Novéquilibres : Que faire de mon ''Je n'ai pas le temps !'' ?

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Nous entendons et probablement disons toutes et tous plus ou moins fréquemment selon le cas : « Je n’ai pas le temps ! ». Je vous propose de tirer ce fil et de voir vers quoi il peut nous mener et comment on peut essayer de sortir d’un éventuel sentiment de fatalité et agir sur la Qualité de Vie au Travail (QVT).

Seul ou accompagné

« Je n’ai pas le temps ! », voilà une exclamation qui exprime un sentiment général dans sa·(la) vie ou dans une sphère de sa·(la) vie, dont la sphère professionnelle et qu’on entend chez les personnes en activité professionnelle comme chez les retraité·e·s.
Le « Je n’ai pas le temps … » s’échappe souvent en – bonne – compagnie pour préciser ce qu’on n’a pas le temps de faire.
Je vous propose une liste non exhaustive avec peut-être tel ou tel point qui vous interpellera. Cela vous appellera peut-être aussi à réfléchir et à formuler les activités que vous n’avez pas le temps de mener au-delà de cette liste :
Je n’ai pas le temps …

  • de réfléchir
  • de prendre de la hauteur
  • de faire une pause
  • de déjeuner
  • de dormir autant que nécessaire
  • de passer du temps avec ma famille
  • de voir mes amis
  • de faire du sport
  • de gérer tous mes emails
  • de faire tout ce que j’ai à faire
  • de faire correctement/bien (tout) ce que j’ai à faire
  • de vérifier mon travail
  • de soutenir mon équipe
  • de venir aux réunions en ayant lu l’ordre du jour et les éléments joints
  • de dire bonjour (parce qu’on va me demander si ça va; je vais répondre “oui et toi ?”, et la personne risque de répondre “Non” et de me raconter sa vie)
  • de ranger mon bureau
  • de faire la veille
  • de suivre une formation
  • de demander des avis
  • de coopérer (car ça prend du temps et les gens ne sont pas forcément disponibles)
  • de te répondre
  • de lire
  • de t’écouter
  • d’apprécier
  • d’exprimer ma reconnaissance
  • de t’aider

Des formules très voisines

D’autres formules montrent que le sentiment d’être dépassé s’aggrave :

  • « Je n’ai plus le temps », sous-entendant que je l’avais avant et que la situation se dégrade
  • « Je n’ai même plus le temps » … et c’est un comble
  • « Je n’ai jamais le temps » pour indiquer un côté récurrent

Autant de formulations qui ne devraient pas laisser indifférent·e pour peu qu’elles soient sincères.

Sincère, prétexte, spectacle ou fuite en avant

Largement partagée, « Je n’ai pas le temps ! » est une plainte qui monte. Beaucoup essayent de s’en débrouiller dans le monde du travail; certain·e·s en culpabilisant, chacun·e·s de son côté, alors qu’en réalité, il s’agit souvent d’un problème collectif, voire endémique. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé en décembre 2013 l’initiative Le temps sur la table pour appréhender de manière collective ce sentiment récurrent et partagé de manque de temps.

Cette phrase peut aussi être un prétexte pour ne pas donner un coup de main à autrui, pour éviter de répondre à une sollicitation à discuter autour d’un café, pour refuser un dossier ennuyeux qu’on préfèrerait être traité par autrui (et peu importe qui).

Ce peut être aussi la scène 4 acte 3 du plus ou moins bon acteur (ou actrice) pour montrer à qui voudra bien s’intéresser à lui·elle qu’il·elle est super occupé·e avec un agenda encore plus rempli que celui du fameux ministre qui est LA référence ultime pour flatter l’ego. Et malheureusement ou heureusement, le public n’est pas là pour applaudir car il a autre chose à faire, car justement il n’a pas le temps d’écouter les manifestations de l’ego surdimensionné d’autrui.

Ni spectacle, ni plainte, ni prétexte, « Je n’ai pas le temps ! » devient dans la bouche de certains l’expression d’une forme de fuite en avant rassurante par peur du vide. « Je n’ai pas le temps … de m’ennuyer » ce qui serait la chose la plus affreuse qui puisse arriver et dont il faudrait absolument se protéger.

Une autre phrase pour analyser ses envies

Abordons maintenant la façon dont on peut essayer de sortir de la spirale infernale du manque de temps.
Outre le fait de s’interroger en première intention sur les aspects collectifs du problème et activer l’initiative « Le temps sur la table », je vous propose une autre phrase qui vous permettra de faire le point par rapport à vos aspirations les plus profondes :

« J’ai envie de me donner du temps. Pour faire quoi et pour faire moins quoi ? »

En complément, je vous conseille l’usage du procédé SPA (Sens Plaisir Atouts) proposé par Tal Ben Shahar dans son livre L’apprentissage du bonheur.

Il consiste à construire successivement 3 listes d’activités (que vous les fassiez actuellement ou non) :

  • Les activités qui ont du sens pour vous
  • Celles qui vous donnent du plaisir et que vous avez envie de faire
  • Celles pour lesquelles vous vous sentez compétent·e

Les activités qui sont communes à ces 3 listes méritent votre attention et peuvent faire l’objet d’une décision de leur octroyer plus de temps.

Ce travail d’introspection peut se poursuivre en complétant un tableau de recensement des activités actuelles et des ajustements que vous voudriez apporter. Je vous en donne une version synthétique et une version plus détaillée.

Je rappelle les différents niveaux de motivation et de formulation relatifs au temps que j’ai présentés dans mon article PFT, QVT et temps sur la table

motivation-et-temps

Et si vous vous donniez du temps (plus de temps) à prendre soin de votre QVT, de celle d’autrui et collectivement de la QVT dans votre organisation ?

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4 commentaires

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  1. Quel bonheur de se donner le temps de lire vos articles!

  2. Merci beaucoup pour votre signe de reconnaissance et pour votre esprit d’à-propos

  3. Olivier,
    Que fait-on quand s’étant contenté des activités répondant aux trois critères, le temps manque encore ? ou encore quand seul le plaisir n’est pas présent : à qui pense-t-on en premier et qui sacrifie-t-on (soi ou les autres pour lesquelles votre activité a beaucoup de sens ?) Sur ce sujet, je peine et ère… (cf. mon article de blog à ce propos : http://www.moniquepierson.com/2015/09/14/gerer-son-temps-et-ses-priorites-pourquoi-certains-sont-debordes-quand-dautres-ont-toujours-le-temps/).
    L’œil extérieur et avisé que vous êtes peut-il venir à mon secours ? ou suis-je un sujet trop récalcitrant pour entendre les bonnes questions ?
    En tous cas, merci pour avoir remis ce sujet sur le devant de la scène,
    et une belle semaine à vous.

  4. Bonjour Monique,
    Merci beaucoup à vous pour votre fidélité à notre site et à titre personnel pour l’intérêt que vous portez à mes articles.
    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article à la première personne.
    Je partage avec vous la sagesse de ne pas vouloir tirer les journées en longueur et réduire la part du sommeil.
    Je vais tirer quelques fils, sachant que certains vous sembleront ne pas vous concerner, mais j’en profite pour faire une réponse qui puisse aller au-delà de votre contexte, votre personnalité et votre comportement.
    Je suis convaincu que le rapport au temps dépend entre autres du caractère perfectionniste ou optimaliste (autre formulation voisine : Monsieur Plus ou Sam’Suffit évoqué par Barry Schwartz dans son livre « Le paradoxe du choix »); j’ai publié un texte récemment à l’occasion de la préparation de l’Université Ephémère sur la QVT, l’Innovation managériale et la Coopération : http://manufacture.coop/yeswiki-ueqvtimcoop/wakka.php?wiki=PageRiendeTrop

    J’ai une autre conviction : l’importance de la fixation d’objectifs réalistes. « Réaliste » dans le sens : pouvoir les réaliser sereinement, bien (en ayant à l’esprit « le mieux et l’ennemi du bien ») dans un emploi du temps où je ne me sens pas contraint.
    Ce qui veut dire quelques fois savoir dire non, repousser, demander des moyens qui sont en adéquation …
    … point qui peut se révéler déterminant : voir si j’ai une vraie valeur ajoutée du fait d’un talent, d’une force. Je parle bien de valeur ajoutée à faire ce que je veux faire ou qu’on me demande due à un talent ou à une force, et non l’habitude que j’ai de faire des choses ou que j’ai pu donner à d’autres de faire (bien). Et naturellement on vient à moi ou on attend de moi que je le fasse (quelques fois en accompagnant la demande d’une flatterie du genre « toi qui sais si bien faire » alors que d’autres pourraient le faire, y compris les demandeurs.
    On vient à moi non pas parce que c’est mon savoir faire particulier, mais parce que je me rends disponible, que je suis altruiste, que je suis réactif … quel que soit le sujet, l’action à réaliser, …
    En faisant attention au piège de penser que justement la force serait d’être une personne disponible et réactive.

    Pour en revenir au sujet du réalisme, on se fait souvent piéger : on veut quand même faire même si ce n’est pas réaliste, on s’épuise, on finit quelques fois par faire à un niveau de qualité très moyen voire médiocre, ou à faire bien ce qu’on fait et à laisser de côté certaines choses en se frustrant, voire en culpabilisant.

    Je promeus régulièrement l’idée qu’il est plus sain psychologiquement et globalement pour les projets et pour les personnes avec qui on interagit d’abandonner, réduire, repousser un objectif au moment où on le fixe, plutôt que d’avoir à le constater beaucoup plus tard avec une accumulation de fatigue, de tensions, de culpabilisation.
    Pour le dire en une formule : il vaut mieux abandonner au début et formellement que d’abandonner dans les faits ensuite de manière informelle jusqu’à ce qu’on soit contraint de le faire explicitement, un boulet qu’on se sera traîné tout au long.

    Pour parler à la première personne, j’ai une tendance à être facilement disponible quand on s’adresse à moi et à lever la main facilement quand on recherche une bonne volonté pour faire des choses. Ce qui complexifie la chose, c’est que j’ai un profil « atypique » pour les personnes avec qui j’interagis dans la mesure où j’ai d’autres compétences, en particulier en matière informatique puisque c’était mon premier métier. Donc certains de mes talents et forces constituent vraiment une valeur ajoutée et une spécificité par rapport aux autres personnes. Il est donc plus difficile de trouver des alternatives pour faire sur les sujets qui nécessitent ces compétences.

    C’est donc bien aussi un enjeu pour moi et ce sont des ajustements que je réalise tout au long de mes jours pour assurer ma QVT, et j’apprends et j’avance pas à pas. Mais globalement, je pense avoir acquis quelques réflexes pour ne pas me laisser piéger par une fuite en avant (individuellement et collectivement) et être en capacité de pouvoir prêter attention et veiller aux personnes autour de moi qui seraient dans une fuite en avant.

    Voilà pour quelques fils, et j’imagine qu’en poursuivant cet échange, d’autres fils viendront à tirer.

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