Novéquilibres : Quand la décélération s'impose...
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Aujourd’hui tout est rapide et l’humain est pressé, compressé, accéléré et poussé en avant, la course perpétuelle, vite toujours plus vite avec la sensation de ne jamais avoir le temps.
Certains se disent speed, les architectes sont charrettes, d’autres ont la tête dans le guidon. Ou encore à la question « c’est pour quand ? » La réponse est : « pour hier » …
Le philosophe allemand Harmut Rosa dans son livre « Accélération : une critique sociale du temps », décortique ce phénomène de société en faisant une distinction entre les paramètres subjectifs et objectifs.

Les paramètres objectifs avec l’augmentation de la vitesse d’action.

Il y a une accélération du rythme de vie par un plus grand nombre d’épisodes d’action et/ou d’expériences vécus par unité de temps.

L’accélération se manifeste de 3 manières différentes :

  • Accélération de l’action comme marcher vite, manger rapidement, lire en diagonale…
  • Réduction des pauses et des temps morts ou même les supprimer
  • Exécution de plusieurs tâches simultanément (multitasking)

Les exemples de densification du temps sont nombreux :

  • Soirée avec les enfants abrégée et condensé en quality-time
  • Recherche de partenaire minutée avec le speed-dating
  • La cuisine toute prête plus qu’à être réchauffée au micro ondes
  • Les fast food

Expériences vécues qui amènent à une condensation du vécu avec l’exposition plus rapide à des contenus de conscience différents :

  • La tyrannie de l’instant
  • Nombre croissant d’informations
  • Etre joignable tout le temps et partout

Les exemples :

  • Réduction de la durée des spots publicitaires
  • Le zapping
  • Être interrompu en permanence

Les paramètres subjectifs avec la pression temporelle et l’expérience du temps déchaîné.

L’accélération technique (transports, communication, production) libère du temps libre et devrait baisser le rythme d’action, augmenter les temps de pause, alors que subjectivement le temps passe plus vite avec l’urgence qui stresse et l’impression de ne pas avoir le temps.
C’est un paradoxe : les sentiments de stress et d’urgence vont de pair avec l’accroissement du temps libre. Le temps libre, c’est le temps qui reste après avoir déduit celui consacré à l’activité professionnelle, à la famille, aux tâches ménagères (enfants, courses et ménage), et aux soins personnels (manger, dormir…).
D’où l’idée que l’élévation du rythme de vie pourrait être avant tout un problème de perception. Le temps libre n’est pas perçu comme un réservoir de ressources temporelles libres.

Un sentiment de pression temporelle qui s’explique de deux manières :

  • La peur de manquer quelque chose
  • La contrainte d’adaptation, car tout change vite et devient obsolète rapidement

Ce modèle est sur le point de se renverser, et si maintenant « plus rapide » est synonyme de « meilleur », une tendance s’affirme avec la lenteur comme marque de distinction :

  • Les moyens de prendre son temps
  • Décider d’être joignable ou non
  • Disposer de ressources temporelles

Expérience

Je suis particulièrement distinguée depuis 6 semaines car je suis passée en quelques minutes de l’accélération à la décélération. Un accident de ski m’oblige à ce nouvel état riche d’expériences et de leçons.

En effet, de marche rapide et course effrénée je suis passée à tortue, et ce changement me fait expérimenter que rien ne sert de courir il faut partir à point :

  • Partir avant l’heure pour ne pas courir vu que cela m’est impossible, et je m’en sens beaucoup moins stressée. Certes j’ai des moments de solitude quand je reste sur le trottoir seule guettant le feu rouge pour avoir le temps de traverser, alors que tout le monde est déjà de l’autre côté. Je suis devenue spectatrice calme de cette agitation alors qu’il y a peu j’étais devant sans me rendre compte du tableau infernal…
  • La mise en place d’une organisation béton pour ménager mes déplacements et concentrer ce qui peut l’être en un même lieu. Je ne me déplace plus pour un seul rendez-vous et suis de plus en plus bienveillante avec moi-même pour m’organiser un emploi du temps encore plus respectueux de ma qualité de vie.
  • Je m’autorise à davantage de déconnect attitude et réponds aux appels sur mon portable selon ma pleine disponibilité, surtout en ce moment où j’ai besoin d’un temps suffisant pour l’atteindre en sécurité. J’assure mes arrières. J’attends qu’il y ait un certain nombre de mails sur mon ordinateur avant d’aller les lire, et je n’en suis pas moins efficace et ne manque rien d’important.

Personne n’est à l’abri d’être exposé ou rattrapé par l’accélération des rythmes, et il est bien difficile de s’en rendre compte. J’en prends conscience et améliore ma vigilance avec le paradoxe que je vis : Mon équilibre instable m’amène à un nouvel équilibre.

Je suis Novequilibriste qui a mis le temps sur la table avec mon entourage familial d’une part, professionnel d’autre part, et merci à mon genou (je ne dis pas toujours ça…) pour ma QVT en m’imposant un rythme plus juste…

 

photo sous licence creative commons – auteur : Adapté d’une photo d’Adrian Araya

2 commentaires

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  1. « Apprendre à se laisser du temps » voilà à quoi votre excellent article m’amène à penser! et autant dire que cela relève du domaine de l’impensable quand on est dans la logique de la course contre le temps
    cette course professionnelle qui vous amène à courir tout autant en mode privé comme pour combler un vide, la peur du temps qui s’écoule et que l’on regarde comme effrayé!
    Ce n’est pas une jambe cassée qui m’a permis de découvrir la notion de temps mais le chômage ou plutôt pour être exact, le fait de n’avoir pas trouvé de job pendant que je percevais les ARE donc dans le labs de tps définit…..le déclic, je ne touche plus rien alors je n’ai plus rien à perdre, je prends donc le tps de m’aprivoiser pour mieux me retrouver ds un job qui me remplira mon temps pro de joies et non de courses…un vrai challenge 🙂

    1. J’apprécie beaucoup votre commentaire et je vous en remercie, la peur est en effet très présente dans cette course au temps. La peur ferme, bloque, alors que vous êtes dans une démarche à l’opposé qui j’en suis sûre va ouvrir vers ce qui vous convient… C’est en effet un vrai challenge car prendre le temps de s’apprivoiser (j’aime le mot) et le plaisir au travail ne font pas encore vraiment partie des priorités du travail. A mon avis vous tenez le bon bout et c’est courageux de votre part !

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