Quand « sous-traitant » va de pair avec « sous(€)-traitant » et « saoul-traitant »

Novéquilibres : Quand sous-traitant va de pair avec sous(€)-traitant et saoul-traitant
François Ruffin, député de la France Insoumise, s’est intéressé à la précarité du personnel de ménage de l’Assemblée nationale à l’occasion de son discours de défense de la proposition de loi du PCF contre la précarité des femmes. A cette occasion, je vous propose une série de 3 articles sur la Qualité de Vie au Travail (QVT) dans la sous-traitance. Après le premier article traitant du risque plus élevé porté sur les conditions de travail dans la sous-traitance et du risque de surdité des donneurs d’ordre face aux alertes sur les conditions de travail pour les sous-traitants, ce deuxième article est consacré à une prise de conscience de l’impact de la réduction des coûts sur la performance globale et sur les conditions de travail chez le donneur d’ordre.

Quand « sous-traitant » va de pair avec « sous(€)-traitant »

Le mot « sous » entendu ici au sens « argent, pièces de monnaie ». J’ai évoqué précédemment le poids de la motivation financière dans les décisions.

Les dangers d’une focalisation excessive sur la réduction des coûts peuvent être représentées par une courbe que j’ai eu l’occasion à deux reprises de mentionner sur laqvt.fr. Elle a été présentée par Alexandre Rambaud, chercheur en sciences de gestion associé à Paris Dauphine, à l’occasion de la conférence de l’Observatoire Des Cadres (ODC) « Manager en toute connaissance d’impact » le 20 avril 2017. Ci-dessous, une photo de cette courbe et un diaporama expliquant le parallèle entre les dégâts de la pollution sur l’environnement et les dégâts de la réduction des coûts sur la santé de l’humain puis ensuite sur la performance globale. Vous trouverez également une vidéo de l’intervention d’Alexandre Rambaud

La courbe


Novéquilibres : QVT et impacts de l'activité économique

Le diaporama


La vidéo



Sur cette courbe, on note deux points d’inflexion :

  • le premier (4), où la recherche de réduction des coûts commence à avoir un impact négatif sur la santé des individus, tout en continuant globalement à produire un accroissement de la performance globale (qui intègre les coûts des impacts négatifs sur la santé, y compris celle des sous-traitants)
  • le deuxième point (5) où la performance globale après un maximum décroit avec une dégradation plus conséquente de la santé des individus qui rend la réduction des coûts contre productive

Il faut par ailleurs interroger le côté « automatique » de l’impact financier positif d’une externalisation indépendamment de la dégradation de la santé. L’article Sous-traitance et précarité coûtent bien plus cher que l’embauche de titulaires publié sur miroirsocial par le blog Social Nec Mergitur fait référence à un point de vigilance posé dans le rapport Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) remis au Premier Ministre en 2012 (page 33) :

Plusieurs ministères signalent que les suppressions de postes dans les fonctions support peuvent aboutir à des renchérissements de coûts significatifs, sans proportion avec ces suppressions, pour faire assurer le service par des prestataires extérieurs. En outre, une prestation du secteur privé est d’autant plus efficiente que le cahier des charges établi par l’administration est précis et ajusté à ses besoins, et que son respect est effectivement contrôlé. Le bon usage de l’externalisation n’est donc pas non plus indépendant des capacités de gestion de l’administration

Quand « sous-traitant » va de pair avec « saoul-traitant »

J’ai évoqué jusqu’à maintenant les impacts négatifs sur la QVT des sous-traitants. Et là est bien l’essentiel et le plus fréquent. Dans une vision holistique, je veux aussi éclairer les risques sur la QVT des personnels travaillant pour les donneurs d’ordre.
D’abord parce que la décision d’externaliser a souvent des conséquences négatives sur les personnels qui étaient jusque là en charge de ces fonctions chez le donneur d’ordre.
Et puis, il y a aussi les cas où la sous-traitance n’est pas consécutive à une externalisation : par favoritisme, un dirigeant peut imposer un sous-traitant insuffisamment compétent. Des cas où les salariés du donneur d’ordre peuvent se trouver dans le stress d’avoir à subir et à compenser les faiblesses du sous-traitant, leur hiérarchie ne voulant rien voir.

Le 3ème article et dernier article de cette série est consacré à la sous-traitance dans les grandes entreprises (en particulier le devoir de vigilance) et à la déclinaison à la sous-traitance de 4 mouvements pour l’amélioration de la QVT.

Retrouvez une liste de ressources dans l’article d’introduction.

Olivier Hoeffel

Responsable éditorial de laqvt.fr Associé et responsable exécutif de Novéquilibres Associé de La Manufacture coopérative Auteur du blog lesverbesdubonheur.fr

3 pensées sur “Quand « sous-traitant » va de pair avec « sous(€)-traitant » et « saoul-traitant »

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