Emmeline ou la gentillesse en une semaine chrono

Novéquilibres | la gentillesse

Une fois n’est pas coutume, permettez-moi de relater une situation personnelle fort éprouvante, mais néanmoins illuminée par la gentillesse.

Notre chienne Frimousse a été agressée par un autre chien beaucoup plus gros qu’elle. Je vous épargne les détails à la fois des blessures et des hauts et des bas d’une semaine qui s’est achevée par sa disparition.

Nous avons reçu ma femme et moi beaucoup de soutiens et de la gentillesse pendant cette période. J’ai voulu par cet article à la fois donner un signe de reconnaissance à une jeune femme et apporter un éclairage particulier à la gentillesse telle que je l’ai perçue et gérée.

Jeudi 3 novembre 2011 : je sors de la clinique vétérinaire en fin d’après-midi où je viens d’amener notre chienne Frimousse. La vétérinaire, très gentille m’a annoncé que Frimousse ayant perdu beaucoup de sang, il faudra lui faire une transfusion et que la clinique ne dispose pas de stock de sang. Elle va voir si elle peut essayer de trouver un chien donneur, mais elle m’a invité à chercher de mon côté un chien de plus de 25 kg dont le maître accepterait le don de sang de son chien.

J’appelle ma soeur pour lui annoncer la double nouvelle : l’agression de Frimousse et la course contre la montre pour trouver un chien donneur. Paradoxe : trouver un maître et un chien de plus de 25 kg autour d’elle serait facile, sauf qu’elle habite dans le Gard. Moi, à Paris, avec plutôt une majorité de petits chiens, comment trouver aussi vite un grand chien ? Ma soeur se rend disponible immédiatement et se met en recherche de pistes par Internet.

De mon côté, je fais des recherches avec ma femme dans mon quartier en sollicitant en particulier Caroline, une amie pharmacienne.

La course à la solidarité et la gentillesse commence, avec des fausses pistes.

Au bout de quelques dizaines de minutes, ma soeur m’appelle avec un n° de portable : une jeune femme aurait récupéré un gros chien par ALERTE SOS, une association qui s’occupe d’accueillir des chiens. Appelons Emmeline cette jeune femme, et ça tombe bien parce que c’est son prénom et qu’il n’y a pas matière à le changer pour le propos, bien au contraire.

Emmeline au téléphone accueille avec beaucoup de gentillesse mes propos pas forcément bien construits sous le coup de l’émotion. Mais c’est un peu la douche froide car elle me dit être famille d’accueil pour le chien en question et qu’elle n’a pas autorité à donner son accord pour un don de sang puisqu’elle n’est pas son propriétaire. Un coup de fil après, le temps que Nicole, Présidente de cette association donne son accord, me voici de retour au téléphone avec Emmeline qui me dit avec beaucoup de gentillesse se mettre à ma disposition.

Le temps de prendre ma voiture et presque 3/4 d’heure après avoir traversé une bonne partie de Paris, me voici à embarquer Laika (près de 40 kg) sur le siège arrière avec Emeline installée à côté du chien pour le tranquilliser.

Environ 2 heures plus tard, nous étions de retour près de chez elle, avec un pansement en plus et un peu de sang en moins pour Laika, et des échanges riches en mémoire avec cette jeune étudiante en restauration d’oeuvres d’art, qui non seulement m’a donné de son temps pour notre chienne, elle une grande engagée dans la défense des animaux, mais aussi m’a éloigné de mon émotion par des discussions sur nos conceptions du travail et de la qualité de vie.

Vendredi 4 novembre 2011 : j’ai promis à Emeline que je la préviendrais de la suite des événements. Je lui envoie un SMS pour lui faire un point de la situation. Le pronostic de la vétérinaire : 50%/50%. Elle me répond en nous renouvelant son soutien.

Samedi 5 novembre 2011 : nouveau SMS de ma part lui annonçant une amélioration de l’état de Frimousse. Mais prudence tant qu’on n’est pas sorti de la zone de turbulence. Nouvelle réponse de sa part sous forme d’encouragement.

La gentillesse s’entretient et j’ai été très vigilant à ne pas oublier Emmeline tout au long de ces deux jours. Et ce d’autant plus que je me sentais un peu bêtement gêné par une information objectivement positive : en ce samedi, Frimousse n’a toujours pas eu besoin de transfusion, alors qu’au départ nous avions compris que le besoin était immédiat. Et je me fais donc une obligation de faire comme si la transfusion avait eu lieu et que ma chienne était sauvée grâce à cette chaîne de solidarité. La gentillesse appelle la reconnaissance.

Lundi 7 novembre 2011 : nouvel SMS pour Emmeline : je lui annonce que Frimousse a plus de vitalité et que pour la première fois, elle a accepté de s’intéresser à ses friandises habituelles. Je ne peux résister à l’envie de vous restituer la réponse précise d’Emmeline :
« Ppppyppypyppyyyyjyjyyyhpppyyyhyyjyjyyyjhyyhyyyjhyyyyyy ». J’avoue que la première seconde je me suis demandé si son doigt n’avait pas dérapé sur le clavier virtuel ou non de son téléphone. En deuxième lecture, j’y ai vu un « happy ».

Jeudi 10 novembre 2011 : un échange en deux fois avec Emmeline par SMS. Le premier pour lui annoncer que notre chienne n’a pas survécu malgré la transfusion qu’elle a reçue. Mon deuxième SMS pour bien expliquer à Emmeline toute l’importance de sa gentillesse et en particulier pour lui dire que nous aurions été dans un état émotionnel encore pire si nous n’avions pas pu trouver de chien donneur et que Frimousse soit décédée du fait d’une absence de transfusion.

Et voyez-vous, le jour où Frimousse a eu cette transfusion qui correspondait à une évolution négative de son état de santé, j’ai eu un sentiment très paradoxal avec mon état émotionnel du moment : une satisfaction de pouvoir annoncer plus tard à Emmeline et à ma soeur que la vie de notre chienne avait été sauvée, entre autres (n’oublions pas l’équipe vétérinaire), grâce à elle.

Alors donc, Frimousse n’est plus. Tout a été fait pour la sauver. Et cette gentillesse d’Emmeline dans ses actes et dans ses propos gardera tout autant de valeurs à nos yeux que notre Frimousse soit encore avec nous ou pas.

C’est une juste réponse à la gentillesse, de mon point de vue, expérimentée par l’épreuve.

Cet article est le premier d’une série initiée à l’occasion de la journée de la gentillesse du dimanche 13 novembre 2011, gentillesse qui restera à l’honneur sur laqvt.fr

PS1 : Emmeline étant l’actrice centrale de cet article, il me parait important d’associer toutes les autres personnes qui ont contribué à essayer de sauver Frimousse ou nous apporter du soutien et de la gentillesse au delà de l’équipe vétérinaire : Anne, Béné (ma soeur citée dans l’article), Benoit, Catherine, Caroline (citée dans l’article), Caroline, Céline, Christian, Claude, Damien, Dominique, Elisabeth, Emmanuelle, Eric, Françoise, Grazziella, Jenny, Jean-Marc, Karen, Laurence, Marie, Marie Rachel, Mathilde, Michel, Nathalie, Nicole (citée dans l’article), Odette, Pascal, Patrick, Sophie, Stéphane, Vahé.

PS2 : Laika, la chienne donneuse de sang est à l’adoption par une famille qui l’accueillera définitivement. C’est un juste retour des choses que de lui donner un petit coup de main pour l’aider à trouver une famille d’adoption. Partagez autour de vous sa page Facebook pour accélérer le processus !

PS3 : Je remercie Eric Averlant qui a eu la gentillesse et le courage de me donner l’avis que je lui demandais à la première version de cet article. Il m’a permis de vous proposer un article plus en cohérence avec notre ligne éditoriale.

photo sous licence creative commons – auteur : stelladauer

Olivier Hoeffel

Responsable éditorial de laqvt.fr Associé et responsable exécutif de Novéquilibres Associé de La Manufacture coopérative Auteur du blog lesverbesdubonheur.fr

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