La culture de la QVT est-elle exigeante ?

Novéquilibres : La culture de la QVT est-elle exigeante ?
Ma pratique de la culture de la Qualité de Vie au Travail (QVT) aux niveaux individuel et collectif ne s’assimile pas à un long fleuve tranquille. Si elle crée indéniablement des cercles vertueux et procède bien du gagnant-gagnant, en revanche il me semble qu’elle a certaines exigences que je propose d’éclairer.


La culture de la QVT, c’est comme la culture dans un potager : il ne suffit pas de claquer des doigts pour retrouver à la seconde les légumes dans son assiette ou prêts à être cuisinés.

De quoi a-t-on besoin ?

Besoin de temps

Si je décide pour ma QVT de m’accorder une promenade tous les jours pendant une heure, c’est du temps à dégager. Idem, si je décide de lire systématiquement les documents qu’on me donne avant d’aller à une réunion pour me sentir plus à l’aise, plus utile et plus efficace pendant la réunion.
Je suis manager d’une équipe et je prends la décision de déléguer davantage. Il me faut préparer la délégation et probablement prévoir de faire le point régulièrement avec la (les) personne(s) concernée(s). Je vais gagner du temps, mais au début, je vais certainement avoir à en trouver car le bénéfice temps ne sera pas immédiat, au contraire.
Je décide de prendre les 8 heures de sommeil dont j’ai réellement besoin plutôt que les 6 heures qui sont mon quotidien. Comment faire tenir ma journée avec 2 heures en moins ?
Et puis ne serait-ce que de me poser et réfléchir à comment je peux vivre plus agréablement dans mes sphères de vie, nécessite de prendre le temps pour cela. Et même si cela ne représente pas grand chose en temps, il faut tout de même franchir le pas de le faire.

Besoin d’assiduité

Cultiver la QVT procède quelques fois de la mise en place d’une bonne habitude, qu’elle soit en matière d’hygiène de vie ou de vie au travail. Il est classique de considérer qu’une bonne habitude se met en place en 21 jours. Et quand la bonne habitude se substitue à une mauvaise habitude, il faut être astucieux et persévérant pour tenir la distance. C’est d’autant plus vrai quand cette dernière est placée sur le chemin de moindre résistance.

Besoin de réflexion et de clairvoyance

Le champ de la QVT est très vaste. Par ailleurs, la culture de la QVT repose sur une bonne articulation entre la responsabilité individuelle et les responsabilités collectives (celles de l’équipe, celles de l’organisation, celles de la société tout entière, …). La QVT se réfléchit; elle nécessite de porter attention aux autres. Elle conduit aussi à s’écouter soi-même et le cas échéant à sortir du déni, en particulier sur l’hygiène de vie et le niveau d’engagement dans le travail.

Besoin de s’entourer de conseils ou de témoignages

Tant que faire se peut, autant ne pas réinventer la poudre et le fil à couper le beurre. Des organisations et des individus cultivent la QVT. Il paraît a minima astucieux de se renseigner sur ce qui se fait, ce qui a marché, les freins rencontrés.
Les conseils et témoignages restent ensuite à contextualiser car chaque organisation et chaque individu est unique. A ce sujet, il me semble important de rappeler que la QVT est une question de perception de conditions objectives. Et donc, ce qui sera bien assimilé et vécu par l’un.e, ne le sera pas forcément par l’autre.

Besoin des outils

Si je décide de venir en vélo au travail, il me faudra bien un vélo. Si je prends la décision de mieux organiser mon temps, je peux m’appuyer sur une méthode de gestion du temps, voire utiliser un outil informatique. Si j’ai envie de mettre en place pour les managers de mon entreprise un dispositif leur permettant d’apprendre de leur pratique, je peux lancer des groupes de codéveloppement professionnel.

Besoin de quoi arroser

Si pour les légumes, on voit bien avec quoi on va les arroser, en revanche ce qui va être matière à arrosage pour la QVT ne vient pas forcément à l’esprit immédiatement, et chacun.e peut se faire son idée.
Je vous propose deux constituants à mélanger : le plaisir et l’appréciation. L’arrosage de la QVT par le plaisir et l’appréciation vont la faire grandir et donneront envie à d’autres de se mettre aussi à la culture de la QVT.

Quels sont les freins et aléas possibles ?

Le climat

Le climat peut être plus ou moins favorable à la QVT. Mais comme la QVT est diverse, c’est comme pour les légumes, il faut cultiver les dimensions qui se prêtent au mieux au climat.
La grosse différence avec la culture des légumes, c’est que la culture de la QVT a de sérieux atouts pour impacter positivement le climat et ceci à court et moyen terme.

Les turbulences

Cultiver la QVT ne protège pas des turbulences en général et pas non plus des turbulences visant les actions et démarches d’amélioration de la QVT. Si la QVT est considérée comme la cerise sur le gâteau, il est fort possible que sa culture soit balayée par les turbulences.
Ancrer la QVT dans l’ADN de l’organisation lui donnera la chance de survivre en cas de gros temps.

Celles et ceux qui mettent des bâtons dans les roues de la brouette

Je vous en ai énuméré des exigences et j’en ai forcément oublié (déjà parce que mon idée n’était pas d’être exhaustif). Il est donc évident que ces exigences sont autant d’arguments qui peuvent être utilisés par celles et ceux qui ne voient pas l’intérêt de la culture de la QVT ou que cette culture inquiètent dans sa capacité à changer la donne vers plus de coopération, plus d’expression, plus de démocratie, plus de liberté, plus de reconnaissance des émotions, vers le droit à l’erreur, …

Alors, oui la culture de la QVT est exigeante, mais quelle belle récolte, … qui s’étale dans le temps et démarre dès maintenant !

Montage utilisant la photo sous licence creative commons – auteur : anthony and hannah

Olivier Hoeffel

Responsable éditorial de laqvt.fr Associé et responsable exécutif de Novéquilibres Associé de La Manufacture coopérative Auteur du blog lesverbesdubonheur.fr

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