Novéquilibres : La qualité de vie au travail ... des aidants

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Dans la série des personnes qui travaillent et dont il est normal de se pencher sur la qualité de vie au travail, il est une catégorie mal connue, mal reconnue, et pourtant de plus en plus nombreuse. À l’instar des chercheurs d’emploi, des bénévoles, des stagiaires et des dirigeants dont nous avons déjà évoqué le droit à la qualité de vie au travail, ces personnes réalisent du travail pour lequel il est capital de garder l’équilibre. Encore une fois, nous sommes tous concernés.

Une discussion amicale

Après ces quelques mois, notre cercle d’amis se réunit à nouveau. Purdey Prune est toujours bénévole. Jean Nabaossi est désormais en poste. La discussion bat son plein lorsqu’une retardataire les rejoint.
– Haaaa tu as pu te libérer ? Viens que je te présente, lance Jean agréablement surpris.
– Ce pot c’est une première… mais j’avoue que je ne suis pas tranquille.
– Allez ! Maintenant que tu es là, déconnecte !
– Hé bien figure-toi que je me sens moins seule depuis la campagne QVT au boulot. Désormais, je suis libérée de certaines tâches qui ont été reprises par quelqu’un qui se trouvait sous-occupé. Je peux utiliser le temps dégagé en échange d’une fonction de personne ressource pour les salariés dans le même cas que moi. Tout le monde y gagne : la situation est clarifiée vis-à-vis de mon équipe, je suis plus efficace sur tous les tableaux, je culpabilise moins. Au contraire, ce que je fais est valorisé puisque ça m’a permis d’initier un réseau d’échange sur le sujet qui profite à beaucoup plus qu’on le pensait au départ. Du coup, il y a une bien meilleure ambiance de travail et ça fonctionne mieux.
– … les salariés dans le même cas que toi ? hasarde Purdey
Jean reprend :
– Anna travaille à trop-plein de temps depuis que son mari a eu un AVC. En plus de son activité professionnelle, elle est aidante familiale.

Aider, c’est du travail

S’occuper d’un parent dépendant (quelque soit son âge et le motif de sa dépendance) a du sens. Cela nécessite des compétences extrêmement étendues. Elles associent des tâches répétitives et une réflexion fine, des facultés d’ordre physique et mental. Elles sont assorties d’une pénibilité certaine dans ces deux dimensions, le lien familial rendant difficile la distance nécessaire pour sauvegarder son équilibre. Mais aussi de petits bonheurs et de joies. Par ailleurs, la connaissance terrain engendrée, l’autoformation dans les domaines médical, psychologique, humain, administratif, etc. sont singulières et par là-même sources d’innovation. Encore faut-il rester soi-même en bonne santé et conserver une vie sociale pour faire vivre et partager ce savoir, cultiver le sens de ce travail. C’est un enjeu fort de conciliation entre une vie personnelle et une vie professionnelle, et encore une fois concernant majoritairement des femmes(1).

Propos à méditer

(Prenez réellement un temps après la lecture de chacun des propos suivants)

Son père/votre mère/tes frères et soeurs/ ne peut pas s’en occuper ?

Tu ne peux pas la mettre en maison de retraite ??

J’aimerais pas être à ta place !

Mais tu ne peux pas vivre comme ça !

Il y a toujours quelque chose qui ne va pas ! / Chacun sa croix !

Vous n’avez qu’à arrêter de travailler.

Quelques conseils aux salariés aidants

  • Qu’il vous semble naturel ou que vous l’endossiez par devoir, assumez pleinement votre rôle d’aidant. Le besoin de bienveillance, de souplesse, de coopération, de reconnaissance, etc. qui en découle est parfaitement légitime. 
  • Votre rôle d’aidant vous permet de développer un réel savoir et des savoir faire propres à la personne que vous aidez. Veillez à les rendre transmissibles.
  • Une première fois si vous ne l’avez jamais fait, régulièrement sinon, réservez-vous un temps pour réfléchir à la part de travail que vous pourriez déléguer, et à ce que sont vos propres besoins. Tant dans votre rôle d’aidant bénévole qu’à votre poste de travail.
  • Impliquez votre entreprise, notamment par l’intermédiaire des représentants de salariés, des ressources humaines mais aussi votre encadrement, votre équipe.

Et les parties prenantes ?

L’aide à un proche est un problème de société dont les pouvoirs publics doivent se saisir. Par exemple, Serge Guérin entre autres, évoque l’octroi de droits sociaux spécifiques aux aidants bénévoles.

Dans les organisations, les salariés aidant un proche n’ont pas besoin de quiconque pour culpabiliser, ils ont besoin de compréhension et de coopération à tous les niveaux. La responsabilité sociale des entreprises joue à plein dans l’accompagnement des salariés confrontés à la nécessité de cumuler un travail épanouissant et rémunéré avec une fonction d’aidant familial et bénévole. Dans l’absolu, de nombreuses dispositions peuvent être mises en place dans une organisation au bénéfice de l’ambiance, du travail et des résultats de chaque équipe. La bienveillance de l’organisation comme celle de chaque individu, encadrant ou non, est de mise. Solidarité et coopération sont des principes qui améliorent la qualité de vie comme la qualité de vie au travail.

Environ dix-huit millions de personnes sont concernées en France. La moitié sont aidants l’autre moitié des personnes aidées (handicapés, parents âgées, malades chroniques …). Par ailleurs quatre millions des salariés (environ un sur cinq) sont en situation d’aidant. Quand on y réfléchit bien, n’est-on pas tous dans le même bateau ?

Visualisez les trois tables rondes en replay sur www.aidantattitude.com

(1) Cf notre article sur l‘égalité professionnelle

(2) [trouver un interlocuteur bienveillant qui vous aide à]

photo sous licence creative commons – auteur : Dominik Golenia

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