Sortir de l’obligation punitive

Novéquilibres : Sortir de l'obligation punitive
En matière de Qualité de Vie au Travail (QVT), on procède parfois par de sévères résolutions dictées par la raison, et inspirées par d’abondantes préconisations bienveillantes. Néanmoins, un piège contre-productif très efficace consiste à se fixer des contraintes trop solides ou inadaptées, prenant la tournure d’obligations pures et simples, à consonance punitive. Cernons les contours de ce sentiment d’obligation. Souvent présenté comme la seule façon de viser un résultat, il comporte pourtant de vrais écueils. Voici quelques points de vigilance.


“Il faut”, verbe “falloir” : verbe transitif impersonnel, 3e groupe, défectif.

Le moins qu’on puisse dire est que ce verbe n’a pas une nature très engageante ! Pourtant, il s’insinue dans nos vies nous attribuant une intention affirmée, dynamique, entreprenante. Enfin en théorie… Soyons honnêtes, entre “il faut faire” et “je suis en train de faire” il y a parfois de la marge. Sans compter les travers associés qui consistent à dire “il faut faire” en pensant “les autres doivent faire”, ou bien « il faudrait que je fasse, voeu pieux d’autant moins traduit en action qu’il est d’origine extérieure à soi.

Mais voyons le bon côté des choses. La détermination d’atteindre un objectif est plutôt positive… En réalité tout dépend de l’objectif, et de l’écart entre le bénéfice de son aboutissement et l’effet réel de cette poursuite déterminée. D’ailleurs, un verbe impersonnel ne peut pas coller à la réalité de chacun. Un objectif, pour être QVT, se doit de coller à la réalité du contexte, et en particulier du contexte de celui qui doit le réaliser.

 

Les bons carburants : Vision positive, sagesse, justesse

A trop “falloir”, on peut continuellement battre sa coulpe de ne point y parvenir ! Les émotions négatives ne sont pas un carburant de bonne qualité. Quant au stress, s’il dépasse de trop l’énergie du démarrage, il produit des dératés et un essoufflement qui finissent par être destructeurs(*).

Pourquoi en rajouter quand des énergies plus humainement écologiques sont accessibles et non moins motrices : le plaisir; la juste conscience du besoin, de la nécessité, des capacités; la vision en étapes ?

Se surpasser ou surpasser l’autre peut représenter une émulation saine… à condition qu’on ne s’oublie pas, soi, son corps, son esprit, au profit de ce qui peut devenir une compétition malsaine et stérile, avec soi ou avec les autres. L’objectif doit avoir un sens, compatible et respectueux de l’être humain, de sa qualité de vie, et de sa qualité de vie au travail. Lorsque le chemin pour y parvenir produit l’effet contraire, il est urgent de revoir soit l’objectif, soit sa manière d’y parvenir. La bienveillance avec soi-même et avec autrui est probablement encore la meilleure conseillère dans ce domaine.

 

Exemple avec l’alimentation et la contrainte des régimes

Un cas des plus communs de contrainte difficile à vivre, c’est la mise au régime pour faire la peau aux kilos à perdre. Précisément, s’interdire un aliment, compter les quantités, se surveiller ne peut durer qu’un temps. « Je dois faire attention, supprimer ci ou ça » : conscientiser la contrainte, c’est lui donner une puissance d’évocation qui finit par devenir insupportable. On peut alors oublier toute mesure pour compenser la frustration de la limite, devenue interdit.

Dès le moindre écart, non seulement, on culpabilise d’avoir craqué, mais on risque de reprendre très vite le poids perdu. C’est le fameux yoyo qu’on explique notamment par la diminution du métabolisme de base avec la perte de masse musculaire liée à chaque régime.

Ces à-coups perturbent mental et physique.

Manger savamment et doucement, bouger depuis l’intérieur de soi, être présent à ses gestes et mouvements voilà qui peut apaiser et permettre de contourner la contrainte du « il faut ». Alors la bienveillance qu’on se manifeste à soi même nous réconcilie avec nos écarts, dont finalement on profite.  

 

Passer de « Il-faux » au « Géant-vie »

Le meilleur moteur, c’est le plaisir : c’est bien plus engageant de faire les choses par plaisir plutôt qu’avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

En matière de régime alimentaire, comme nous venons de le voir, se concentrer sur les aliments plaisir, et de réduire ou troquer les plus néfastes contre les plus vertueux est une bonne solution : si je dois perdre du poids mais que je raffole de charcuterie, je peux envisager d’en réduire sa consommation, en prenant plaisir en contrepartie avec un autre aliment que j’adore, les tomates du jardin par exemple. Insistons encore sur le fait que manger en pleine conscience réduit la quantité ingurgitée distraitement et laisse le temps au plaisir de s’épanouir.

En matière de forme physique, même principe, prendre le temps de chercher ce que j’aime pratiquer est la bonne piste. Plutôt que de m’astreindre – à reculons parce que ça me barbe – à un footing deux fois par semaine, je peux reprendre les séances de squash qui m’apportaient tant de plaisir il y a quelques années.

En matière de communication interpersonnelle, je peux aussi retrouver le plaisir d’un échange vivant et spontané avec les êtres humains qui m’entourent, en remplaçant certains de mes échanges électroniques, tronqués en rondelles de destinataires, contre la fluidité de réelles conversations, qu’elles soient téléphoniques ou en face à face.

« Il faut » coupe l’herbe sous le pied du géant que je peux être si j’ai envie ». Ne ratez pas la botte de sept lieues !

Article co-produit par Dominique Poisson, Olivier Hoeffel et Céline Bou Sejean.

(*) Pour rappel, cet article de Caroline Rome.

 

Photo sous licence creative commons – auteur : Coen Versluis

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