Priorité Prévention ?

Novéquilibres : Priorité Prévention
Le 26 mars 2018, le premier ministre Edouard Philippe et la ministre de la santé Agnès Buzyn ont présenté le plan « Priorité Prévention ». Avec un budget de 400 millions d’euros sur 5 ans, c’est le premier axe de la stratégie nationale de santé 2018-2022.  En préambule à la Presse, le premier ministre déclare : « On meurt trop souvent trop jeune en France.  Et une vraie politique de  prévention  permettrait de  préserver  près de  100 000  vies  par an ». Quels liens avec le Plan Santé Travail 2016-2020 (PST3) ? Car qui dit santé dit qualité de vie,  y compris la qualité de vie au travail ou  QVT. L’étanchéité entre les mondes de la santé est-elle en train de se renforcer ?

 

25 mesures du Plan Priorité Prévention

On se félicite des 25 mesures de prévention et promotion de la santé qui visent tous les âges de la vie :

    • Temps périnatal (santé de la mère notamment).
    • Enfance et adolescence (entre autres : prévention de l’obésité, des consommation addictives).
    • Populations adultes (sevrage tabagique, dépistages hépatite C).
    • et pour les plus âgées (lutte contre l’isolement ; soin buccodentaire en EHPAD, une mesure primordiale pour conserver le plaisir de manger et prévenir la dénutrition).

Pour les recommandations concernant l’alimentation, la mise en place du Nutri-Score doit s’étendre sur la base du volontariat, à la restauration collective (et commerciale et aux produits alimentaires non préemballés). On touche là à l’univers du travail : avec l’information qualité Nutri-Score, la restauration sur le lieu de travail doit favoriser des choix alimentaires meilleurs pour la santé.

La réduction de 20% de la consommation de sel, facteur de risques majeur du développement de l’hypertension artérielle, est un autre objectif du Plan. C’est une mesure récurrente du Programme National Nutrition Santé. Une forte proportion du sel que nous mangeons provenant de produits industriels, espérons que les industriels jouent le jeu en continuant de simplifier leurs recettes.

Nous retenons particulièrement ces autres mesures  :

      • Un ensemble de propositions sont spécifiquement destinées aux personnes en situation de handicap.
      • Former la population aux gestes de premiers secours.
      • Créer un site internet de référence et mener une campagne de communication afin d’informer la population sur les risques des produits chimiques de consommation courante.
      • Mobiliser les industriels pour réduire l’exposition des consommateurs aux perturbateurs endocriniens.

Enfin, le plan « Priorité Prévention » recommande de systématiser le bilan de santé à 60-65 ans, l’âge du départ en retraite.  Cette mention de la retraite est le seul lien de ce plan avec l’univers du travail.
S’agissant « d’obtenir un environnement favorable à la santé aux différents âges de la vie », le rôle du travail n’est pas neutre.

Nos résultats d’espérance de vie en bonne santé ne sont pas bons, en France. La faute à nos (mauvaises) habitudes, notamment alcool et tabac, alimentation inadaptée, sédentarité. Mais quelle part jouent le stress au travail – ou au chômage, l’insécurité de l’avenir professionnel, le manque de reconnaissance au travail, le faible soutien mutuel, le chacun pour soi, l’excès de pression, dans la naissance et la chronicisation des comportements d’addiction ?  Inversement et avant tout,  le travail est un facteur d’équilibre et d’insertion, protecteur pour la santé. Nous passons l’essentiel de notre temps au travail.
L’enjeu du Plan Priorité Prévention n’est pas de traiter du travail, mais expliciter les liens avec le PST3 permettrait de souligner la vision systémique de la prévention.

En lien avec le Plan Prévention Santé Travail

Le PST 3 qui coure jusqu’en 2020 est fondé sur 3 axes :

      • Prévention primaire et culture de prévention,
      • QVT,
      • Dialogue social.

Dans ce cadre, les actions se multiplient dans les régions (par exemple Limousin et PACA ), avec la contribution des Comité régional d’orientation des conditions de travail -CROCT-  et de la médecine du travail.

Mais aucune articulation avec les mesures du Plan Priorité Prévention.
Si  la prévention du risque chimique (PST3) est également prise en compte dans le Plan Priorité Prévention où une approche consommateur complète l’approche professionnelle du  PST3, pas un mot dans le Plan Priorité Prévention sur le maintien de l’employabilité ou le développement d’outils sur le burnout.

« La clé c’est la prévention »

Selon une étude du cabinet Technologia datant de 2014, trois millions de personnes seraient en risque élevé de faire un burn out, et ces risques liés aux conditions de travail n’ont pas diminué, on le saurait.
Mais d’après la ministre du Travail, le burn-out n’est pas lié au travail.  « Interrogée lundi 12 février sur cette question, Muriel Pénicaud, à la tête du ministère du Travail a balayé la possibilité, arguant que le burn-out n’était pas une maladie professionnelle. Toute la communauté médicale, dont l’OMS, dit que ce n’est pas une maladie professionnelle. Ça ne veut pas dire qu’il ne peut pas se développer dans le monde du travail bien sûr, a-t-elle déclaré. Mais [le reconnaître], cela voudrait dire que c’est lié à 100% au milieu professionnel. Or, ça n’est pas le cas. » » ( cf article sur lentreprise.lexpress.fr)

Faire reconnaître une pathologie psychique comme étant liée au travail est compliqué. Reconnaître que le burn-out est une maladie liée au travail implique sa reconnaissance parmi les maladies professionnelles, indemnisées par la Sécurité sociale avec des conséquences économiques.
Pour la ministre, « la clé c’est la prévention ». On ne peut qu’être d’accord mais alors de quelle prévention s’agit-il ? Avec quels moyens : dialogue social, médecine du travail, actions dans les entreprises, organisation du travail ?

Avec quels moyens ?

La dissolution du Comité d’Hygiène Sécurité Condition de Travail dans le nouveau Comité Social et Economique d’entreprise ne va pas dans le sens de son renforcement.
La médecine du travail, et la médecine de ville quand il s’agit du travail, sont régulièrement rappelées à l’ordre, par l’Ordre. En novembre 2017, nous avions relayé le sujet de thèse du Dr Mathilde Boursier … « Certificats en rapport avec le monde du travail : hausse des plaintes contre les généralistes ».
En 2016 le Dr Djemil a été mise en accusation devant le Conseil de l’Ordre des médecins et condamnée pour avoir fait son métier dans des cas de harcèlement.  Le travail empêché des médecins du travail risque de les rendre eux-même malades …
Sur la prise en compte de la pénibilité dans un cursus de travail, on est passé de compte personnel de prévention pénibilité au compte professionnel de prévention (du C3P au C2P). La réorganisation sémantique mériterait qu’on s’y arrête. Disons seulement que le C2P ne parait pas aussi favorable aux salariés que le C3P.
Fragmenter pour fragiliser, on ne s’y prendrait pas autrement. Pourtant en novembre 2017, la ministre du travail avait annoncé que la Santé au Travail serait une priorité pour le gouvernement, avec une  « réforme globale » de la médecine du travail. Car la profession manque de candidats.

Une mission Santé Travail

C’était l’objet d’ une brève . La Ministre du Travail et la Ministre des Solidarités et de la Santé,  Agnès Buzyn, ont chargé Jean-François Naton représentant syndical CFDT, Charlotte Lecocq députée LREM et Bruno Dupuis consultant de faire un état des lieux de la santé au travail ainsi que des propositions. Les conclusions de la mission qui étaient attendues au 31 mars 2018, puis au 30 avril 2018, ne devraient pas tarder. Espérons qu’il en découlera des actions positives pour la QVT de tous.

 

 

 

*« Evolution du nombre de plaintes et doléances aux conseils départementaux de l’ordre contre des médecins contre des médecins généralistes pour des certificats en rapport avec le monde du travail entre 2011 et 2015 ». Une trentaine d’affaires entre 2011 et 2015 concernant des MG

photo sous licence creative commons – auteur : FORT HUACHUCA PUBLIC AFFAIRS

Dominique Poisson

Dominique POISSON est consultante en nutrition, membre du comité éditorial de laqvt.fr, associée de Novéquilibres

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