Quelques points de repère
Je vais vous dresser très rapidement un panorama du secteur de l’ESS en matière de Qualité de Vie au Travail (QVT) et quelques enjeux centraux que nous voyons sur laqvt.fr, enjeux à la fois pour le bien-être des individus et pour la vitalité du secteur de l’ESS.
D’abord, quelques repères, et je vais m’appuyer sur les résultats du baromètre de la QVT dans l’ESS publiés début 2017 par la mutuelle Chorum.
Je vous donne très peu de chiffres, mais qui plantent le décor : 6,1/10, c’est le niveau de QVT des salariés. 7,2/10, pour les dirigeants.
Ce baromètre étant à sa 2ème édition, il est intéressant de le comparer avec la première édition : en 2013, le niveau était de 6,3/10 pour les salariés et 7,4/10 pour les dirigeants. C’est donc une dégradation légère, mais claire car confirmée par ailleurs par la réponse à une question spécifique posée sur le sentiment d’évolution : La moitié des répondants a ressenti une dégradation. A noter qu’en 2013, on a pu comparer ce niveau avec une enquête au niveau national tous secteurs confondus qui montrait un niveau de 6,1/10. Donc en 2013, l’ESS se trouvait juste au-dessus du niveau global. En 2017, elle est redescendue à ce niveau global, mais on peut penser que pendant la même période, ce niveau global s’est certainement dégradé lui aussi.
Le niveau de QVT est en réalité contrasté en fonction du type de structure de l’ESS :
- Fondations : 5,7/10
- Mutuelles : 5,8/10
- Entreprises sociales : 6/10
- Associations : 6,3/10
- Coopératives : 7/10
Il y a une précaution à prendre à la lecture de ces chiffres : en effet, dans l’échantillon de ce baromètre, les mutuelles sont sur-représentées (5,8/10) et les coopératives (7/10) sont sous-représentées. De ce fait, on peut raisonnablement considérer que le niveau de 6,1/10 est un peu minoré. Mais probablement pas de beaucoup puisque le type de structure ayant le poids le plus fort (environ les 3/4), à savoir les associations, est représentée presque à sa juste valeur, avec un niveau de 6,3/10 en baisse de 0,3 depuis 2013. La tendance à la dégradation est de ce point de vue incontestable.
Au-delà de cette situation contrastée entre types de structure, le contraste est à analyser aussi à travers le fait que la QVT se joue sur de multiples dimensions.

J’ai choisi cette photo à titre de métaphore : à savoir un soleil qui rayonne et qui peut être masqué par des nuages plus ou moins menaçants.
Les aspects positifs de la vie au travail dans l’ESS sont l’attachement indéniable des salariés au secteur, le sens et l’utilité de leur travail et la fierté … sous réserve que les moyens pour bien mener ses missions sont là. Et là, on touche aux nuages noirs : quand les moyens ne sont pas là, quand la reconnaissance n’est pas là, quand les réorganisations sont peu ou pas participatives, quand elles reprennent des méthodes de l’économie classique dont on a bien vu les effets délétères sur la santé des individus.
L’ESS peut être considérée comme un terreau favorable pour l’amélioration de la QVT. Les valeurs de l’ESS constituant en partie ce terreau : place de l’individu, démocratie, coopération, lucrativité limitée, solidarité, responsabilité.
A l’opposé, d’autres secteurs de l’économie, ou pour le moins, les structures d’autres secteurs dont les valeurs sont essentiellement – profit, profit, profit, performance, excellence, disponibilité, flexibilité, création de valeur, motivation – constituent un terreau peu propice à l’amélioration de la QVT. Par simplification, j’indique que ce type de terreau est plutôt celui de l’économie classique, mais la réalité est plus nuancée : certaines structures de l’économie classique font vivre des valeurs proches de celles de l’ESS, et inversement des structures de l’ESS se laissent envahir par des valeurs de l’économie classique faisant prendre le risque de dilution des valeurs fondatrices.
Dans un terreau aride, les réactions par rapport à la QVT vont être de deux ordres : 1/ on ne voit pas l’intérêt et 2/ si on voit un peu l’intérêt, on en vient assez rapidement à dire que c’est trop compliqué.
Dans un terreau favorable comme celui de l’ESS, les choses ne sont pas gagnées pour autant. Pourquoi ? Parce que le risque est de se réfugier derrière l’existence de ces valeurs et en particulier de la gouvernance démocratique. Bref, ici on voit une fausse croyance dangereuse pour la QVT : la QVT qui serait par ESSence dans l’ESS. En plus, vous voyez qu’il y a ESS dans essence, et donc attention à y chercher le bon sens !
En résumé, le piège serait de penser que la QVT, ça pousse tout seul dans l’ESS, que le terreau fait tout.
Or, en tirant le fil de cette métaphore de jardinage ou d’agriculture, le terreau ne fait pas à lui seul la récolte. Il faut aussi avoir des actions déterminées pour cultiver; des actions diversifiées : semer, arroser, veiller, anticiper, entretenir, préserver, …
Je ne vais pas entrer dans le détail de ces actions, quels acteurs sont à mobiliser, mais clairement il y a des choses à faire, et comme dans un jardin, c’est à la fois du plaisir de le faire, des moments où on n’a pas trop envie de le faire, des impondérables, des plants qui ne poussent pas, des nuisibles qui s’en mêlent, des fruits et légumes à récolter, des voisins à qui ça donne des idées, …
Pour mieux comprendre le problème que pose l’absence de culture du terreau, je vais rapidement vous parler de continuums.
En commençant par celui inspiré par la définition de la santé par l’OMS en 1946

Ce qui nous fait sortir d’une vision binaire classique : on est en bonne ou en mauvaise santé, et confondre deux états : celui de la bonne santé et de l’absence de maladie. Ce continuum a le mérite de placer au moins un 3ème état médian : l’absence de maladie.
Voyons d’autres continuums que l’on peut lier à quelques dimensions de la QVT :

Je vais m’arrêter sur un seul : la bienveillance, que je vous propose d’entendre dans le sens « veiller au bien ». Quand on ne veille pas au bien, il y a globalement deux autres états possibles : l’absence de veille au bien, que j’ai appelé ici le « désintérêt ». Et il y en a un deuxième : agir sciemment pour faire du mal. Dans le monde du travail, quand on dit que la bienveillance n’est pas là, souvent ce n’est pas tellement qu’on a des personnes malveillantes en face de soi, mais c’est surtout qu’on a des personnes qui n’ont pas le temps d’être bienveillantes.
Ce qui m’amène à considérer qu’en matière de QVT, quand les organisations et les individus souffrent, c’est non seulement d’actions négatives portées à la santé des individus, mais aussi de l’absence d’actions délibérées positives.
Et quand j’ai évoqué précédemment la culture du terreau, c’est bien la mise en place d’actions positives car sans elles, dans le meilleur des cas la situation va stagner, et au pire elle va se détériorer.
Les enjeux de la QVT dans l’ESS
Je vous propose 4 enjeux qui nous semblent déterminants sur laqvt.fr
Le premier c’est d’intégrer le principe suivant :
La bien-portance d’un collectif passe par la bien-portance des femmes et des hommes qui portent le projet.
Ce principe peut sembler évident quand on le lit mais, en réalité, il est assez loin de l’être dans les faits.
De notre point de vue, l’explication réside dans le fait que bon nombre de structures de l’ESS ont leur attention et leur énergie focalisées beaucoup plus sur l’externe que sur l’interne; à savoir une focalisation sur les usagers et clients au détriment de l’attention portée aux salariés, dirigeants, administrateurs et bénévoles sans mandats.
Le deuxième enjeu est de considérer toutes les parties prenantes et de ne pas tomber dans le piège de réduire le sujet de la QVT à celle des salariés.
Le secteur de l’ESS étant particulier et comportant beaucoup d’activités bénévoles et des conseils d’administration “non professionnels”, il nous semble impératif de concevoir le sujet de la QVT largement et d’y associer toutes les parties prenantes et de considérer la QVT de toutes les parties prenantes.
3ème enjeu : La QVT mérite d’être un enjeu saisi par les instances de l’ESS à la fois pour le bien-être des individus et aussi en réfléchissant aux impacts positifs en matière de fonctionnement, d’efficacité, de durabilité.
Ce qui permettrait à l’ESS de se mettre sur le chemin d’être un secteur à la pointe en matière de QVT et … une fois suffisamment avancée, de pouvoir être inspirante pour les autres secteurs de l’économie.
Et le dernier enjeu principal que nous voyons porte plus sur le « comment » : il nous semble que pour ce faire, l’ESS doit investir de nouvelles formes de management, et en particulier développer une démocratie plus participative, ce qui permettra de répartir de manière plus large les responsabilités des prises de décision. Avec donc un double avantage : favoriser la participation aux décisions et la motivation du plus grand nombre et soulager le poids des responsabilités pour les personnes portant des mandats, voire répondre en partie au surengagement et à l’épuisement de certaines personnes qui portent à elles seules des projets et/ou des collectifs.
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