À l’eau ? Allô !

Novéquilibres : A l'eau ? Allô !

Je me suis engagée à écrire un article sur le rapport entre la natation en piscine et la qualité de vie au travail. Ne riez pas, ça me vient comme une évidence à chaque fois que je suis dans l’eau. Bon, d’accord, maintenant qu’il s’agit de l’écrire, l’évidence, je piétine un peu sur mon clavier, comme si j’étais sur le bord de ladite piscine avant de plonger. Mais pourquoi « plonger » d’ailleurs ? J’entre toujours tranquillement par l’échelle, et puis l’eau est toujours quasiment chaude. Il suffit que je me remette dans le bain pour retrouver l’inspiration ! C’est fou la pression qu’on se met pour rien, parfois… Allez, je commence.

Une vie saine, à la Tintin

Donc, c’est encouragée par une amie que j’ai pris une saine habitude hebdomadaire, celle d’aller nager. Pas barboter, nager. Faire des longueurs. Obsédée par la certitude que la brasse endolorit la nuque et casse les reins, j’ai commencé par du dos crawlé. Surprise, ça se passe assez bien. Je suis étonnamment dynamique toute la journée qui suit, physiquement comme intellectuellement. De légères courbatures dès le lendemain, que j’endure avec plaisir, comme un trophée. Au fur et à mesure, je remarque que ma cage thoracique est plus ouverte, j’ai l’impression d’avoir un meilleur souffle. Mais le plus curieux, c’est ce parallèle que j’ai commencé à faire un jour entre une tranche de vie à la piscine, et une tranche de vie au travail.

TIP TIP TIIIP !

Tiens, un sms(1). Les doigts prêts à continuer mon article, je jette un regard oblique sur mon téléphone portable : « Alerte SFM Info : Le cinéaste Claude Killer est mort. http://a.info.sfm.fr/aawR1ag7uWi (px conn wap) Se désinscrire : http …  » (je vous épargne la suite).

« Ho ? Claude Killer est mort… heu… » Pensai-je, toujours statufiée devant mon écran.

Le syndrôme Milou Haddock

Pendant cet arrêt sur image, tel Milou en mission rencontrant un os sur son chemin, ou le capitaine Haddock tenté par une bouteille de whisky, je tergiverse entre Moi-en-petit-ange et Moi-en-petit-diable(2) :

« Bon. C’est qui déjà Claude Killer ? Non. Mon article… j’en étais où ? Pfff… le planning indique 17 avril, j’ai pas mal d’avance… Oui mais si je commence à remettre à plus tard… c’est dommage, j’étais prête à entrer dans le bain ! Qu’est-ce que je fais ? Je reste sur ma lancée, je continue à écrire ? Ou bien je pose mon index sur mon smartphone, sur cette comique suite de caractères soulignés – le lien hypertexte – qui m’en dira probablement plus long sur Claude Killer ? Ou encore je tape sur le clavier de mon ordinateur la – non moins comique – suite de touches qui me permettra d’accéder au moteur de recherche sur internet, d’atténuer ma curiosité, et de préserver mon amour-propre (Qu’est-ce qu’il a fait comme film ? la honte ! il est super connu !) ?

Je choisis la deuxième solution. Moi-en-petit-ange se retourne pour pleurer, Moi-en-petit-diable lève un menton vainqueur. Je tape donc à grande vitesse : Pomme-Tab pour accéder à mon navigateur, Pomme-T pour ouvrir une nouvelle fenêtre, Tab pour accéder au moteur de recherche. Dans la foulée je tape avec virtuosité « Claude Killer », conclus par la touche « Entrée », puis reprends ma pause impassible, le pouce et le majeur gauche prêts à réitérer Pomme-Tab afin de retourner mentalement au bord de ma piscine.

… ça rame.

… enfin, tout un blabla apparait, centré au beau milieu de l’écran : « Vous n’êtes pas connecté à internet. Daktari ne parvient pas à ouvrir la page… etc. jusqu’à un bouton Diagnostic réseau ».

« Ben voyons ! Bon. Allez. Ça attendra la vraie pause. Pas besoin d’internet pour l’instant ». Je décide donc de me remettre mentalement en condition afin de trouver un angle d’attaque pour le propos principal de mon article.

« Driiiîîîng ».

… Bianca Castafiore et Séraphin Lampion

Rebelote. Cette fois c’est mon fixe(3). Mon visage et mes épaules s’alourdissent imperceptiblement mais sûrement. Je décroche mon téléphone de la main droite, et de l’index gauche j’en profite pour me désinscrire simultanément et définitivement des alertes SFM sur mon téléphone portable. Déconnect attitude, on a dit à Novéquilibres !

« Allô ? …» (ciel, mon mari !) « Oui, les enfants sont bien partis. …Ce que je fais ?…». (Intérieurement, je m’imagine greffée à mon ordinateur, au bord de ma piscine, affublée du quelque peu ridicule mais réglementaire bonnet de bain, le crâne enserré par les petites lunettes qui commencent à imprimer deux ovales sur le haut de ma tête, les cheveux me tirent, je commence à avoir froid !). Je réponds, calmement, en pleine conscience du lien à conserver avec mes proches, du temps qui passe, …et des nerfs qui me courent sous la peau : « J’écris un article. ». Mais le coup de fil est rapidement abrégé, probablement par une tâche urgente (dépêchée par mon Moi-en-petit-ange).

Je reprends le cours de ma pensée, mais très vite, je suis à nouveau interrompue par un appel de marketing téléphonique d’un opérateur actuellement sous les feux de la rampe. Trois interruptions : la première fois mon combiné diffuse de la musique sans aucune parole, je raccroche. La seconde fois, je suis intéressée mais je suis en train de déjeuner… je demande une trêve. La troisième fois, j’écoute attentivement les informations délivrées en vrac par mon interlocutrice. Je l’interromps de temps en temps pour arranger des paquets d’information à ma manière à l’aide de quelques questions que je parviens vaillamment à glisser au cours de son script. Environ une heure après, je suis une future nouvelle cliente. Voilà. Ça, c’est fait.

Sagesse tintinesque

… En revanche, mon article… Hé bien tout comme mon expérience de natation m’a menée à une réflexion originale, cette journée m’a amenée à réfléchir à nouveau à la superposition des temps, des interruptions, du technostress et de la responsabilité individuelle qui m’incombe. Je terminerai donc mon article en une première partie qui finalement servira l’écriture de la seconde.

En effet, afin de rester congruente en territoire qvt, j’ai poussé un peu plus loin la déconnect attitude et trouvé une touche pour désactiver la sonnerie de mon téléphone fixe, et toutes les « alertes » inutiles. Le portable restera disponible pour les vraies urgences. Comment faire la part des choses entre l’urgent et l’important quand tout se déguise en urgence ? La prochaine fois qu’il mourra, Claude Killer n’en voudra à quiconque d’attendre de finir son travail avant de lui rendre hommage. Ce sera d’autant plus pertinent que grâce à lui, ces personnes auront une meilleure façon de travailler (4). Rideau.

Prochain épisode : À l’eau ? Au travail !

(1) SMS ou texto : message écrit envoyé instantanément de téléphone portable à téléphone portable

(2) relisez Tintin au Tibet, un régal !

(3) Je travaille de chez moi aujourd’hui

(4) Pour les profanes, La meilleure façon de marcher est un film réalisé par Claude Miller.

 

photo sous licence creative commons – auteur : itotamayo

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