Novéquilibres : Le don 3D pour contribuer à la QVT et la performance

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Dans l’article du 6 novembre 2012 intitulé Parlons de gratuité au travail, j’avais évoqué le sujet de la gratuité et du don au travail, dans le cadre de la dynamique de propagation et de contagion des idées et bonnes pratiques contenues dans le rapport de la mission 2011 de la FNEP. Je vous présente aujourd’hui le concept de « don 3D » dont j’ai posé les premières pierres en mars 2012.

J’ai créé le concept de don 3D (Dynamique Durable du Don) avec plusieurs objectifs :

  • mettre en évidence les actions de don et les interactions induites qui se jouent au travail mais qui sont souvent peu conscientisées du fait qu’elles n’apparaissent pas dans le champ contractuel entre l’organisation et le salarié
  • valoriser ce type d’action et les personnes qui y participent; il s’agit de faire jouer à plein la reconnaissance
  • caractériser une forme de don qui donnerait autant de la place à la relation qu’à la chose ou au service donné
  • proposer que l’on puisse le cultiver avec une articulation entre la responsabilité collective et la responsabilité collective
  • mettre en évidence le cercle vertueux du don qui peut se mettre en place sous certaines conditions
  • ne pas réduire ce concept au travail mais le concevoir de manière plus globale pour qu’il puisse s’appliquer dans la vie personnelle.

Mettre en évidence les actions de don

Dans mon premier article sur la gratuité, j’avais expliqué qu’une partie des actions que nous menons au travail découlent directement de notre contrat de travail, et donc d’une logique de donnant-donnant. En effet, nous nous engageons pour un certain nombre d’heures à réaliser les missions prévues dans notre fiche de poste et des objectifs qui nous sont assignés (pas souvent co-construits) et en retour, nous percevons une rémunération. Je me limite ici au statut de salarié, mais il y a d’autres statuts où la contrepartie financière n’est même pas forcément là.

A côté donc de ces actions directement liées à cette logique donnant-donnant, se jouent aussi un certain nombre d’actions et d’interactions sur un autre champ : celui du don. J’en ai donné une liste d’exemples – évidemment non exhaustive – dans mon premier article mettant en évidence que sans le don, une organisation ne pourrait pas fonctionner correctement.

Il est tout à fait important de mon point de vue de prendre conscience de ces actions. Pourquoi ? Parce que la générosité du don a besoin de carburant au risque qu’elle s’essouffle.

Valoriser le don

Donner au collectif, donner à d’autres personnes mérite bien de recevoir de la reconnaissance. S’il s’agit de donner entre personnes (se rendre service par exemple), l’organisation peut estimer qu’elle n’a pas à se mêler des interactions et qu’il s’agit d’une responsabilité individuelle de valoriser la personne qui donne.
La reconnaissance individuelle est en effet importante, mais elle n’exonère pas l’organisation de sa responsabilité de valoriser les actes de don, d’autant plus quand ils servent le collectif.
La reconnaissance est souvent mise en avant en tant que forme de contrepartie et de carburant du don et je ne peux qu’en être d’accord, d’autant plus qu’elle est largement en déficit.
Seulement, je voudrais préciser que la reconnaissance renvoie quelques fois à une logique de devoir, de politesse et de savoir vivre. Et il me semble tout à fait important de coupler la reconnaissance à la gratitude, la gratitude pouvant être considérée comme l’étape qui précède la reconnaissance.
Je précise mon propos en donnant un séquencement qui me parait optimal :

  • Je reçois.
  • J’en prend conscience et j’apprécie.
  • Je ressens de la gratitude (sachant que la gratitude est une émotion positive, alors autant en profiter).
  • J’exprime de la reconnaissance.

C’est une façon de considérer que non seulement la reconnaissance apporte du bien-être au donneur, mais aussi au bénéficiaire du don à travers les émotions positives qu’il ressent dans la gratitude, au delà des bénéfices du don lui-même.

Caractérisation du don 3D

Avant que de créer un concept, j’ai cherché une forme de don qui se rapproche ou qui coïncide avec la caractérisation que je voyais.
En opposition au « donnant-donnant », on renvoie souvent au modèle du « don contre don » consacré par le sociologue Marcel Mauss.
Voici en quoi cela consiste en quelques mots : il s’agit d’un don qui se compense dans le temps.
Xavier donne à Yvette. Yvette lui retournera l’ascenseur plus tard. L’horizon du retour est indéfini. On peut considérer d’une certaine manière que la perspective du retour étant floue, il passe en quelque sorte un peu au deuxième plan. C’est la valeur symbolique de l’échange qui prime.
Mais il faut tout de même voir le « don contre don » comme étant une flexibilité dans le temps du « donnant-donnant » conservant la question de l’endettement du bénéficiaire par rapport au donneur.
Le « don contre don » ne me satisfaisait pas car il ne permettait pas de considérer un système de jeu du don où le don de l’un ne se compense pas (forcément) par le retour de l’autre.

Mon objectif avec le don 3D était de caractériser une forme de don tout à fait réelle dans le monde du travail et en dehors, où :

  • Chacun peut se trouver en position de donner à un autre ou à un collectif sans attendre de retour.
  • Chacun peut aussi se trouver en position de recevoir sans l’obligation de rendre.
  • Des situations où la comptabilité ne joue pas.
  • Ce qui compte, c’est l’équilibre global et la réciprocité globale. Les éventuels déséquilibres qui pourraient porter préjudice au bien-être ou à l’efficacité sont à gérer.
  • L’appréciation, la gratitude et la reconnaissance apportent du bien-être psychologique à la fois au donneur et au bénéficiaire.

La réciprocité qui est une forme d’obligation au niveau individuel avec le « donnant-donnant » et le « don contre don », devient un objectif plus global et collectif. La réciprocité ne se joue pas dans le sens où chaque échange est un don qui serait équilibré par un contre don, mais plutôt dans le sens que chaque acteur joue alternativement le rôle de donneur et de bénéficiaire avec d’autres acteurs dans un système qui favorise ces échanges.

Il s’agit aussi de favoriser à la fois l’égalité (celui qui donne ne devient pas un créancier) et la diversité (en fonction des différents niveaux savoirs de chacune et chacun, de leur personnalité).

Voici un schéma qui décrit les mécanismes du don 3D :

Novéquilibres : Schéma du don 3D

Le don 3D est basé donc sur le principe que le donneur n’attend pas de retour du bénéficiaireautre qu’un accusé de réception et un signe de reconnaissance de sa part. C’est en quelque sorte la contrepartie vertueuse qui fait que ce type de don puisse se pérenniser.

Novéquilibres : Etapes du don 3D

Voyons cela de plus près avec un petit exemple :

  • Xavier aide Yvette sur une tâche dans laquelle elle est bloquée (étape 1). Il n’attend rien de particulier en retour d’Yvette.
  • Yvette accueille le don; elle l’apprécie et ressent de la gratitude (étape 2).
  • Elle accuse réception du don et exprime sa reconnaissance à Xavier avec naturel (étape 3). Peut-être qu’elle le fera à plusieurs reprises : une première fois quand Xavier lui annonce son aide et une deuxième fois quand l’aide sera terminée (et éventuellement d’autres fois en fonction de la durée et de la personnalité de chacun des protagonistes). A noter qu’elle lui exprime de la reconnaissance que l’aide de Xavier ait été couronnée de succès ou non. Le niveau de reconnaissance ne sera pas cependant du même niveau selon l’efficacité de l’aide.
  • Xavier apprécie ce signe de reconnaissance et ressent de la gratitude (étape 4). Peut-être même qu’il exprimera à son tour à Yvette de la reconnaissance pour ce signe qu’il n’a pas forcément l’habitude de recevoir et qui lui aura fait particulièrement chaud au cœur.

Plus tard, Yvette sera en situation de donner à Zoelisoa qui lui retournera aussi de la reconnaissance.
Valérie aura l’occasion aussi de donner à Xavier qui deviendra à son tour bénéficiaire et adoptera le même processus de la reconnaissance.

Mais je vous propose de revenir un instant sur la première étape du don de Xavier à l’intention d’Yvette : il est important de prendre conscience d’un point important : l’aide donnée par Xavier à Yvette est en soi un signe de reconnaissance. C’est ce que j’ai appelé la partie implicite du don dans le premier schéma. En effet, donner nécessite de reconnaître que le bénéficiaire existe et qu’il a besoin d’aide.
Yvette en étant aidée par Xavier reçoit donc un signe d’intérêt de sa part, une forme particulière de reconnaissance.

Ainsi chacune et chacun peut donner à une autre personne ou à un groupe de personnes ou globalement au collectif (par exemple alimenter le papier dans l’imprimante, préparer le cafetière, …) et recevoir aussi d’une personne ou d’un collectif.

J’ai découvert  depuis quelques semaines un réseau auquel je participe dans lequel j’ai eu le plaisir de vivre le don de manière approchante : il s’agit d’un RERS (Réseau d’Echange Réciproque de Savoirs). Bien que ce réseau ne concerne pas le champ professionnel, il illustre de manière assez frappante une partie de la caractérisation que je viens de faire, en particulier dans sa conception de la réciprocité et de la parité des postures. Vous le constaterez vous-même en lisant la page de présentation de l’association qui fédère ces réseaux .

Caractériser est une chose, pratiquer et cultiver ce type de don, en particulier au travail, en est une autre. En effet, il se heurte à un certain nombre de freins psychologiques et culturels que j’évoquerai dans un prochain article. J’évoquerai également dans un autre article la dimension centrale de la reconnaissance dans ce concept. Vous savez que nous accordons une grande importance à la reconnaissance au travail sur laqvt.fr, sujet sur lequel nous avons ouvert un dossier spécifique.

 

photo sous licence creative commons – auteur : Novéquilibres

3 commentaires

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  1. Très intéressant, cette idée de don! Souhaitez-vous l’aborder sous l’angle citoyen ou bien approcher les entreprises afin que ce type de démarche soit intégré aux initiatives, accords QVT?

    1. Bonjour Virginie et merci pour votre intérêt.
      Comme pour notre initiative « Le temps sur la table », le sujet de la reconnaissance, celui de la confiance, … il s’agit d’une question transverse qui se joue aussi bien au niveau interpersonnel, que collectif dans le monde du travail et aussi au niveau sociétal.
      Donc je souhaite que ce concept permette d’aborder la dynamique et la valorisation du don sur ces différents champs.
      Entre parenthèses, ce sont 4 sujets qui sont très corrélés les uns avec les autres. J’ai particulièrement insisté sur le lien avec la reconnaissance. Mais il en est de même par rapport à la question du temps : comment donner quand on se sent dans l’urgence en permanence ? Et puis par rapport à la confiance : comment donner – et même recevoir – si on est dans la défiance ?
      Un ensemble de questions qui impactent la QVT et plus largement le bien-être et le bonheur.
      Olivier Hoeffel

  2. […] et aider à entrer en coopération. Le don 3D pour contribuer à la QVT et la performance. Dans l’article du 6 novembre 2012 intitulé Parlons de gratuité au travail, j’avais évoqué […]

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