Routine et conditionnement

Novéquilibres : Routine et conditionnement

Sans condition aucune, l’être humain est conditionné par sa condition humaine, puisqu’il est programmé pour fonctionner de telle ou telle manière : Des réactions de survie face à un danger tel le mammouth pour l’homme des cavernes (stress identique pour des enjeux au travail), des jambes pour se déplacer, un foie pour digérer, des sécrétions d’hormone pour réguler, etc… mais chaque jour, chacun·e se conditionne par ses comportements, et malheureusement plus souvent mal que bien dans les différentes sphères de vie. C’est le cas notamment dans la sphère professionnelle avec un bilan potentiellement ambivalent pour la Qualité de Vie au Travail (QVT)

En psychologie, le conditionnement peut être de deux types :

  • le conditionnement classique (pavlovien) consiste à créer une association systématique entre un stimulus (ex : un son, une lumière, un mot, …) et un comportement en associant le stimulus au départ neutre avec un stimulus inconditionnel provoquant une réponse inconditionnelle (ex : de la nourriture qui fait saliver, un bruit d’explosion qui fait sursauter, …). Une fois le conditionnement réalisé, le stimulus neutre devient conditionnel et donne une réponse inconditionnée. Yvan Pavlov a théorisé ce conditionnement avec l’exemple bien connu d’un chien à qui on fait entendre une clochette en même temps qu’on lui donne de la nourriture. Après conditionnement, la seule présence de la clochette fait saliver le chien.
  • le conditionnement opérant (skinnérien) met en oeuvre l’association entre un stimuli et une réponse (dans le conditionnement classique, il s’agit d’une association entre deux stimulis). La réponse a un stimuli peut rendre plus probable la reproduction de la réponse. Il s’agit alors d’un renforcement. Quand la réponse a tendance à rendre moins probable le reproduction de la réponse, il s’agit d’une punition. Le conditionnement pouvant être par ailleurs positif ou négatif, il en résulte 4 cas de figure :
    • le renforcement positif; exemple : ajout d’une récompense, de reconnaissance
    • le renforcement négatif; exemple : suppression d’une corvée
    • la punition positive; exemple : ajout d’une corvée
    • la punition négative; exemple : privation de dessert

Le conditionnement sans conscience

Le fait de répéter souvent tel comportement, telle habitude, saler un plat sans même savoir si c’est déjà fait, dire à quelqu’un « ça va ? » sans attendre de réponse, regarder sa tablette, et c’est la routine qui s’installe et nous influence à continuer même si ce n’est pas adapté à la situation. Par exemple : je croise souvent mes jambes, je me fais mal au genou et croiser mes jambes est contre indiqué et inconfortable, et je continue à les croiser alors que c’est douloureux, mais c’est un réflexe conditionné. Je suis rassurée par cette habitude, et le fait de ne plus pouvoir la faire et je suis mal… c’est paradoxal…
La publicité nous manipule pour nous faire acheter, le spot qui repasse trois fois de suite a plus d’impact car il y a répétition, et le consommateur visé, tous les jours s’auto manipule en répétant les mêmes agissements qui le sécurisent car connus et reconnus.
Le manque de temps qui est perçu dans notre société accentue ces processus qui sont de véritables cercles vicieux.

Le conditionnement avec conscience

Le conditionnement en conscience fait partie de notre quotidien au travail, pour le meilleur et pour le pire. Il est lié souvent à l’apprentissage des gestes, des décisions, des comportements relationnels. Le meilleur est dans le conditionnement visant la conjugaison de l’efficacité, fluidité et fierté du travail. Un conditionnement engendrant un résultat gagnant-gagnant pour l’organisation et pour le bien-être psychique de l’individu. Il en est de même pour une partie des prises de décision du quotidien du travail : celles qui nous permettent d’aller dans le bon sens à partir des expériences passées. Plus elles sont répétées dans le même sens, plus les automatismes se renforcent, nous font gagner du temps et renforcent par la même occasion notre sentiment d’efficacité et de maîtrise.

Le conditionnement en conscience nécessite toujours un effort, une énergie supplémentaire à celles nécessaire au même geste, à la même décision ou le même comportement relationnel qui serait déjà inscrit dans une routine.
Dans des environnements très changeants, on comprend bien en quoi les capacités mentales de l’individu peuvent se retrouver sur-sollicitées ne procurant rarement ou jamais le confort de l’automatisme. En effet, dans de tels environnements, on a du mal à atteindre le niveau de routine, car un changement détricote ce qui avait été tricoté patiemment et commande un nouvel ouvrage de tricot.
Donnons quelques exemples : des procédures qui changent tous les 4 matins, des logiciels dont il faut changer régulièrement, des téléphones mobiles dont l’interface évoluent, des collègues qui changent du fait d’un fort taux de turnover et/ou des réorganisations.

La routine sans conscience, dans l’ambivalence

Les automatismes deviennent inconscients : marcher – acquis dans l’enfance- , conduire, fumer ou effectuer un geste répétitif. Nous aimons les raccourcis mentaux. Cela laisse de la place pour autre chose : se concentrer sur l’itinéraire au volant, remplir vite son tableau. Avec les surprises à la clé : si on n’est pas vigilant, on se retrouve au bureau le jour du départ en vacances et avec des résultats non conformes dans son tableau.
La routine est la faculté de faire ou de connaître acquise plus par l’usage, le par-cœur, que par l’étude, sans valorisation ni ancrage dans la théorie. Le déficit de compréhension du pourquoi de ce qu’on fait empêche la remise en question. Les routines sont fermes et fermées. Et comme un petit chemin connu, elles rassurent et déstressent.
Si la routine rassure, elle peut même aller jusqu’au TOC et angoisser, stresser, quand il n’est plus possible de la faire. La routine même quand elle est positive si elle n’est pas revisitée en conscience peut ne plus être dans la bonne dynamique. Le manque de recul aveugle et l’habitude prend le dessus, rassurante car connue, mais délétère quand plus adaptée à la situation. C’est bien connu dans le domaine de la rééducation, une personne qui porte un bandage à la cheville suite à une entorse, même si le problème est résolu il lui est très difficile de ne pas le mettre le matin en se levant alors qu’il n’y en a plus besoin et que c’est même déconseillé.

La routine en conscience

Peut-être vous dites-vous que ce titre fleure l’oxymore.
Quand on évoque la routine on pense souvent aux actions que l’on réalise sans même plus s’en apercevoir. Par exemple : prendre sa voiture pour revenir chez soi après le travail et se faire la réflexion en arrivant à son domicile “Tiens, je suis déjà arrivé !”.
En réalité, la même conduite routinière aurait pu vous voir apprécier le moment de conduite, le confort de votre voiture, le plaisir de changer les vitesses.
Quand la routine rime avec fluidité, il est important, voire primordial pour son bien-être psychique, de prendre conscience de cette fluidité, de l’apprécier, de se donner de la reconnaissance, de ressentir de la gratitude pour celles et ceux qui ont participé à la construction de cette routine et peut-être de trouver une opportunité d’aller leur exprimer une reconnaissance que l’on ne souvient pas avoir exprimé auparavant.

Une des vertus de la routine est qu’elle recèle dans l’erreur de quoi innover et inventer.
La routine peut être un espace de temps libre pour l’esprit – ou d’ennui- ou au contraire un espace rempli de concentration sur la fluidité des gestes.

Conclusion

Conditionnement et routine sans conscience et sans distanciation périodique ne sont que ruines de l’âme; ce sont des mouvements répétitifs sans aucune remise en cause du bien fondé de leurs mises en place. C’est de l’automatisme sans consistance.
Conditionnement et routine en juste conscience sont des mouvements connus, reconnus qui sont vécus avec appréciation et permettent de maîtriser davantage, d’améliorer dans la justesse. C’est de l’automatisme en densité.

Le conditionnement donne le pire quand il cherche à passer en force vis-à-vis de l’individu, quand il est motivé par une logique d’adapter – vigoureusement, à la hussarde – l’homme au travail et non l’inverse. Passer en force contre son éthique, contre sa conception de la qualité du travail, du travail, de la vie au travail, du relationnel au travail.

La routine est facteur de QVT dans la mesure où elle apporte une stabilité, sans asservissement et sans instrumentalisation, au service du bien-être physique, psychique et social de l’individu. Une telle routine produit alors de l’efficacité individuelle et collective durable.

Vous écrire des articles est devenu pour nous une véritable routine, nous sommes conditionnés pour, mais rassurez vous en CONSCIENCE, et nous aimons le faire pour vous.

Article collectif du comité éditorial : Caroline Rome, Dominique Poisson, Olivier Hoeffel

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