Eloge de la pause déjeuner

 

Une récente étude du groupe Malakoff Médéric nous apprend que nous consacrons en moyenne 22 minutes à notre déjeuner au travail, contre 1 heure 30 il y a 20 ans. Solutions pratiques, le sandwich-soda ou la « gamelle » préparée à la maison concilient rapidité et économie tout en permettant de rester à portée de souris et de son écran. Or, se déconnecter pour se restaurer (au propre comme au figuré) est indispensable à la préservation de notre équilibre et de notre santé, voire de notre bonheur. Engloutir rapidement sa pitance se justifie parfois au cours de notre vie professionnelle, jamais au long court.


Les raisons de rogner sur notre déjeuner (durée, contenu) s’additionnent, parmi lesquelles :

La charge de travail : comme de 13 à 14h, la réunion que l’on ne savait où caser qui se déroule autour d’un plateau-repas froid ; l’esprit des convives se tend sur l’ordre du jour et pas du tout sur ce qui est avalé sans qu’on y pense. Le numérique permet de rester branché en permanence et nous donne l’illusion de l’efficacité mais si l’on déjeune au coin de son écran, on risque fort de se priver du plaisir de manger. Sans compter le stress qui serre les gorges et les estomacs.

Les conditions matérielles plus ou moins favorables : pas de lieu ni d’équipements pour élaborer et servir les repas. L’étude Malakoff-Médéric recense que 28% de salariés apportent un repas préparé à la maison, 19% vont à la cantine, 14% se contentent d’un sandwich, 10% seulement fréquentent des restaurants à l’extérieur.

Nos besoins personnels en dehors du travail : partir plus tôt le soir, et donc prendre peu de temps pour la pause déjeuner, en profiter pour faire autre chose (des courses, du sport), ou suivre un régime qui contraint.


L’équilibre alimentaire et l’hygiène de vie s’en trouvent perturbés.

Composer et déguster un repas « équilibré » comportant féculents, légumes, fruits, protéines, laitage, boisson en quantité suffisante, le tout en 22 minutes relève du challenge. Les cantines proposent le plus souvent des menus équilibrés qui méritent qu’on prenne le temps de les savourer. « Snacker » sur un coin de bureau permet de ne pas sauter de repas, mais fait un funeste pendant au plateau télé du soir.

Si la pause déjeuner n’a pas été mise à profit pour se nourrir et se détendre, il est probable que de retour à la maison la faim et les tensions accumulées poussent à se jeter sur n’importe quoi. Avec l’oubli des sensations qui nous renseignent sur les besoins de notre organisme, s’installent à long terme des modifications, des habitudes alimentaires. Le goût se prononce pour des aliments riches en énergie et réconfortants, mais pauvres en nutriments utiles.

Ces habitudes se transmettent à nos enfants dont on sait que les apprentissages alimentaires sont déterminants, et remontent jusqu’au vécu intra-utérin.

Que peut-on faire ?

Prenez le temps de déguster ce que vous mangez, qu’il s’agisse d’un sandwich ou d’un pot au feu. Même si vous ne disposez que de 15 minutes, dédiez les entièrement à ce que vous êtes en train de faire. C’est un moyen de se relier à soi ici et maintenant, que l’on se refuse en ne s’accordant pas le plaisir et le temps de manger. Et par là on manque un excellent moyen de se détendre.

Quittez la position assise et marchez. Faites un tour : la sédentarité nuit à notre métabolisme, entraînant surpoids, troubles cardiovasculaires, fragilité osseuse, jusqu’à des répercussions sur notre équilibre psychique (1).

Éteignez votre écran pendant au moins une demi-heure, pour réamorcer votre cerveau qui lui a besoin de verdure. Si vous en avez la possibilité, prenez l’air et au vert. On a montré que l’immersion dans un bout de nature favorise la mémorisation.

Partagez, rencontrez vos collègues ou des amis en oubliant de parler boulot.

Choisissez de déjeuner durable ! Par définition une alimentation durable respecte les critères environnementaux, éthiques et de santé. Diminuez par exemple votre consommation de viande rouge. Une étude (2) vient de monter que la consommation quotidienne de 100g de viande rouge augmenterait le risque de diabète de 19%, avec 50g de charcuterie chaque jour ce risque augmente de 51%. Ceci en plus des risques associés aux graisses saturées déjà connus. Il faut 4 fois plus d’énergie pour produire 1 kcal de protéine animale que pour produire 1 kcal de protéines végétales. Nous avons la chance de pouvoir faire des choix équitables et sains à la fois.

– Enfin, variez les modalités de votre repas comme son contenu. Optez tour à tour pour la cantine, le restaurant avec un ami, une séance de sport ou promenade avec un sandwich, repas préparé à la maison et partagé avec des collègues. Voilà un bon moyen de préserver votre santé, notre équilibre et vos performances.

(2) Veerman Haely British Journal of Sports Medecine Août 2011

(3) Pan, Sun et al American journal of Clinical Nutrition Oct 2011

Dominique Poisson

Dominique POISSON est consultante en nutrition, membre du comité éditorial de laqvt.fr, associée de Novéquilibres

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