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Nous avons publié récemment un article de synthèse sur le rapport Mettling « Transformation numérique et vie au travail ». En ressort clairement le besoin de régulation. La tactique face aux usages inappropriés des TIC se traduisant entre autres, par des TOC. D’où l’animation ci-dessus jonglant avec les TIC, les TOC et les TAC.

Certaines personnes ne connaissent pas forcément la signification des acronymes TIC et NTIC, ce qui ne les empêche pas pour autant d’y être accros. Je ne reviens pas sur le mot TIC, décortiqué dans la vidéo. NTIC signifie quant à lui : Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication.

Quelles peuvent être les TAC TIC évoquées dans cette animation ?

Je n’aurai pas l’imprudence d’avancer que je vais vous les donner toutes ici, et cela pour plusieurs raisons :

  • parce que même si je suis capable de vous en proposer quelques unes, il est impossible de faire le tour de tout ce qui peut se concevoir pour réguler les usages des TICs ; ceci en partant de la philosophie générale jusqu’à la moindre petite astuce de paramétrage;
  • ensuite, parce que les TAC TIC s’élaborent au plus près du terrain et de manière coopérative, en s’inspirant de ce qui peut être fait par ailleurs ou en faisant acte de création et de créativité. Il y a d’ailleurs au moins autant de créativité à mettre en œuvre pour réguler un usage que pour concevoir le produit ou le service numérique lui-même;
  • enfin, parce que je veux mettre en lien ce sujet de la régulation des usages avec les différentes initiatives que nous avons proposées depuis le création du site.

La déconnect attitude

La première initiative que ayons proposée sur laqvt.fr, et totalement en lien avec ce sujet, est la déconnect attitude. Elle se base sur le couplage du droit à la déconnexion promu par le Professeur Jean-Emmanuel Ray depuis quelques années avec le devoir de déconnexion. Une façon d’éclairer l’articulation des responsabilité que j’évoquerai plus loin.

La déconnect attitude a la particularité d’envisager la question de la déconnexion de manière plus large que le monde du travail : notre équilibre psychique et nos bonnes relations interpersonnelles sont en jeu non seulement parce que nous lisons et envoyons des emails professionnels en dehors des heures de travail, mais aussi si nous sommes scotchés pendant des heures devant une console de jeux, sur des forums devant notre ordinateur ou à envoyer des SMS en permanence en mode multitâches, ne prêtant qu’une oreille distraite aux propos tenus par notre interlocutrice.teur au café.

Si les stratégies et des bonnes pratiques à concevoir et à mettre en oeuvre à propos de la déconnexion évoquées dans le rapport cité en préambule concernent la communication professionnelle, on s’aperçoit qu’elles peuvent s’entendre de manière plus large et qu’elles peuvent avoir des bénéfices collatéraux sur nos autres sphères de vie; ceci du fait de l’acquisition de nouveaux comportements qui seront utiles pour l’usage de NTIC en dehors de la vie au travail.
Par exemple, si je prends l’habitude de ne pas lire mes emails professionnels au fil de l’eau, je ferai probablement de même avec mes emails personnels. Si je prends l’habitude de positionner mon téléphone en mode silence pendant les réunions, cette habitude me suivra peut-être aussi quand je suis au café en train de bavarder avec un ami.

Inversement, toute bonne habitude que je peux prendre en dehors du travail quant à l’usage de mes NTIC est susceptible d’être transposable dans ma vie professionnelle. D’où l’intérêt d’envisager la déconnexion en mode panoramique, en intégrant aussi la télévision, pourquoi pas ?

La QVT pour toutes et pour tous

Quand on évoque la déconnexion, on pense souvent aux cadres. Pourquoi ? Essentiellement pour deux raisons :

  • ils sont plus facilement susceptibles d’être mobilisés en dehors des heures classiques de travail, d’autant plus quand ils sont au forfait jour;
  • certains cadres ayant effectivement une fonction d’encadrement de proximité, n’ont pas d’autres choix que de gérer leur boite email en dehors du lieu de travail (pendant le trajet ou au domicile) s’ils veulent assurer le soutien à l’équipe et le tentaculaire reporting qui bien souvent les asphyxie.

J’ai été frappé de voir récemment qu’une organisation avait mis en place un droit à la déconnexion pour les cadres, mais pas pour la direction. Certains balayent d’un coup de main l’idée que les dirigeants, les membres d’un comité de direction pourraient être aussi concernés. Mais, pourquoi les dirigeants ne s’autoriseraient-ils pas ce droit, quitte à accepter des exceptions. Pourquoi serait-il inscrit dans le marbre qu’un dirigeant doit faire abstraction d’une bonne articulation des temps de vie par exemple ?
Je ne dis pas « y a qu’à faut qu’on »; je dis bien qu’il s’agit d’interroger des certitudes et des croyances en la matière. Plutôt que de dire « on ne peut pas faire autrement. » avec un beau point final à la fin de la phrase, on peut s’essayer à faire autrement avec créativité et en se libérant des certitudes. A condition d’être motivé et de considérer que c’est un enjeu pour soi et pour l’organisation.

Ce que ne veulent même pas concevoir certains dirigeants, c’est que si un jour ils se trouvent en burnout ou s’ils sont victimes d’un accident cardiaque ou d’un accident de voiture provoqué par l’endormissement au volant après 12 heures de travail exténuantes, ce jour là, ils seront carrément déconnectés. Ce jour là, on s’apercevra aussi que l’organisation a la capacité de s’adapter, de se reconfigurer, plus ou moins facilement, pour un temps ou pour longtemps.

On connait l’adage « personne n’est indispensable ». Il peut paraître choquant, d’autant plus quand il est asséné pour dévaloriser le travail de quelqu’un ou quand il s’agit d’envisager une suppression de poste. En fait, certaines personnes sont peut-être indispensables, ou se considèrent tels … tant qu’elles sont dans le jeu. Quand elles ne sont plus dans le jeu, on prend conscience qu’en effet, elles ne sont pas indispensables ou beaucoup moins qu’on ne le pensait. Peut-être même qu’à la façon Coué, on dira « on y arrive super bien » en cachant des cadavres sous le tapis. Ce constat, quelques fois amer, va aussi pour les personnes qui partent à la retraite.

Comme pour toutes les dimensions de la QVT, nous promouvons donc droit et devoir de déconnexion pour tous les individus de l’organisation quels que soient la fonction, le statut, …

La juste conscience

Nous avons introduit le concept de juste conscience en mars 2015 pour aborder une double exigence :

  • l’ancrage dans l’instant présent sans se laisser « polluer » par le passé, les autres engagements du présent et la projection en avant. Il s’agit aussi de ne pas se laisser polluer par les nouvelles technologies qui peuvent provoquer des interruptions incessantes qui rendent alors impossible cet ancrage dans le présent;
  • la prise de recul. Il s’agit de sortir du mode de pilotage automatique où l’on subit (« Je subis») l’enchaînement des sollicitations pour faire place progressivement à un mode de hiérarchisation, de sélection et d’appréciation (« Je choisis et j’apprécie»). C’est effectivement ce qui fait défaut souvent dans l’usage des NTIC. On entend fréquemment des expressions du type « j’aimerais bien … mais je ne peux pas faire autrement », voire même « … on ne peut pas faire autrement » pour mettre en évidence qu’il ne s’agit pas d’une difficulté individuelle mais d’un phénomène généralisé.

La juste conscience nécessite de s’accorder du temps, et c’est là que le bat blesse. D’où, l’initiative …

Le temps sur la table

le temps sur la table que nous avons lancée suite à ce message récurrent que nous pouvons toutes et tous entendre dans notre vie professionnelle, et même au delà – même chez les retraités – : « je n’ai pas le temps ».
On s’aperçoit qu’un des freins majeurs à l’amélioration de la QVT, et ici particulièrement à la régulation de l’usage des NTIC, est bien le manque généralisé de temps. Comme il s’agit d’un phénomène généralisé, d’un problème partagé par beaucoup, il faut trouver des réponses, collectivement.
Il faut se réunir et mettre cette question cruciale au centre de la table. La difficulté étant bien évidemment … de trouver le temps pour le faire. Pour favoriser l’expression sur ce sujet du manque de temps, on peut opportunément se saisir du dispositif central de l’ANI vers une politique d’amélioration de la QVT et l’Egalité Professionnelle : les espaces de discussions. Espaces de discussion qui ont fait l’objet de publications par l’Anact au cours du premier semestre 2015 (qui s’est terminé sur la 12ème semaine de la QVT dédiée à ce sujet).

Les espaces de discussion permettent aux salariés de s’exprimer librement, de préférence avec un moment où le responsable de proximité est absent, puis un moment en sa présence, avec des retours aux IRP et au dirigeant. Nous voyons là l’application d’un principe que nous présentons comme fondateur sur laqvt.fr depuis la création du site en juin 2011 …

L’articulation des responsabilités

la bonne articulation entre la responsabilité individuelle et les responsabilités collectives. Notons bien le pluriel pour les responsabilités collectives.

Dans le rapport Mettling, le côté pluriel est mis en évidence puisque la régulation de la transformation numérique fait appel à quantité d’acteurs différents à des niveaux différents : le gouvernement, les partenaires sociaux au niveau national, au niveau branche et dans les organisations, des institutions, le réseau Anact, les managers, …

En France, on a l’habitude de l’approche par le dialogue social sur de nombreux sujets. Ce qui pourrait être nouveau et que nous appelons de nos vœux, c’est que l’individu soit interpellé et soutenu dans sa propre responsabilité pour ce qui est à sa portée. Il s’agit que l’individu puisse réguler ce qui le concerne personnellement et participer à la co construction des stratégies et outils. Ainsi, il ne se verra pas obligé d’appliquer des modalités conçues par des experts, mais dans la posture d’expérimenter ce qu’il aura co-construit et d’apporter des ajustements le cas échéant si nécessaire.

 

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