Novéquilibres : Mixité : c’est le talent qui compte

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Femmes et hommes doivent encore se mobiliser pour améliorer l’égalité Femme-Homme, pilier de la Qualité de Vie au Travail (QVT) de toutes et tous. C’est ce que l’on peut retenir des propos tenus lors du Forum de la mixité du 1er décembre 2014 [organisés par CONNECTING WoMEN AGENCY où se sont exprimés Brigitte Grésy et Vincent Cespedes , comme lors des Rendez-vous de l’Egalité du 10 février 2015 (organisés par le Laboratoire de l’Egalité et PRESAGE) où s’est exprimé Françoise Vouillot.

« Les stéréotypes de genre  ne créent pas les inégalités mais les légitiment en les naturalisant, ce qui les rend invisibles. »

Brigitte Grésy

Des femmes responsables

Grâce à la loi Zimmermann de 2011, qui impose des quotas dans les conseils d’administration et les conseils de surveillance, les femmes françaises sont parmi les plus représentées dans les gouvernances d’entreprises : 30,3% contre 22,5% aux Etats-Unis.

Sur le terrain on compte 45% de femmes cadres, 20% de dirigeantes, 5% de dirigeantes dans l’industrie et bientôt une femme au CAC 40 : Isabelle Kocher, l’actuelle directrice financière de GDF Suez prendra la direction du groupe en 2017.

Sur le terrain, les actions en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes se multiplient. Toujours chez GDF Suez, le réseau WIN réunit les femmes de l’entreprise qui réfléchissent et travaillent entre elles de par le monde. Le  Laboratoire de l’égalité milite pour la parité dans les fonctions et dans les salaires, et défend une culture commune de l’égalité.

Mais les inégalités résistent. Citons l’exemple, pas si caricatural, de l’hôtesse d’accueil vs l’huissier d’accueil : même fonction, mais salaires différents – plus élevé pour la charge prestigieuse de l’huissier, qui permet un subtile distingo alors que les tâches sont les mêmes.

« L’égalité piétine » (Brigitte Grésy)

Brigitte Grésy rappelle les inégalités de salaire : 27% en défaveur des femmes, dont environ 20% s’expliquent  par des facteurs externes (temps partiel, secteurs d’activité, type de contrats, qualification) et 7% de résiduel non expliqué.

Des stéréotypes de genre influencent ces facteurs externes, qui orientent les femmes vers des métiers et des secteurs moins bien valorisés. Ces stéréotypes sont partagés par toutes et tous : aux hommes l’ingénierie, aux femmes l’éducation, la santé, le social. La division horizontale du travail qui profite aux hommes va de pair avec une sous valorisation des métiers féminins.

Les métiers féminins ou masculins ? (Françoise Vouillot)

Sur 86 familles de métiers, 13 sont mixtes. Beaucoup de métiers sont fortement genrés : 99% des femmes dans la garde d’enfants et l’aide à domicile, quasi absentes dans le bâtiment.

Un coefficient symbolique négatif est associé au féminin quand il s’agit de technique (de fait, on retrouve 25% des filles dans les filières dures, alors qu’elles ont un meilleur taux de réussite au bac scientifique), de représentation extérieure, de prise de décision. Un coefficient positif est associé au féminin dans le domaine du soin.

Dans son métier, on joue son rôle de genre.

Les recherches de Françoise Vouillot montrent que dans l’esprit des gens, le leadership, le sens de la négociation, l’esprit technique, le faire-savoir et le faire-faire sont des qualités masculines, alors que le savoir-être, l’écoute, l’empathie, le sens du collectif, le sens de l’organisation sont des qualités féminines. Ces  qualités « domestiques » seraient de moindre valeur car elles seraient « naturelles », privilégiant le recrutement féminin dans les fonctions support. Dans son métier, on joue son rôle de genre.

Génétique ??

Selon une enquête réalisée auprès d’Ecoles d’ingénieurs, agro et télécom, filles et garçons n’auraient pas les mêmes compétences, et pour 30% d’entre eux ce serait d’origine génétique. Les jeunes des deux sexes ont les mêmes stéréotypes.

Les filles intègrent la parentalité dans leur projection. Elles s’orientent vers des métiers et des organisations du travail qui leur permettent  de gérer le travail domestique et la vie familiale. Les garçons ne s’en préoccupent pas, mais envisagent des ruptures de charge pour prendre du temps pour eux.

Le poids du non partage des charges domestiques pèse sur les projections des filles et le choix d’un métier qui permettra de tout conjuguer. Pour les actifs en emploi, c’est 64% du travail domestique qui échoit aux femmes. 36% est donc pris en charge par les hommes.

La fabrique à différences

On apprend tôt les rôles stéréotypés des sexes qui favorisent une hiérarchisation au détriment des femmes.

Combattre les stéréotypes ne suffit pas. Pour Françoise Vouillot, il faut réfléchir et agir sur le genre :

– dans la vie familiale, diminuer son impact : éducation, pratiques de socialisation pour toutes et tous. Le masculin n’est pas le neutre, comme l’écrivent Philippe Alonzo et Rachel Silvera dans le dossier qu’ils consacrent au sujet dans la revue « Travail, genre et société ». Le genre concerne les hommes comme les femmes.

– tout au long des études, et dans l’orientation que prennent les jeunes.

Il est également nécessaire de désamorcer l’autocensure des jeunes : choisir une orientation non conforme à la norme c’est pour un garçon une disqualification identitaire et sociale (un déclassement et le risque d’être traité de fille) et pour les filles la double contrainte de prouver sa compétence et de rester féminine.

Le mot du philosophe

Pour Vincent Cespedes, les hommes trouveraient  peu d’intérêt au changement et  afficheraient  un « sexisme bienveillant ».  Selon lui, le travail se conçoit comme « une guerre » contre des concurrents externes et internes à l’organisation. C’est donc une « affaire d’hommes ». Voilà un autre stéréotype avec lequel bien des hommes se sentent inconfortables. Brigitte Grésy parle du coût de la virilité en termes d’émotions niées, de sacrifice du temps.

Réhumaniser l’entreprise.

Vincent Cespedes propose de réhumaniser l’entreprise en y permettant l’expression des affects de toutes et tous. Il engage les femmes à plus d’ambition et d’assertivité, à prendre leur temps de parole, souvent monopolisée par les hommes. Elles sont en mesure d’inspirer la QVT de l’organisation.

Dépasser le genre pour instaurer la mixité, au bénéfice de toutes et tous

La loi du 4 août 2014 enjoint aux partenaires sociaux de revoir la classification conventionnelle  des métiers, pour revaloriser  les métiers « féminins » avec des conséquences positives en matière de rémunération, de reconnaissance pour les femmes et de QVT pour tous.

La loi prévoit aussi de donner aux enseignants et éducateurs les moyens de promouvoir la mixité par des actions de formation.

Des liens forts entre l’enseignement et le monde professionnel permettraient de favoriser les témoignages de femmes et d’hommes pour donner aux plus jeunes des possibilités de se projeter et de s’identifier dans des métiers souvent porteurs d’avenir.

Reconnaître les talents de femmes à leur juste valeur pour plus de justice, c’est aussi offrir à tous le potentiel des jeunes femmes scientifiques qui pourront investir des filières porteuses d’avenir comme celles des nouvelles technologies.

C’est répondre au besoin de qualification, de rémunération, de reconnaissance dans des métiers du service à la personne, à forte utilité sociale.

Ces actions très concrètes vont dans le sens de plus d’expression des salariés, plus de valorisation de la conciliation des temps de vie privée et professionnelle, de plus de QVT pour plus de performance.

 

 

Brigitte Gresy membre du haut conseil à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (HCE) et secrétaire générale du conseil supérieur de l’égalité professionnelle (CSEP)

Françoise Vouillot, membre du haut conseil à l’égalité, maitre de conférence à l’INETOP institut national d’étude du travail et de l’orientation professionnelle  CNAM auteure de « Les métiers ont-ils un sexe ? » collection d’égale à égal, Belin

Vincent Cespedes philosophe, auteur de « L’ambition ou l’épopée de soi », Flammarion

 

Photo sur Freeimages.com – auteur : deafstar

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