
Un grand classique de la convivialité le matin : on se croise et c’est au premier qui va dégainer :
« salut, ça va ? ».
Mais est-ce toujours de la convivialité ? Prenons quelques cas de figure.
Façon « Hep taxi ! »
Je lance mon « salut ça va ? » à mon collègue qui passe en trombe sans me voir, un peu comme un taxi que je hélerais et qui m’ignorerait peut-être ostensiblement.
Et c’est là qu’il y a un risque de tempête sous le crâne.
Une tempête qui peut combiner pensées interrogatives et affirmatives :
- mais pourquoi ne m’a-t-il pas répondu ? qu’est-ce que je lui ai fait ?
- il me fait la gueule !
- il est mal luné ce matin !
Bon, j’ai aussi le droit de penser que le collègue ne m’a pas entendu, pas vu.
Pas top pour la convivialité !
Façon « Le train ne s’arrêtera pas à ma gare »
Prenons, maintenant le cas inverse où c’est mon collègue qui a dégainé le premier : « salut, ça va ? » me lance-t-il.
Il faut que je vous explique qu’entre le « salut » et le « va », le collègue a parcouru 2 mètres et qu’il continue son chemin sans même attendre la réponse. Moi, j’ai fait une tentative de répondre que justement ça n’allait pas si bien, mais à quoi bon puisqu’il est déjà loin.
Pas top, pour la convivialité, non plus !
Façon « Ai-je le choix de ma réponse ? »
Cette fois-ci, c’est mon chef qui m’apostrophe avec le maintenant fameux « salut, ça va ? ».
Je dis « apostrophe » car sa phrase était bien à la forme interrogative au niveau du ton mais par contre en terme d’attitude, on ne peut pas en dire autant et il s’agirait plutôt de la forme affirmative, un peu du genre « comment ça va bien … surtout dis-moi que ça va bien ! ».
Alors, justement, ça tombe bien, parce que ça va bien et donc ça va bien arranger mon chef. Et puis si ça allait moins bien, ça irait bien tout de même.
Je me réserverais éventuellement, peut-être, avec beaucoup d’assertivité, le droit de dire que ça ne va pas si bien, si jamais, à l’entretien de fin d’année, il y a vraiment un décalage entre la perception que j’ai et celle qu’il a de la qualité de mon travail sur l’année.
Au niveau de la convivialité, pourrait-on appeler ça … le minimum syndical ?
Façon « Si j’aurais su, j’aurais pas venu »
Faisons donc dans la vrai convivialité et j’ouvre le bal avec un « salut, ça va ? », vraiment interrogatif et en plus je m’arrête pour écouter la réponse de mon collègue. C’est vraiment trop formidable d’être dans un vrai échange !
Mais ai-je bien choisi mon interlocuteur ?
Pas si sûr !
Parce que, contre toute attente, mon collègue me répond que ça ne va pas ! Et non seulement son client lui a fait un sale coup la veille, mais en plus son gamin est malade, le train était en retard ce matin, il voudrait que je l’aide sur son projet, il a mal à la gorge, et en plus il me postillonne à la figure.
Brutalement, c’est moi qui ne vais plus bien ! C’est contagieux, je vous dis !
La convivialité aurait-elle des limites ?
Certainement, comme tout, j’imagine. Comme la différence qu’il y aurait entre être gentil et être trop gentil.
Un authentique échange
Ce qui est sûr, c’est que pour le « salut, ça va ? », il s’agit de se donner le temps de la réponse, le temps d’un vrai échange et la capacité de gérer le « ça ne va pas ».
Avec l’accélération du temps, il est clair que cette dimension de la convivialité est mise à mal.
Pour améliorer la qualité de vie au travail, on peut se saisir de ce sujet en première intention car c’est une dimension qui favorise un état d’esprit plus ouvert aux autres et qui redonne le temps au temps, le temps à l’échange, à la convivialité mais aussi à la solidarité.
Au fait, vous qui me lisez, ça va ? J’essaierai de lire votre éventuelle réponse avec attention.
Cet article est publié dans le cadre du mois de la convivialité sur laqvt.fr
Une autre vision de « Salut, ça va ? », vous est proposée par Eric Averlant : le « Saluuuuuuut ! ça vaaaaaaaaa ? ».
photo sous licence creative commons – auteur : Trois têtes






Cet article me parle beaucoup, j’ai travaillé dans le social dans une grande administration et tous les cas de figures étaient représentés! Aussi j’avais pris l’habitude de simplement dire bonjour x et d’attendre pour voir s’il fallait poursuivre ou pas et j’avais fini par décoder les mines des uns et des autres. Vis à vis du supérieur hiérarchique je faisais comme avec mon médecin et vous vous allez bien? En général ça crée un petit moment de trouble…. jubilatoire!!! Une collègue n’a jamais répondu à mon bonjour pendant plusieurs années et un jour elle a répondu et nous sommes devenues plus proches. Je me suis dit que l’une ou l’autre avait dû s’absenter du champ de vision de l’autre…troublant non?
Merci pour ce témoignage et en particulier sur la partie qui montre que saisir le bout d’un fil peut mener vers quelque chose, éventuellement sur un lien solide et enrichissant.
Il faut bien qu’une relation démarre par un bout. Ce commencement peut-être la simple réponse à un « salut, ça va ? » ou un sourire.
dans notre milieu de travail où la hiérarchie (pas tous) pratiquait et essaye encore la division pour mieux régner et en plus qu’il pratiquait le jeunisme ostentatoire , et la mise au rendement maxi pour se bien faire valoir par les supérieurs la convivialité en a pris un coup et on est obliger de la pratiquer dans son dos . je ne sais pas où ça va nous mener tout ça ?? Ce qui est sûr , c’est que les stages de management peuvent être « destroy » même pour les chefs !!!………….même pas une « bonne fête de noel « !