Ni oui ni non

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L’affirmation de soi au travail est souvent représentée par la capacité à dire non, et présentée comme une qualité indispensable pour se respecter et se faire respecter au sein du collectif. Néanmoins, soyons lucide, dire oui facilite les choses au travail et notamment dans la coopération. Alors ? Oui ou non ? La question est-elle si tranchée ?

– Alors, c’est fait maintenant, oui ?

– Non.

– Non ?

– Plus exactement oui et non.

– Ha bon ?

– Oui. En fait, j’ai dû faire autre chose que ce qui était prévu, mais le boulot est fait.

– C’est l’essentiel.

Savoir dire non

Plus on est timide, serviable, coopératif, solidaire, enthousiaste, énergique, plus c’est difficile de dire non. Les individualistes apathiques et grincheux, eux, n’ont aucun complexe ! Evidemment je passe d’un extrême à l’autre.

Chaque personne devrait pouvoir exprimer son désaccord, son refus, user de sa liberté individuelle, ne pas plier systématiquement, ne pas subir, se sauvegarder (parfois, le non est juridiquement soutenu : en cas de danger, le droit de retrait est un droit individuel, qui peut même s’exercer collectivement; la responsabilité de l’employeur est aussi engagée.).

Dans tous les cas, il est utile d’éclaircir pour soi et pour autrui les raisons de cet éventuel non. Les évidences des uns peuvent rester des énigmes pour les autres, et constituer une confusion permanente quelque peu dommageable aux relations humaines. La prise de conscience peut aller en revanche jusqu’à prévoir concrètement des solutions alternatives ou des actions correctrices salutaires à l’avenir.

En revanche, le non n’est dicible que dans un contexte où il est officiellement entendable. Au travail, il incombe à l’organisation d’installer un climat de confiance suffisant pour qu’un dialogue puisse s’établir, voire une controverse si nécessaire, sans qu’il y ait mort d’homme.

Maintenant, si on est à la fois affirmé, empathique, débordé mais objectivement l’unique sauveur de la situation ici et maintenant, la phase d’éclaircissement dont j’ai parlé plus haut mènera peut-être à…

Savoir dire oui

Autant assumer de s’affirmer par le non peut se révéler bénéfique voire indispensable à chacun, autant il est nécessaire d’équilibrer l’usage de ces trois lettres magiques pour ne pas retomber dans le schéma infantile de « l’âge du non »… Du moins pas trop longtemps ! Plus sérieusement, évidemment il s’agit toujours de dire non à bon escient… et de ne pas oublier qu’on peut encore, et toujours à bon escient, utiliser les trois autres lettres, vous savez ? celles qui prononcées ensemble amorcent un sourire(1).

Le oui peut exprimer un acquiescement, un accord, un engagement, une coopération et représenter aussi une réelle preuve d’affirmation selon la question à laquelle il répond. Mais attention : spontané, réfléchi ou extorqué, le oui n’a pas la même valeur.

« Je dis à mon client que sa commande est prête ? »

« Quelqu’un a quelque chose à dire ? »

« Tu peux traiter ce dossier ? »

Enfin, afin d’encourager les comportements authentiques et coopératifs, il conviendra donc de maintenir un climat de confiance et d’attention mutuelle, sans oublier de répondre par un minimum de reconnaissance aux ouis de bonne volonté.

Savoir dire oui et non

On pourrait penser qu’un oui ou un non  est une réponse claire qui facilite la prise de décision, et donc l’action avec un passage à l’étape suivante. C’est parfois vrai. Néanmoins, la réalité est souvent moins manichéenne, et la plus grande preuve d’affirmation réside sans doute dans le fait d’assumer ne pas pouvoir donner de réponse tranchée.  Souvent considérée comme une échappatoire, « oui et non » n’a pas bonne presse dans les organisations, à l’instar d’une expression voisine : « ça dépend ».

La nuance est inscrite dans les gènes du travail réel(2), celui qui consiste à ajuster au mieux la réponse à une situation de travail donnée. C’est aussi la partie amusante, valorisante, variée du travail, celle qui produit la satisfaction de bien faire son travail et lui confère du sens.

une opportunité d’innovation

La complexité du réel sur lequel nous devons travailler implique en effet la prise en compte de plusieurs paramètres sous différents points de vue parfois contradictoires. Rechercher à tout prix une convergence rapide mais réductrice peut faire passer à côté d’une réponse plus construite et adéquate. C’est dans cet esprit que sont organisées les séances de remue-méninges par exemple, ou bien les consultations dans les groupes de codéveloppement où la divergence et le temps investi à envisager des contributions tous azimuts fournit une opportunité d’innovation.

Alors oui ? non ? ou oui non ?

 

(1) Voir notre article sur le pouvoir caché du sourire

(2) Voir notre article Coopération et confiance

 

photo sous licence creative commons – auteur :  zyphichore

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