Vanessa parle de confiance au travail

photo de Vanessa Quennehen
Nous(1) sommes reçus ce 4 juillet 2011 après-midi par Raphaëlle Gilaber, Directrice Générale de Val d’Oise Habitat dont nous avions apprécié la prise de parole lors de  la conférence « Travailler plus longtemps, dans quelles conditions ? » organisée par l’ANACT (Agence Nationale d’Amélioration des Conditions de Travail) le 31 mai 2011 à la Maison de la RATP dans le cadre de la 8ème semaine de la qualité de vie au travail.

Au cours de notre visite, Raphaëlle nous a illustré les cas de reclassement  par le virage professionnel  que Vanessa Quennehen a vécu.

Elle nous dépeint une situation qui nous paraît assez exemplaire, ce qui nous donne envie de rencontrer Vanessa. Le temps d’un coup de fil dans le mode « chiche cap dac » (nostalgie d’un cinquantenaire sur une formule à la mode à l’époque de son enfance) et la rencontre avec Vanessa se profile.

Entrée en scène de Vanessa

Une dizaine de minutes plus tard, on frappe à la porte du bureau de Raphaëlle juste comme il faut. Vous savez, pas le petit toc toc qui donne l’impression que c’est demoiselle souris qui s’excuse d’avoir l’incongrue idée de déranger, et pas non plus le boum boum qui n’attend même pas la réponse, non le Toc Toc franc du collier qui augure l’assertivité.

Raphaëlle ayant donné le mot de passe pour l’entrée, voici donc l’entrée en scène de Vanessa, un peu essoufflée, qui revenait des archives.

Vanessa nous dit être malade. Oui, parce que comme bien souvent lors d’une rencontre on demande « ça va ? ». Et Vanessa, à première vue, ça a l’air d’aller. On la sent bien dans sa peau. Sauf qu’elle est quand même un peu malade et elle le dit en passant, juste en passant. Ce n’est pas l’information sur laquelle elle nous demande de nous arrêter, mais puisqu’on lui a demandé, plutôt que de dire « ça va bien » comme le font probablement beaucoup de salariés devant leur chef pour ne pas se faire mal voir, elle nous glisse donc « oui, mais je suis malade » que l’on perçoit un peu comme « j’ai un peu la crève ».

Raphaëlle décrit rapidement le contexte dans lequel nous nous sommes rencontrés  le 31 mai 2011 et lui explique qu’elle a cité en exemple son expérience de reclassement.

Vanessa a 31 ans. Elle a bénéficié d’une action de reclassement suite à l’installation de la commission, qui comme on la voit là, bien qu’initialisée à travers l’accord Séniors, s’applique aussi aux personnes rencontrant des problèmes de santé impactant l’aptitude à leur poste.

« Je suis ravie parce que je n’en demandais pas tant ! » nous dit avec beaucoup de spontanéité Vanessa en premier lieu. C’est son sentiment et elle n’attend pas pour l’exprimer. Sentiment qu’elle exprimera à plusieurs reprises avec des mots différents.

Spontanéité et envie

Voilà bien deux points communs entre ces deux femmes aux parcours qui n’ont rien à voir et qui se sont probablement aussi vraiment rencontrées il y a quelques mois après l’accident de la route de Vanessa, mise alors dans l’impossibilité de continuer son travail de gardienne d’immeuble dans la structure que dirige Raphaëlle. Elles se sont donc rencontrées dans ce même bureau alors que Vanessa voyait son avenir professionnel avec inquiétude au sortir de son congé maternité. Impossible de reprendre son ancien poste, des tensions avec une personne présente auparavant «  qui voulait m’envoyer à perpète » nous dit-elle. Elle avait envisagé de partir sans vraiment savoir ce qu’elle pourrait faire professionnellement.

Le développement de la structure et la volonté affirmée de Raphaëlle de trouver des solutions humaines et efficaces ont permis d’envisager une solution de reclassement pour Vanessa : un poste de chargé de clientèle Attribution de logements était créé.

Une opportunité pour Vanessa. Elle appelle ça « une chance, qu’on prend tout de suite ».

C’est à la fois une chance et le fruit d’une valeur et d’une force portées par Raphaëlle : la confiance. Et ça, Vanessa en a rudement conscience.

Alors, justement, parlons de « confiance »

Nous lui posons deux questions sur les signes de reconnaissance qu’elle peut  recevoir et les critères de qualité de vie au travail qui lui semblent importants. Et le mot « confiance » est ressorti avec force en première réponse.

Et elle précise son propos « on me fait confiance. On m’offre quelque chose qui est au-dessus de mes capacités. Donc il faut y aller à fond. Il ne faut pas les décevoir. Et ça se passe bien ».

La confiance, Vanessa la considère aussi dans des cas concrets du quotidien : « le fait qu’on me contacte et qu’on me demande qu’est-ce que tu en penses ? » Et elle enfonce le clou « me demander mon avis est une marque de confiance ».

Le mot « confiance » résonne dans la salle. Nous voyons alors Raphaëlle réagir avec une forme de jubilation. Elle souligne sa satisfaction que cette idée de confiance soit aussi prégnante dans le discours de Vanessa, alors qu’elle avait largement évoqué ce sujet là avec nous avant que Vanessa nous rejoigne dans son bureau. Et cette forme de synchronisme aussi manifeste la pousse à nous rassurer « et je vous assure qu’on ne s’est pas concerté avant ». Et voyez-vous, ni Emmanuelle ni moi, on n’a envie d’en douter et la conjonction de notre sens de l’observation et de l’intuition nous tendent à recevoir sans scepticisme ce discours concordant.

D’autant plus que ces propos, qui vous paraîtront jusqu’à maintenant peut-être provenir du monde des bisounours, vont à présent se concrétiser par la mise en œuvre d’une action de reclassement.

La confiance, c’est une chose, ensuite il y a un challenge à réaliser

Contrairement à d’autres structures où on a tendance à considérer que dès lors qu’une solution pointe à l’horizon, il suffit de – y’a plus qu’à – passer à l’action et que ça marchera tout seul, l’étude du potentiel reclassement de Vanessa sur ce poste a clairement mis en évidence les dimensions sur lesquelles il lui fallait acquérir des compétences  : l’informatique, la législation et la communication interpersonnelle, en particulier pour faire bonne figure au sein des commissions d’attribution de logements face au Président et aux Maires. Parce que dans la structure que dirige Raphaëlle, quand on dit qu’on fait confiance, on ne fait pas les choses à moitié : celui qui prépare le dossier le présente en commission, ce n’est pas un chef de service ou le dirigeant lui-même. Une façon d’associer confiance et responsabilité.

Tout cela, c’est un vrai challenge, il ne faut pas se voiler la face. Et Vanessa a décidé de le relever il y a quatre mois quand elle a pris ses fonctions. Mais ce n’est pas parce qu’on est une « battante » comme elle se définit elle-même qu’on n’a pas des moments de doute, des sueurs froides. « D’ailleurs » nous dit avec beaucoup de simplicité Vanessa « à la fin de la première journée de travail, j’ai dit à mon mari que je ne tiendrai jamais la route ». Mais elle ajoute immédiatement « et puis, je me suis battue comme on peut se battre pour n’importe quoi dans la vie ».

Il y a un domaine où il a fallu que Vanessa se repositionne : la communication. En effet,  parler en tant que gardienne avec toutes les situations de tension que l’on peut imaginer, ce n’est pas la même chose que de prendre la parole dans une assemblée de personnes « qui ont un niveau supérieur au nôtre » comme l’explique Vanessa. Et il se trouve que Vanessa dit être très expansive et que l’on peut imaginer que sa façon de s’exprimer ne collait pas vraiment à son nouveau poste. Ce qui ne l’empêche pas d’être réservée selon ses propos.

Cette dimension là a été clairement mise sur la table et sans détour par Raphaëlle. Un sujet qui aurait pu être sensible est évoqué lors de cette rencontre et par l’une et par l’autre, toujours avec beaucoup de simplicité et de sincérité.

Parlons bilan et parlons franc !

Après quatre mois dans son nouveau poste, et un travail de Vanessa pour « policer ses propos » Raphaëlle explique que le Président de la commission d’attribution de logement lui a fait de bons retours sur les prestations de Vanessa en commission.

Pour acquérir les compétences nécessaires au poste, Vanessa a été placée sous l’aile protectrice de ses collègues qui selon un processus progressif d’apprentissage classique : lui ont montré, ont fait avec elle, lui ont fait faire en vérifiant puis lui ont laissé faire avec leur aide  en cas de difficulté. Une autre façon aussi de promouvoir la solidarité dans la structure que dirige Raphaëlle. Elle intervient d’ailleurs sur le sujet « elle a tout appris sur ce poste en transfert de compétences, mais va suivre une formation d’ici la fin de l’année ». Vanessa nous donne son avis sur la question : « pour moi, la formation sur le tas, c’est ce qui a de mieux. C’est celle où on retient le mieux ».

Alors, après ces quatre mois où on a compris que la montée en compétences a mobilisé son énergie, Vanessa nous confie aussi son petit bémol par rapport à tous les signes d’enthousiasme qu’elle nous a montré jusqu’ici : « Les plus gros soucis que j’ai, c’est avec les gens qui sont à la place que j’occupais avant ». En effet, Vanessa qui se sent si bien dans son nouveau poste suscite de l’envie. Et là on ne parle plus de la même envie évoquée dans le titre de cet article. Cette envie-là est synonyme de « frustration » et dans certains cas de « jalousie ». Et la jalousie peut amener à la méchanceté. Vanessa l’a ressenti et nous exprime sa peine.

D’une manière plus générale, elle nous explique les avantages et les inconvénients de son poste précédent et de son poste actuel. Décidément non, nous ne sommes pas dans le pays des bisounours : même quand on a une chance formidable de trouver une issue à un avenir en point d’interrogation, même quand on a la confiance, même quand on a l’esprit d’équipe, même quand on est en capacité de pouvoir  « aider les gens » (et on comprend bien dans l’attitude de Vanessa que c’est un de ses besoins) … le changement est rarement tout rose.

Mais ce qui reste, c’est ce sourire large, cette attitude d’une personne bien dans sa peau qui nous dit apprécier l’instant présent tout en restant prudente par rapport à l’avenir « j’ai mon moment de gloire mais la roue peut tourner ». Raphaëlle intervient alors dans notre échange pour rassurer Vanessa.

Une rencontre qui donne envie d’autres rencontres de cette qualité et de revoir Vanessa dans quelques temps quand elle aura acquis toutes les ficelles de son métier.

Nous laissons le dernier mot à Vanessa : « Je me sens ici comme si j’avais toujours été à ce poste-là . Je me sens à l’aise ! ».

Article 1 : Le parcours de Raphaëlle et l’enrichissement mutuel des sphères professionnelle et familiale
Article 3 : Une visite qui s’achève aux ordures

 

(1) laqvt.fr représenté par Emmanuelle Lewartowski  et Olivier Hoeffel

photo sous licence creative commons – auteur : Novéquilibres

Olivier Hoeffel

Responsable éditorial de laqvt.fr Associé et responsable exécutif de Novéquilibres Associé de La Manufacture coopérative Auteur du blog lesverbesdubonheur.fr

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