Le goût en trompe-l’œil

Novéquilibres : Le goût en trompe-l'œil
Source de plaisir et de bonne santé, l’alimentation est indispensable à une bonne QVT. Mais comment veiller à ce que l’on mange, quand des études indiquent que nous faisons plus de 200 choix alimentaires dans la journée, dont 90% automatiques, inconscients, biaisés ?

Connaître les biais et les pièges : 3 axes à prendre en compte

Des pièges cognitifs

La perception des quantités consommées (*) a fait l’objet d’études aux résultats surprenants : plus la portion est importante, plus sa valeur énergétique est sous-estimée. Un soda consommé dans un grand contenant paraitra moins calorique qu’un petit modèle. La forme du contenant joue aussi : à remplissage égal, un verre allongé paraitra contenir plus que son homologue trapu. Enfin, nous associons une moindre valeur énergétique aux aliments qui ont des vertus de santé. C’est l’«effet de halo » : disposer une feuille de salade à côté d’un hamburger diminue la valeur globale estimée pour l’assiette, et allégations et allégés « autorisent » à manger plus.

Des pièges sensoriels

Matière, couleur, transparence, épaisseur des contenants influencent notre perception gustative : préférez vous votre champagne dans une coupe en cristal ou un gobelet en plastique ? Les pièges sensoriels, naturels ou artificiels, sont tendus à tous nos sens. Certains effluves appétissants de croissanterie doivent beaucoup à l’industrie chimique, maitresse en arômes utilisés par le marketing olfactif.

Nos automatismes sont subtilement étudiés et pilotés. Circuit de la récompense toujours ! Grâce à l’imagerie cérébrale, le neuromarketing a mis en évidence le plaisir qu’une personne éprouve en voyant le logo de son soda favori.

Des biais comportementaux

Ce qui se passe dans l’assiette de l’autre nous concerne, et réciproquement. Qualité, quantité, rythme, remplissage des assiettes nous poussent parfois à manger plus, plus vite, sans enregistrer les messages de satisfaction et de satiété de notre organisme.

Comment faire ? De la vigilance à plusieurs niveaux

Prenez conscience de vos automatismes

Un sucre en plus par jour dans le café c’est virtuellement un kilo au bout d’un an ! Pensez à changer de lieu d’achat, de rayons, de produits, d’ingrédients pour contrer l’habitude et avoir un oeil neuf.

Changez de point de vue, la paralaxe alimentaire

La parallaxe est l’effet du changement de position de l’observateur sur ce qu’il perçoit. Utilisez les biais cognitifs à l’inverse, dans le bon sens. Petites assiettes qui feront paraitre les portions plus copieuses, aliments plus sains à portée de main, moins sains hors de la vue. Voilà une invitation à se faciliter la vie saine !

Faites-vous plaisir : en pleine conscience à l’écoute de soi

Nos récepteurs olfactifs détectent une infinité de molécules, participant du plaisir du goût. Explorez de nouvelles saveurs : humami (savoureux en japonais, associé aux protéines), métallique (d’une huitre par exemple) et le délicieux gout du gras (beurre, foie gras).

Jouez l’adaptation hédonique

Cette notion, traitée par Olivier Hoeffel dans « Impacts de l’adaptation hédonique sur le bonheur et la QVT » à propos du bonheur existe aussi en physiologie du goût : elle permet de se déshabituer de salé, sucré et de faire la part aux épices, et aux fines herbes. C’est le goût de la vie versus la saturation des récepteurs !

Fiez-vous à votre instinct

Si on reste à l’écoute de soi en déjouant les pièges cognitifs les plus grossiers, il s’avère que spontanément nous mettons dans notre assiette la quantité exacte et suffisante pour être rassasié sans se resservir (**).

Enfin souvenez-vous que l’équilibre alimentaire s’établit sur une journée, voire sur plusieurs jours. Et que nos aliments méritent intérêt et respect : un repas bâclé, c’est votre santé que vous malmenez et votre QVT qui en pâtit. En suivant quelques recommandations, vous ferez de votre pause repas un grand moment de plaisir et de détente au mitan d’une journée de travail bien remplie.

 

*Pierre Chandon « La perception des quantités consommées » INSEAD
** Etude Nestlé rapportée à Diétécom 2012

photo sous licence creative commons – auteur : Samuel K

Dominique Poisson

Dominique POISSON est consultante en nutrition, membre du comité éditorial de laqvt.fr, associée de Novéquilibres

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