Confiance à tous les étages

Novéquilibres : Confiance à tous les étages

La Fnep met l’environnement – et la confiance – au programme de ses missions.

Entre « Risques majeurs industriels et naturels : gestion de crise », objet de la mission 2012 (qui concluait par « Confiance et solidarité : les conditions de réussite en gestion de crise ») et « Vers une croissance durable: économie verte et performance à venir », pour la mission 2014, la mission 2013 a planché sur la prévention et maitrise des risques sociétaux comme dimension de la performance, avec à la clé un ouvrage intitulé « Cap sur la confiance. Enjeu sociétal, du risque à l’opportunité », présenté au public le 14 octobre dernier.

Qui dit confiance, dit fiabilité et professionnalisation mais aussi décloisonnement et communication.

La confiance est au cœur de la Qualité de Vie au Travail (QVT). C’est un bien précieux qui met de l’huile dans les rouages de l’entreprise comme de la société. La proclamer ne suffit pas; elle s’éprouve comme sentiment de sécurité, qui permet paradoxalement la prise de risque et la performance. Poser les débats publics est un moyen de nourrir la confiance, comme l’ont souligné les lauréats de la mission 2013.

En France, c’est la Commission Nationale du Débat Public (CNDP), « composée de 25 membres provenant d’horizons différents qui assurent son indépendance, notamment vis à vis des administrations et des maîtres d’ouvrages » qui orchestre les grands débats. « Le débat public est un moment particulièrement important dans la vie d’un grand projet. C’est l’occasion pour tous les citoyens de participer à sa réflexion et à son élaboration, avant que ses caractéristiques ne soient définitivement fixées. »

Philippe Deslandes, Président sortant de la CNDP, parrain de la mission 2013, a rappelé la définition du risque sociétal lié à l’activité humaine, comme pouvant affecter le fonctionnement de la société et entraîner des réactions de défiance et rejet de la part de la société. Avec donc deux faces pour les porteurs de projets à enjeu sociétal : celle de l’innovation créatrice et celle du rejet, synonyme de deuil ou de passage en force.

Le risque est double : pour la société et pour l’entreprise, contre laquelle la société se mobilise. Au-delà du dialogue, il faut voir dans la concertation des opportunités de prendre en compte les aspirations de la société pour amener l’ensemble à des changements, source de performance (sortir du nucléaire en Allemagne par exemple).

Or il y a des difficultés majeures à mener le débat public en France (gaz de schiste et nanotechnologies, deux cas où n’a pu se tenir le débat), ce qui pose de réels problèmes pour conduire le changement, quel qu’il soit, en dépassant les blocages qui interviennent très tôt.

On avance des explications : carence de démocratie dans les débats passés (sur le nucléaire stratégique) ou l’absence de prise en compte des conclusions des débats menés (en 2005 sur l’enfouissement des déchets nucléaires et loi de 2008, éloignée des conclusions de ces débats). Le non-respect de la parole en la matière est létal pour la démocratie.

La conférence de citoyens par déficit de définition juridique, manque de légitimité.

Le format du débat classique ne convient plus, et l’ère de l’Internet offre des perspectives nouvelles au débat mais là encore, les questions posées par l’organisation de telles consultations sont aussi nombreuses que les réponses apportées : validité juridique, accessibilité,…

Ces nouveaux outils ne dispensent pas du contact et de l’interconnaissance indispensable à la conduite du débat, et à la co construction d’un avenir commun entre promoteurs et populations. La confiance ne se construit pas avec des paroles mais avec des actes, on ne le rappellera jamais assez.

Exemple canadien

L’exemple canadien du BAPE qui va au-devant des citoyens pour les impliquer, leur expliquer, en faire des parties prenantes des projets est intéressant.

Sur le site de cette instance on lit : « Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) est un organisme public et indépendant qui relève du ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Il permet aux citoyens de s’informer et d’exercer leur droit de parole sur des projets qui pourraient avoir des répercussions sur l’environnement, sur leur qualité de vie et sur toute question relative à l’environnement.

Le BAPE a pour mission d’éclairer la décision gouvernementale dans une perspective de développement durable, lequel englobe les aspects écologique, social et économique. Pour réaliser sa mission, il informe, enquête et consulte la population sur des questions relatives à la qualité de l’environnement que lui soumet le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. »

Ceci permet d’aboutir à la prise de décisions robustes et éclairées qui ne seront pas remises en question plus tard, qu’elles soient prises dans un sens ou dans l’autre. Ces résultats sont cohérents avec la démarche canadienne qui va de l’avant dans de nombreux domaines sociétaux, et notamment dans celui de la QVT.

1/ Professionnaliser

La montée en compétence des tenants du débat est indispensable. L’ouverture au dialogue suppose un investissement humain, largement rentable face aux pertes que le capotage de grands projets peut engendrer.

2/ Impliquer

Le partage des connaissances et le décloisonnement permettent au débat de se dessiner dans un langage clair et compréhensible de tous, en évitant les positions hautes et basses.

En matière d’environnement notamment, tenir compte des savoirs profanes et de la mémoire des territoires peut se révéler précieux.

3/ Débattre

Dans un débat contradictoire, la pluralité d’opinions s’exprime et enrichit la discussion. Associé à une réflexion, ce travail fait gagner du temps car il permet de poser le débat dans le long terme. En matière de grands projets comme ailleurs la visée à court terme n’est pas bénéfique.

Garder la trace des débats menés permettra d’éclairer le suivi du projet et d’aborder les débats suivants avec un historique, une méthodologie.

 

De nouveaux outils permettent de faciliter les échanges

Les consultations se font via l’internet. La norme ISO 26000, qui repose sur le volontariat des entreprises, implique toutes les parties prenantes dans une approche systémique. La norme souple est un moyen de responsabiliser les promoteurs et de favoriser l’adhésion du public au projet. Car « la licence légale ne suffit pas, il faut obtenir la licence sociétale ».

Corinne Lepage a conclu la conférence en rappelant le besoin indispensable d’une gouvernance réflexive, menée dans le souci de l’intérêt général. La charte de la concertation rédigée en 1996 sous l’égide de son ministère de l’environnement, n’a pas pris une ride. Elle a rappelé combien nous avons besoin de confiance à tous les étages de la société.

Au départ, il y a le risque d’aller au-devant de l’autre. Ne vaut-il pas la peine d’être couru pour bâtir sur la confiance ?

Lisez la tribune sur la nécessité d’un débat public où interviennent des experts, en toute confiance : Michel ROCARD, Robert BADINTER, Jean-Pierre CHEVENEMENT et Alain JUPPE se sont exprimé dans LIBERATION le 14 octobre dernier : La France a besoin de scientifiques techniciens

Nous renvoyons également sur notre dossier sur la confiance.

Dominique Poisson

Dominique POISSON est consultante en nutrition, membre du comité éditorial de laqvt.fr, associée de Novéquilibres

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.