importante, je m’éclate dans mes activités professionnelles, on me collera un ciel azur sur ma météo personnelle.

Pour autant, selon le principe que le mieux est l’ennemi du bien, la dérive est possible quand on prend plaisir à son travail.

La dérive de l’excitation que donne le plaisir peut emmener au-delà des limites que supportent le physique et le psychique.

Le stress dit positif sollicite aussi l’organisme et tire sur ses réserves, s’il est chronique.

Le plaisir ne dédouane pas de la responsabilité : préserver l’équilibre de son organisme et plus généralement, de sa vie.

Il en est de même en termes d’articulation vie professionnelle / vie privée : si le plaisir que l’on prend dans la vie professionnelle empiète la vie familiale de manière manifeste et répétée, tôt ou tard, la vie affective et familiale peut subir un choc. Un choc qui sera l’aboutissement d’une détérioration progressive de la situation.

« Plaisir et sur-engagement »

Le plaisir peut favoriser le sur-engagement, d’autant plus, s’il est combiné à une incapacité à savoir dire non aux sollicitations.

Plaisir + sur-engagement + déséquilibre entre les différentes sphères de vie, voilà une combinaison qui peut conduire à l’épuisement professionnel, le fameux burnout dont la presse se fait l’écho depuis plusieurs mois.

Une vérité qu’il faut savoir aussi prendre en considération : le burnout n’est pas seulement la conséquence d’une pression extérieure mise sur les épaules des individus.

Une façon de revisiter un principe promu à de nombreuses reprises sur laqvt.fr : l’articulation entre responsabilité individuelle et responsabilité collective.

Quand il y a plaisir qui conduit au sur-engagement, il est à la fois de la responsabilité de l’individu et de la responsabilité du collectif de prévenir les risques de burnout.

J’ai moi-même dû à plusieurs reprises faire face à la gestion de mon plaisir et de mon engagement pour ne pas me laisser entraîner dans le burnout et ce n’est pas chose facile.

Le plaisir … oui, et encore oui ! Mais en préservant les grands équilibres de sa propre vie.

Ce qui demande beaucoup de vigilance, de clairvoyance et de volonté quand il s’agit de faire des choix, de réduire la voilure, de mettre une croix temporairement ou définitivement sur des objectifs, des activités ou des envies.

« 8 conseils pour éviter la dérive qui mène du plaisir au burnout »

Voici 8 conseils que nous vous proposons avec Caroline Rome pour prévenir et travailler sur une dérive qui mènerait du plaisir au burnout :

  1. Prendre le temps pour s’écouter et pour l’introspection. Suis-je encore dans le plaisir ? Parce qu’en la matière, le chemin qui mène du plaisir au burnout comporte plusieurs étapes, et passées plusieurs étapes, le plaisir n’est plus vraiment là, mais encore faut-il en avoir conscience !
  2. Trop d’un plaisir tue ce même plaisir. Tal Ben-Shahar, Professeur de psychologie positive à Harvard a énoncé le « principe des lasagnes » : vous aimez les lasagnes ? Fort bien, moi aussi ! Mais si vous deviez en manger tous les jours, vous arriveriez à l’écœurement ou à la lassitude. Il préconise donc de choisir la bonne durée et la bonne fréquence pour une activité qui donne du plaisir.
  3. Surveillez votre posture. Si vous vous surprenez à avoir la tête dans le guidon, avec les mâchoires verrouillées, le buste en avant, les épaules hautes, le souffle court et presque l’air sauvage… peut-être est-ce l’occasion d’une prise de conscience que vous forcez trop. La respiration, les tensions corporelles sont des indicateurs de ce passage au mauvais stress. Faites équipe avec vous-même pour durer, prenez en compte l’intelligence corporelle.
  4. Êtes-vous capable de vous raisonner et de dire non à une opportunité agréable qui vous pourrait mettre en danger votre équilibre ? Parce que les opportunités qu’on ne peut absolument pas manquer et qui ne se produisent qu’une seule fois dans la vie (c’est souvent comme cela qu’on les qualifie) méritent d’être comparées aux croyances des consommateurs qui achètent de manière compulsive des produits parce que, chaque fois, c’est l’affaire de l’année qu’on ne retrouvera nulle par ailleurs ni jamais (et sur l’année, l’affaire devient très plurielle). Il faut donc savoir dire non à une opportunité, la voir s’éloigner sans frustration exagérée, temporairement ou définitivement. Quand ce n’est pas le bon moment, ce n’est pas le bon moment. Ou alors, il faut faire des choix : accepter l’opportunité au détriment d’une activité actuelle.
  5. Quelle peut être l’articulation entre responsabilité individuelle et collective dans la dérive et la résolution de la situation ? Il faut identifier toutes les parties prenantes, réfléchir et agir en concertation avec elles.
  6. Lien avec l’affirmation de soi (assertivité) : osez-vous dire non à quelqu’un qui vous sollicite ? Si quelqu’un cherche à vous associer à une action très intéressante, mais que vous n’avez objectivement pas le temps : êtes-vous capable de décliner sa demande ? Si ce n’est pas le cas, il sera intéressant de se pencher sur l’affirmation de soi.
  7. Lien avec le perfectionnisme. « Le mieux est l’ennemi du bien » a écrit Voltaire. Le plaisir, c’est aussi quelques fois, le plaisir et la fierté du travail bien fait … jamais assez bien fait ? L’apprentissage de l’imperfection permet aussi de ne pas dériver dans le sur-engagement.
  8. Soyez attentif au rapport au temps. Si vous n’avez plus le temps de rien, c’est qu’il y a un souci. Où est le plaisir quand tout se fait dans la course au temps ? Harmut Rosa l’explique dans son livre « Accélération ». Il y développe une théorie de l’accélération sociale, avec l’accélération du rythme de vie qui se manifeste par une expérience du stress et de manque de temps. C’est alors que l’individu bascule du stress acceptable au stress inacceptable, et risque d’aller droit dans le mur. Nous sommes des être circadiens réglés sur 24h, et si nous perdons de vue notre horloge interne, rien ne va plus. Où est le plaisir quand il n’y a même plus le temps de le savourer ?

Notre Qualité de Vie au Travail (QVT) mérite que nous nous penchions sur notre façon de doser le plaisir dans le travail.

Cet article a été écrit en collaboration avec Caroline Rome.

photo sous licence creative commons – auteur : Pulpolux

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