Novéquilibres : La QVT des personnes en situation de chômage

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A l’occasion de la journée nationale de prévention du suicide le 5 février 2015 et de la publication du livre­-manifeste « Le traumatisme du chômage », son auteur, Michel Debout (1), a lancé un appel intitulé Manifeste pour la santé et le bien-être des chômeurs adressé à Madame le Ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, Marisol Touraine, et au Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, Monsieur François Rebsamen.

Rappelons un chiffre pour bien resituer l’enjeu : 1 personne sur 10 de la population active est en situation de chômage (10,5% pour être précis).

Nous promouvons l’idée de la QVT pour toutes et pour tous depuis la création de laqvt.fr. et nous avons inauguré un dossier « La QVT pour tous » en janvier 2013 (2).
Nous avons proposé successivement deux articles de Céline Bou Séjean : le premier mettait en scène les personnes en situation de chômage et le deuxième concernait les bénévoles. En effet, c’était à l’époque des situations complètement en dehors du champs de la Qualité de Vie au Travail.

J’ai également écrit un article pour le site miroirsocial.com en mai 2012 mettant sous les projecteurs la QVT des dirigeants.

Dans son appel, Michel Debout part du constat que la hausse du chômage est associée à une augmentation des suicides (584 morts par suicide lié à des situations de chômage et/ou de licenciement entre 2008 et 2010). Par ailleurs, selon lui, le chômage réduit l’espérance de vie d’un an. Il en conclut que le chômage constitue un véritable problème de santé publique. Par ses propos, Michel Debout évoque ce qu’on pourrait appeler les RPS – risques psychosociaux des chômeurs.

La santé physique et mentale des personnes en contrat de travail est plus ou moins sous les garde-fous de la médecine préventive, du cadre procuré par le Document Unique d’Evaluation (DUE), du CHSCT (quand il existe), de la fonction RH, du management (avec l’obligation de résultat pour le dirigeant de préserver la santé et la sécurité), de l’inspection du travail, …
Ces personnes exercent aussi leur propre responsabilité (par exemple pour la santé physique, l’obligation d’utiliser les équipements de protection).
Tout cela mettant la préservation de la santé physique et mentale au travail en articulation judicieuse de la responsabilité individuelle et de responsabilités collectives.

Pour la QVT de cette même population, il s’agit non seulement de préserver la santé, mais de développer du bien-être en le conjuguant à la performance durable individuelle et collective. Ce faisant, le nombre de parties prenantes s’étend avec des modes de construction plus participatifs.

Pour les personnes en situation de chômage, quelles sont les actions de prévention ? Quels sont les acteurs ?
Il serait probablement injuste de dire que c’est l’ensemble vide : il y a des initiatives personnelles de ci de là, l’entourage, pôle Emploi, les associations favorisant la recherche d’un emploi, le médecin généraliste …
Les associations de chômeurs ont aussi un impact positif sur la santé psychique et sociale, par des actions de soutien individuel et de défense des droits des chômeurs.
Par contre, il est juste de constater que presque rien n’est institué ni réfléchi, que ce soit sur la santé physique, mentale et sociale (3). C’est encore moins le cas sur la QVT.

On pourrait s’interroger sur le T de la QVT des chômeurs. En effet, les chômeurs ne travaillant pas, faudrait-il substituer à la QVT la QVC (Qualité de Vie au Chômage) ?
De notre point de vue, le sujet de la QVT des chômeurs a bel et bien tout son sens, à double titre :

  • Les chômeurs travaillent à chercher un emploi ; peut-être certains plus que d’autres, mais cela ne doit pas justifier une assimilation des chômeurs avec les personnes en situation de chômage qui ne feraient rien pour retrouver un travail
  • La période de chômage, souvent non choisie, doit être considérée comme faisant partie de la trajectoire de vie professionnelle dans laquelle on bénéficie d’un droit à rémunération (indemnisation), mais où l’on devrait aussi bénéficier du droit à la préservation de sa santé et au bien-être.

L’indemnité chômage est le fruit financier de la solidarité de la nation. Il est important de mettre en place d’autres mécanismes de solidarité assurant les différentes dimensions de la Qualité de Vie au sens défini par l’OMS en 1993 :

C’est la perception qu’a un individu de sa place dans l’existence, dans le contexte de la culture et du système de valeurs dans lesquels il vit en relation avec ses objectifs, ses attentes, ses normes et ses inquiétudes. C’est un concept très large influencé de manière complexe par la santé physique du sujet son état psychologique, son niveau d’indépendance, ses relations sociales ainsi que sa relation aux éléments essentiels de son environnement.

Dans son manifeste, Michel Debout appelle à plusieurs formes de réponse pour améliorer prévenir la santé mentale et assurer le bien-être des chômeurs :

  • La constitution d’une médecine préventive qui, réfléchie de manière large, pourrait s’étendre à tous les stades de la vie
  • La promotion de la santé et du bien-être des chômeurs par un accompagnement personnalisé et adéquat
  • La mise en oeuvre d’actions répondant aux situations de surendettement s’aggravant du fait de la baisse des revenus
  • Un changement radical de l’approche du travail et de l’emploi

De notre point de vue, il s’agit aussi de changer regard : celui que la personne au chômage porte sur elle-même et celui que la société porte sur elle. La société comprise au sens large : l’entourage familial et amical, les voisins, les médias, les partis politiques, les organisations représentatives des dirigeants, les syndicats de salariés, …

Chacun de nous a des rapports personnels avec des chômeurs et chômeuses en particulier, et véhicule des stéréotypes sur les chômeurs et chômeuses en général. Ces rapports stéréotypés naissent de nos pensées, de nos croyances et de nos peurs, qui nourrissent nos attitudes et nos comportements.

Matthieu Ricard, auteur de Plaidoyer pour l’altruisme, nous invite à considérer deux dimensions de l’altruisme : la motivation et le comportement. L’une ne pouvant pas se dissocier de l’autre. La QVT des personnes au chômage est en partie conditionnée par les comportements des personnes côtoyées et par les actions que mène la société pour les considérer et les reconnaître comme des citoyens à part entière. Ces comportements et actions nécessitent l’envie :

  • d’éloigner les souffrances des chômeurs et chômeuses,
  • de participer à leur bien-être.

L’enjeu est d’aller plus loin que de cultiver le sentiment de compassion vis-a-vis des personnes en situation de chômage. Cela constitue néanmoins un point de départ pour se donner l’envie et les moyens d’aller au-delà.
La préservation de la santé et le développement du bien-être doivent être considérés de manière large en associant toutes les parties prenantes. Il ne s’agirait pas de considérer le chômeur ou la chômeuse comme un malade autour duquel se réuniraient des professionnels de santé.
La vision proposée est celle de co construire un modèle où toutes les parties prenantes sont associées, dans laquelle les personnes au chômage sont des acteurs au même titre que les autres, et non les bénéficiaires passifs de diverses solidarités.

Je suis chômeur

Nous avons été très nombreux à avoir écrit il y a un mois « je suis Charlie ». Nous pouvons aussi écrire « Je suis chômeur » ou « Je suis chômeuse » dans le même élan de fraternité.

A chacun.e de nous, aux différentes strates de la société de se mobiliser et de coopérer pour construire des dispositifs diverses donnant toute leur place de citoyen aux personnes en situation de chômage, mettant en relation le plus possible les être humains du monde du travail avec les êtres humains du monde du chômage.

Nous serons amenés à revenir sur ce sujet sur laqvt.fr, pour relayer les suites de ce manifeste, pour témoigner d’initiatives en la matière et pour proposer des pistes d’action.

Nous vous invitons dans un premier temps à signer
le Manifeste pour la santé et le bien-être des chômeurs.

(1) Michel Debout est Psychiatre, professeur émérite de Médecine légale et Droit de la santé au CHU de Saint-Étienne
(2) Pour une question de compacité, nous avons intitulé ainsi notre dossier, mais en réalité dans notre idée et dans nos propos, il s’agit de la QVT pour toutes et pour tous.
(3) La santé sociale peut davantage être perçue comme un déterminant que comme un marqueur de l’état de santé

 

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