Novéquilibres : La QVT de Louise, bergère dans l'Entre-Deux-Mers Novéquilibres : RHNovéquilibres : CommunicationNovéquilibres : Santé / Bien-vivreNovéquilibres : Environnement
Dans la série « La QVT des solos », voici le témoignage de Louise Athéret, bergère dans l’Entre-Deux-Mers, entre la Garonne et la Dordogne, dans le département de la Gironde, que j’ai interviewée fin mai 2015.


« Je suis née là-dedans, je suis passionnée par les animaux » explique Louise pour expliquer le choix de ce beau métier mais qui est aussi exigeant et éprouvant. Ses parents, ses grands-parents étaient bergers avant elle, sa soeur exerce aussi le même métier. Ses parents ne lui ont rien imposé, bien au contraire, et c’est bel et bien elle, qui l’a choisi. A l’époque, c’était un métier essentiellement masculin.

Ce qui lui plaît dans son travail, c’est la solitude, la liberté, le fait de ne pas avoir un chef sur le dos.

Si la solitude est effectivement recherchée par Louise, il ne faut pas croire non plus que c’est une ermite. Bien souvent, elle reçoit la visite d’habitués pour l’accompagner quand elle garde ses 260 brebis et quelques chèvres, dont des enfants. Depuis les années qui défilent, se sont succédées plusieurs générations d’enfants passionnés par son troupeau, projetant de faire le même métier qu’elle … et l’adolescence venant, les centres d’intérêts évoluent.

Il n’y a pas que les visites : les marchés où elle vend son fromage qui la mettent en interaction avec les clients et les autres exposants. Et puis il y a le téléphone. Louise confie avec un large sourire que les mauvaises langues – les bons copains – disent qu’elle a le téléphone greffé à l’oreille.
Quand son téléphone est au repos et qu’elle n’a pas de compagnie, Louise aime s’adonner à la lecture assise au milieu de ses animaux, ses trois chiens à proximité.
Le téléphone mobile a bien évidemment considérablement changé son métier : à la fois pour la culture des relations sociales et pour lui permettre de régler ses affaires tout en étant en pleine nature.

En 2010, Louise, qui depuis le début de sa vie professionnelle avait une activité essentiellement liée à l’élevage et la production de lait de brebis, a ajouté deux casquettes à son activité suite à la fermeture de la dernière laiterie de brebis du département : la production de fromage et la vente (directe et sur les marchés). Sur la période estivale, Louise fait donc une double journée : garder ses animaux le jour et vendre les fromages le soir sur les marchés nocturnes de la région.
Louise ne connaît pas les 35 heures, ni les week-ends, ni les vacances. Quand on l’interroge si les vacances ne lui manquent pas, elle répond ainsi « Moi quand je garde les brebis l’été, que j’ai un bon bouquin, j’ai l’impression que je suis en vacances; c’est mes vacances ! Quelques fois des amis viennent me rejoindre, on fait des pique-niques ».

Louise se déplace dans une zone géographique limitée autour de Frontenac pendant le premier semestre. En juillet, elle se déplace de quelques kilomètres pour une zone en capacité de nourrir ses brebis. Au cours de l’été, elle s’éloigne d’une trentaine de kilomètres sur une troisième zone. Il lui arrive alors d’installer une caravane pour éviter les aller-retours journaliers en voiture entre ses brebis et son domicile. Cela lui permet de bénéficier d’un capital sommeil plus important.

Le compte pénibilité étant d’actualité, j’ai demandé à Louise en quoi son métier pouvait comporter des dimensions de pénibilité. Deux dimensions ressortent fortement : la pluie et certaines actions de soin des brebis éprouvantes physiquement. Les brebis pèsent 50 à 60 kilos et il faut de la force pour les maîtriser. D’autant plus que certaines n’apprécient guère de voir leur liberté entravée ne serait-ce que pour que Louise leur coupe les ongles. Elles peuvent réagir de manière assez violente. De ce point de vue, Louise regrette de ne pas avoir la force d’un homme. En parlant d’homme, elle fait appel à un homme spécialiste de la tonte pour tondre ses brebis une fois par an car elle n’a pas la force suffisante pour assurer elle-même cette action.

En cette période où le sujet du burnout est discuté à l’assemblée nationale, je lui ai demandé si elle se sentait concernée par cette question. En généralisant à la profession d’agriculteur, elle me répond qu’au delà des heures et de la fatigue accumulée, elle pense que ce sont les crédits et les dettes qui peuvent plomber la santé psychologique.
Les risques sont aussi pour ses brebis : elle mentionne en particulier l’usage des désherbants par certains particuliers sur les fossés de leur propriété en bord de route. Louise les appelle sans ménagement des « innocents profonds » et c’est un sujet qui la met en colère.

Le côté pile de son métier : la solitude, la tranquillité, ne pas connaître le stress des gens qui travaillent dans les bureaux avec un petit chef, la liberté de pouvoir démarrer sa journée une heure après si elle en a besoin ou envie,

Le côté face : beaucoup d’heures, surtout pendant la saison de la traite. Je l’ai interviewé fin mai, fin de cette saison de la traite des brebis, et elle m’avoue être un peu HS. Mais quand arrive le mois de décembre avec les naissances, elle est contente de retrouver plus de travail après une période plus creuse entre octobre et novembre. Elle se dit « en manque d’heures de travail. En fait, je suis un peu droguée. », en accompagnant ce constat d’un éclat de rire.

J’ai interviewé Louise deux semaines avant la 12ème semaine de la QVT organisée par le réseau Anact. Il m’a semblé intéressant de lui demandé si elle considérait avoir un espace pour discuter de ses conditions de travail (thème de la semaine de la QVT). Louise ne fait pas partie d’un syndicat professionnel et n’interagit pas avec les 4 autres bergères ou bergers de la Gironde. Ils n’ont pas le temps de se réunir et d’évoquer leurs conditions de travail. Ils pourraient avoir l’opportunité de le faire à l’occasion de formations. Seulement, toutes ses consoeurs et tous ses confrères ne sont pas forcément intéressés par les quelques formations et par ailleurs, Louise constate que ces formations sont organisées en pleine saison d’activité pour leur métier et donc qu’une fois la formation terminée, la priorité est bien de retrouver au plus vite le troupeau. En notant que la motivation pour aller aux formations n’est pas toujours au rendez-vous car elles sont obligatoires sous peine de ne plus pouvoir exercer une partie de leur activité (vente de fromage par exemple). Elle constate que la plupart des citadins ayant décidé d’endosser le métier de berger ou bergère en reconversion et qu’elle a l’occasion de rencontrer pendant ces formations ne persévèrent pas dans leur choix car ils.elles avaient tendance à sous-estimer les difficultés du métier, en particulier en terme d’impacts sur la vie de famille.

C’est quoi la QVT pour Louise ? « être heureuse dans mon travail, être épanouie dans mon travail; ça permet d’être épanouie dans ma vie en général. C’est aussi d’avoir un conjoint qui comprend. Ou au moins qu’il ne vienne pas perturber mon travail. Ce qui tombe bien, c’est que mon conjoint travaille lui aussi le dimanche ». Louise ajoute « Si cela n’avait pas été le cas, il m’aurait largué depuis longtemps ! ».

Louise ne se projetterait absolument pas dans un autre métier. Elle se sent bien dans celui qu’elle exerce. Elle ne voit qu’un problème de santé pour la faire arrêter. A 60 ans, elle compte raccrocher.

Louise évalue sa QVT à 8/10 n’ayant qu’un manque : celui de « n’avoir pas les biceps d’un homme ».

 

A l’occasion de l’interview réalisée, j’ai pris quelques clichés dont un présenté au concours photo « Le travail en images » organisé par le réseau Anact-Aract à l’occasion de la 12 ème semaine de la QVT. Lien vers cette photo.
La photo illustrant le présent article est un montage de deux clichés de Louise et son troupeau : un réalisé par beau temps à gauche d’un chemin, le deuxième par mauvais temps sur la partie droite du même chemin

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