L’incongruence QVT en bande dessinée numérique

Novéquilibres : L'incongruence QVT en bande dessinée numérique
A l’occasion du lancement de l’initiative d’Ajustement QVT, il m’a semblé important d’illustrer les besoins de congruence et je le fais en mettant sous un éclairage particulier une initiative de la CFE-CGC que nous avions relayée en 2014 par la brève Une bande dessinée numérique sur la QVT conçue par la CFE-CGC.

Avant-propos et précautions

Je vais illustrer l’incongruence QVT avec cette initiative de la CFE-CGC qui part certainement d’une intention louable et que nous avons relayé un peu a minima et vous allez comprendre pourquoi.

Cela fait de nombreux mois que j’hésite à prendre la plume pour exprimer mon incompréhension et ma stupéfaction à propos de ce scénario. En effet, en tant qu’auteur du personnage du Professeur Bossondur, je ne pense pas que j’aurais pu être aussi « impertinent » et caricatural, si j’avais pris la plume pour mettre en évidence une incongruence dans les syndicats en matière de Qualité de Vie au Travail.
Ma bienveillance et la partie en moi positive m’ont retenu de ne pas critiquer (même de manière constructive) cette initiative qui cherche à aller dans le sens de l’amélioration de la QVT.

Seulement, dans cette bande dessinée numérique l’amélioration de la QVT dans les entreprises va malheureusement de paire avec une qualité de vie au travail du personnage principal Paul, dont certains aspects sont carrément à un niveau tel que le dénommé Paul risque le burnout et/ou le divorce.

Elle constitue un exemple – j’espère caricatural – de l’incongruence d’un type d’acteur de la QVT, en l’occurrence, les syndicats. Je ne sais pas si les autres syndicats auraient pu produire ce même contenu. Je laisse le cas échéant les organes officiels de syndicats réagir à mon questionnement. J’invite aussi les syndicalistes de terrain à le faire pour dire si l’image qui est donnée dans cette bande dessinée leur semble proche de la réalité et de ce qui est cultivé dans leur syndicat en matière de QVT pour eux-mêmes.

Donc mon propos, n’est pas de me moquer (et j’ai matière à le faire), ni d’être incisif mais d’expliquer en quoi cette vision du syndicalisme m’est insupportable, me semble incohérent avec le message de la QVT et contre-productif. J’ai considéré que cela me permet d’expliquer à vous lectrices et lecteurs de laqvt.fr qui n’êtes pas des actrices ou acteurs directs de l’amélioration de la QVT, en quoi le besoin d’ajustement QVT est réel et ne relève pas d’une logique purement intellectuelle et idéaliste.

3 modes possibles pour suivre cet article

Je vous propose 3 modes possibles pour prendre connaissance de la suite en fonction du temps que vous voulez/pouvez consacrer à sa lecture et de vos besoins. Je les donne par ordre décroissant du temps nécessaire :

  • 1/ Vous faites une première lecture de la bande dessinée numérique sur le fond du message si vous souhaitez vous informer sur la QVT, et ce serait dommage de ne pas le faire car cette bande dessinée comporte beaucoup d’informations. 2/ vous la relisez en vous focalisant sur les conditions d’exercice de Paul et des impacts sur sa vie et sa famille. 3/ vous lisez la suite de l’article pour voir si vous avez été interpellé par les mêmes choses que moi. 4/ Si vous le souhaitez, un commentaire de votre part sera le bienvenu
  • Vous ignorez l’étape 1
  • Vous ignorez les étapes 1 et 2 et vous vous fondez uniquement sur mon bref résumé et mes réactions

Pour accéder à cette BD interactive (il faut quelques instants pour que la BD numérique se télécharge dans la page du navigateur).

Bref résumé et mes réactions

La BD numérique met en scène Paul Tremeur, représentant syndical de la CFE-CGC. Au début du scénario, on le découvre en vacances sur la plage incapable de profiter de ses vacances parce que obnubilé par sa mission porteuse de beaucoup de sens : apporter la bonne parole de la QVT et de la CFE-CGC. Ce qu’il fait sur la plage, malgré l’insistance de sa femme à le faire décrocher. On le voit user de stratagèmes pour contourner la demande de sa femme. Peu après, il interrompt ses vacances pour une réunion non prévue.

On le voit repartir en train équipé d’une béquille. D’aucuns seraient peut-être en arrêt maladie (justifié); lui, non.

On le voit ensuite dans une absence totale de deconnect attitude successivement dans un train, dans un aéroport donner des conseils de visu ou par téléphone. Il ne décolle pas le téléphone de son oreille, juste le temps de passer le portique de sécurité pour l’embarquement. On le retrouve un peu plus tard dans un bus, toujours prêt à répondre aux sollicitations.

D’ailleurs, Paul fait encore mieux : il rappelle ses interlocuteurs pour bien vérifier que les conseils qu’il a donné ont été bien compris. Nous suivons ensuite Paul dans un café, dans une rame de métro, toujours à donner des conseils.

Paul est enfin de retour en vacances bien méritées. Il est invité avec sa femme chez des amis.

Et là, vous le croirez ou non : il y retrouve les personnes qu’il a conseillé pendant ses jours de retour au travail où, soit dit en passant, on constate qu’il a fait beaucoup d’autres choses que sa réunion imprévue.
Une des deux personnes conseillées et présente à la soirée rassure tout le monde : ils ne vont pas parler boulot.

A ce stade, je me suis dit qu’enfin l’honneur sera sauf en matière de QVT pour les un·e·s et les autres et que le mot “FIN” va apparaître à l’écran. En réalité, la BD ne touchait pas à sa fin.

L’action continue avec Paul qui donne conseils sur conseils à l’élaboration d’un accord QVT. Alors évidemment, ça a une saveur particulière parce qu’il a un verre d’apéritif à la main, lors d’un buffet sous le soleil couchant. Je donne ma petite interprétation personnelle humoristique : je pense qu’en fait les autres convives en sont au dessert mais que lui ne s’est pas aperçu de l’avancement de la soirée.

Pendant ce temps là, la bande dessinée montre l’épouse de Paul évoquer avec une autre personne que son mari doit parler boutique. On peut supposer que ça ne lui fait pas vraiment plaisir.

Et c’est enfin, juste avant le mot « Fin », que Paul a l’éclair de lucidité suivant « Je pense que si nous ne rejoignons pas le groupe rapidement … la qualité de vie des jours qu’il nous reste à passer risque de s’en ressentir grandement ».

Puisque Paul est un personnage et non pas une personne réelle, je m’autorise à me poser des questions concernant sa personnalité : ne serait-il pas travaillomane, missiomane ou orgueillomane, ou peut-être une combinaison des trois ? Est-ce un héros du syndicalisme vu par le CFE-CGC ? Ou représente-t’il un archétype à la CFE-CGC, voire du syndicalisme ?

Comme je l’ai écrit au début, j’aurais eu difficulté à mettre autant d’ingrédients dans un scénario d’incongruence.

Je suis convaincu que les personnes engagées dans le syndicalisme et les représentants du personnel méritent qu’on prenne soin d’eux et que toutes les parties prenantes, y compris le législateur, doivent se saisir de ce sujet en soi. La transcendance, le don de soi s’ils méritent d’être cultivés, l’harmonie et l’attention portée à celles et ceux qui font acte de citoyenneté doivent l’être tout autant. A l’instar de la dynamique très récente lancée dans le secteur hospitalier pour prendre soin des soignants.

S’il y a un article pour lequel j’aimerais avoir des feedbacks, c’est vraiment celui-là car je me pose sérieusement la question suivante : au-delà du comité éditorial de laqvt.fr, sommes-nous les seuls à considérer que nous ne souhaitons à aucun syndicaliste et à sa famille de se trouver dans ce type de situation et qu’il eut été préférable de mettre en scène un syndicaliste qui ne soit pas dans l’oubli de soi mais au contraire dans la conscience de soi, avec un syndicat qui cultive la QVT en interne.

Pour celles et ceux qui répondront, je vous propose que l’on aille au-delà d’une réponse que j’ai déjà (trop) entendue à la fois de syndicalistes et de non syndicalistes « C’est son choix après tout ». Une réponse que j’entend bien mais qui souvent sonne comme une fin de non recevoir.

Retrouvez notre dossier sur l’Ajustement QVT.

Olivier Hoeffel

Responsable éditorial de laqvt.fr Associé et responsable exécutif de Novéquilibres Associé de La Manufacture coopérative Auteur du blog lesverbesdubonheur.fr

2 pensées sur “L’incongruence QVT en bande dessinée numérique

  • 4 octobre 2018 à 10 h 04 min
    Permalink

    Bonjour Olivier,
    Vos réactions « me parlent », convaincue que je suis que les fondations de tout édifice – fut-il un engagement syndical – passent par un bon équilibre personnel; lequel suppose une bonne harmonie entre nos différentes sphères de vie.
    Je me souviens , lors de la participation à une action de reconversion dans les Houillères du Bassin de Lorraine, avoir vu un syndicaliste repartir à la mine, laissant sa femme seule, alors que son fils avait fait un fugue et que l’on ne savait pas où il était… Le surinvestissement – qu’il s’agisse de travail ou d’engagement (syndical ou autre) s’accompagne fatalement de dommages collatéraux . Dure pourrait être la chute lorsque, en fin de trajectoire de vie, l’on se retournera sur la dite vie.
    Comment peut-on prôner de tels désengagements dans certaines sphères de notre vie au nom d’un engagement dans une de ces sphères ? Sauf à considérer que sacrifier l’un de nous est parfaitement légitime… Je ne le pense pas et préfère la solution de Ghandhi « Soyez le monde que vous voulez voir »; peut-être même, si l’on atteint la masse critique, est-elle plus « efficace »…
    Bonne journée à vous, Olivier et merci pour avoir partagé vos réactions.

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  • 4 octobre 2018 à 14 h 30 min
    Permalink

    Merci beaucoup Monique pour votre commentaire.
    On voit bien dans le questionnement de fin en quoi il s’agit de bien comprendre et faire la part des choses entre ce qui est de l’ordre de la culture (relevant du collectif) et ce qui est de l’ordre du comportement individuel. Aussi ce qui est de l’ordre du conscient et assumé, ce qui est de l’ordre du conscient, non assumé et de l’ordre du non conscient. L’articulation entre responsabilité individuelle et responsabilitéS collectiveS, un sujet qui m’est cher et dont nous avons eu l’occasion de discuter en marge de votre conférence au Salon Préventica avant-hier.
    Bonne journée Monique.
    Olivier

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